Home AffairesLes pôles immobiliers/touristiques dans les régions : de Huentelauquén à Cerro Castillo

Les pôles immobiliers/touristiques dans les régions : de Huentelauquén à Cerro Castillo

by Amélie Bernard

Publié le 7 novembre 2025 à 15h35. L’attrait pour les terrains ruraux et les destinations touristiques alternatives au Chili est en forte croissance, poussant le gouvernement à envisager une nouvelle réglementation pour encadrer ce phénomène et préserver les espaces naturels.

  • L’intérêt pour les terrains non bâtis de 5 000 mètres carrés (m²) augmente considérablement, avec des prix variant entre 2 000 et 4 500 UF (soit environ 79 millions et 178 millions de dollars américains).
  • De nouvelles zones, comme Huentelauquén et Cerro Castillo, gagnent en popularité auprès des acheteurs à la recherche de tranquillité et de nature.
  • Un projet de loi visant à réglementer les lotissements ruraux est en cours d’examen au Congrès, suite à une augmentation exponentielle des demandes et des conflits liés à ce type de développement.

Longtemps dominé par des destinations bien établies comme Viña del Mar, La Serena et Pucón, le marché immobilier et touristique chilien connaît une mutation profonde. Ces dernières années, un intérêt croissant se manifeste pour des régions plus isolées, privilégiant le contact avec la nature et un rythme de vie plus paisible. Cette tendance est confirmée par les analyses de Colliers, une société d’évaluation immobilière.

Selon Daniela Salazar, responsable commerciale de Colliers, l’attrait pour les terrains non bâtis d’environ 5 000 m² est particulièrement marqué. Elle explique :

« Si l’on regarde du nord au sud, l’intérêt pour les terrains non bâtis d’environ 5 000 mètres carrés (m²) augmente fortement. Les valeurs dépendent du niveau de consolidation de chaque zone, mais, en général, elles se situent entre 2 000 et 4 500 UF (79 millions et 178 millions de dollars). »

Daniela Salazar, responsable commerciale de Colliers

L’étude de Colliers identifie de nouveaux pôles immobiliers et touristiques, s’étendant de Huentelauquén, dans la région de Coquimbo, jusqu’à Cerro Castillo, en Patagonie (région d’Aysén). Ces lieux se distinguent par des prix plus abordables que les stations balnéaires traditionnelles et attirent une clientèle spécifique : des professionnels âgés de 35 à 50 ans, de jeunes familles ou des investisseurs en quête de résidences secondaires au cœur de la nature.

L’intérêt ne se limite pas aux Chiliens. Marcos Kaplún, directeur de Kayco International, souligne l’arrivée d’investisseurs étrangers.

« Dans le cas d’Arica et d’Iquique, arrivent des investisseurs boliviens qui recherchent ces villes comme centres de villégiature d’été. »

Marcos Kaplún, directeur de Kayco International

Dans le sud du pays, des Américains se sont également positionnés, notamment en acquérant des îles dans la région des Lacs, et plus particulièrement dans l’archipel de Chiloé.

La réglementation en question

Face à cette dynamique, le gouvernement a présenté un projet de loi à la Chambre des députés visant à réglementer les lotissements ruraux. Cette initiative fait suite à une augmentation significative des demandes et aux conflits qui en ont découlé. Le message accompagnant le projet de loi souligne :

« La gestion du territoire liée au phénomène de lotissement rural présente un sentiment d’urgence en raison de l’augmentation exponentielle de ce mode de lotissement foncier – qui couvre des parties pertinentes du territoire national –, ainsi que la précarité du mécanisme sur lequel il repose. »

Le projet de loi, actuellement en première lecture constitutionnelle, prévoit la création de complexes d’habitations rurales sous conditions, notamment l’affectation d’une partie de la propriété à des fins agricoles ou de conservation environnementale. Il vise également à renforcer les pouvoirs de contrôle et de sanction en cas de non-respect des réglementations relatives aux lotissements forestiers et agricoles.

La pandémie de Covid-19 et l’essor du télétravail ont exacerbé cette tendance, entraînant un exode urbain vers les zones rurales et des tensions liées aux lotissements. En 2022, le ministère de l’Agriculture avait publié des instructions limitant l’approbation de ces demandes, en particulier celles suspectées de viser une utilisation purement immobilière, ce qui avait conduit à des litiges juridiques avec certains syndicats.

Depuis, le gouvernement a intensifié sa lutte contre les lotissements ruraux abusifs, ce qui a entraîné une baisse significative des demandes. Alors que 15 183 projets de lotissements ruraux avaient été approuvés en 2022, ce chiffre est tombé à 7 774 l’année dernière, et à 4 255 en juillet 2024. 6 345 autres demandes sont actuellement en cours d’évaluation.

Reinaldo Gleisner, vice-président de Colliers, estime qu’une réglementation moderne est indispensable.

« C’est une véritable contradiction que dans un pays aux paysages aussi privilégiés que le Chili et avec une demande croissante de vivre ou d’investir dans des environnements naturels, il n’existe pas de réglementation moderne permettant de canaliser cet intérêt de manière adéquate. »

Reinaldo Gleisner, vice-président de Colliers

Il critique la réglementation actuelle, qui impose une subdivision en parcelles de 5 000 m² sans possibilité de changer la destination du terrain, ce qui entrave le développement planifié et durable de zones à fort potentiel touristique.

Il prend l’exemple de Punta de Lobos, un site réputé pour ses vagues et sa beauté naturelle : la campagne audacieuse de la corporation Parque Punta de Lobos pour attirer les investissements. Selon lui, les restrictions actuelles empêchent toute planification globale, compromettant la conservation et le développement du site.

M. Gleisner ajoute que la réglementation actuelle rend inviables des projets qui pourraient dynamiser le tourisme, comme le spa Las Tacas. Il conclut :

« Il est urgent de réviser cette réglementation, car la maintenir signifie perdre une opportunité historique de promouvoir un développement équilibré, durable et de classe mondiale dans les zones côtières et naturelles du pays. »

La Fondation Terram, dans son Bilan environnemental 2024, exprime des doutes quant à l’efficacité des mesures proposées dans le projet de loi pour protéger les zones de haute valeur naturelle et les terres agricoles fertiles. L’organisation craint que le nouveau mécanisme de création de complexes résidentiels ruraux ne soit exploité à des fins privées, au détriment de l’environnement rural.

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