Publié le 24 septembre 2024 18:35:00. La perspective de saisir les biens des ordres religieux pour financer les indemnisations aux victimes d’abus dans les foyers pour mères et bébés suscite une vive polémique en Irlande, l’archevêque d’Armagh dénonçant un potentiel « opportunisme politique » tandis que l’opposition appelle à une action plus ferme.
- L’archevêque d’Armagh, Eamon Martin, s’oppose à la saisie des avoirs des ordres religieux.
- Seuls trois des huit ordres religieux concernés ont contribué au fonds d’indemnisation.
- Des politiciens de l’opposition rejettent l’accusation d’opportunisme politique et demandent une plus grande responsabilité de l’Église.
La question du financement des indemnisations aux victimes d’abus sexuels et physiques survenus dans les foyers pour mères et bébés, institutions gérées par des ordres religieux et des organisations confessionnelles, est au cœur d’un débat politique et moral en Irlande. Ces foyers, souvent gérés conjointement par des conseils de comté et des organisations catholiques et protestantes, ont été le théâtre de graves violations des droits fondamentaux des mères et des enfants. Face à la participation limitée des ordres religieux au programme de réparation, la ministre de l’Enfance, Norma Foley, étudie la possibilité de recourir à des mesures coercitives pour les obliger à contribuer financièrement.
Dans une interview accordée au Sunday Times, l’archevêque d’Armagh, Eamon Martin, a exprimé son inquiétude face à cette perspective.
« J’espère que nous ne reviendrons pas à une époque pénale où les églises seront injustement ciblées en ce qui concerne leurs avoirs. »
Eamon Martin, archevêque d’Armagh
Il reconnaît la nécessité pour les ordres religieux de participer financièrement, mais insiste sur le fait que cette contribution doit être équitablement répartie, compte tenu du rôle de l’État et des agences laïques dans la surveillance et le fonctionnement de ces institutions. Il met en garde contre un risque d’« opportunisme politique » et craint que l’Église ne soit désignée comme bouc émissaire.
Ces déclarations ont suscité une réaction immédiate de la part des partis d’opposition. Claire Kerrane, porte-parole du Sinn Féin pour les enfants, a fermement rejeté l’accusation d’opportunisme.
« Je rejetterais une telle vision d’opportunisme politique. En ce qui concerne « justement réparti », quelle responsabilité l’Église a-t-elle assumée et qu’a-t-elle fait pour assumer cette responsabilité et ses conséquences ? À moins que j’ai raté quelque chose : je dirais très peu. »
Claire Kerrane, porte-parole du Sinn Féin pour les enfants
Elle souligne le manque d’engagement concret de l’Église en matière d’indemnisation des victimes et suggère que l’acceptation de la responsabilité pourrait encourager un retour à la pratique religieuse.
Aidan Farrelly, porte-parole des sociaux-démocrates, partage ce point de vue.
« Malheureusement, nous avons vu des ordres religieux traîner les pieds lorsqu’il s’agit d’indemniser les victimes, et ce que nous devons voir maintenant, c’est une action significative, et non plus d’obscurcissement. »
Aidan Farrelly, porte-parole des sociaux-démocrates
Il estime que la saisie des avoirs des ordres religieux, si nécessaire, ne constitue pas un acte d’opportunisme politique, mais plutôt une conséquence logique de leur inaction prolongée.
« Si cela signifie que les actifs sous le contrôle des ordres sont saisis pour ce faire, qu’il en soit ainsi. Ce n’est pas de l’opportunisme politique. C’est la conséquence de décennies d’inaction de la part des ordres religieux. Cela devrait être une mesure de dernier recours, mais qui devrait être envisagée si nécessaire. »
Aidan Farrelly, porte-parole des sociaux-démocrates
Contactée par voie de communiqué, la ministre de l’Enfance, Norma Foley, n’a pas souhaité faire de commentaire sur cette affaire. La question de la contribution financière des ordres religieux au fonds d’indemnisation reste donc ouverte, et la possibilité de mesures coercitives continue d’être examinée par les autorités.
Pour plus d’informations sur la pression exercée sur les ordres religieux pour qu’ils contribuent au fonds d’indemnisation, vous pouvez consulter cet article. De plus, cette déclaration de Norma Foley souligne l’importance pour les Églises d’agir de manière responsable dans cette affaire.
