Publié le 26 décembre 2025 à 21h05. Après une pause pour les fêtes de fin d’année, les marchés financiers ont repris leurs activités ce vendredi, marqués par une forte demande pour les métaux précieux sur fond de tensions géopolitiques et d’inquiétudes concernant la dette mondiale.
- L’argent a atteint un sommet historique, bondissant de près de 10 %, tandis que l’or a établi un nouveau record.
- Les tensions internationales, notamment les frappes américaines au Nigeria et les pressions sur le Venezuela, alimentent la recherche de valeurs refuges.
- Les anticipations d’une politique monétaire plus souple aux États-Unis et les craintes liées à l’endettement public soutiennent la hausse des métaux précieux.
La reprise des échanges après Noël a été marquée par un contraste frappant : si les actions américaines ont montré une relative stabilité, les métaux précieux ont connu une flambée spectaculaire. Le prix de l’argent a grimpé de 9,6 %, atteignant 78 dollars l’once (environ 72 euros) pour la première fois de son histoire. L’or a également progressé, gagnant 1,3 % pour atteindre un nouveau record à 2 328 dollars l’once (environ 2 160 euros). Le platine a suivi la tendance avec une hausse de 10,5 %, établissant son propre sommet, tandis que le palladium a enregistré une augmentation de 13 %.
Depuis le début de l’année, la performance de ces métaux est particulièrement remarquable. L’argent a pris 169 % de valeur, le platine 172 % et le palladium 124 %, surpassant largement le gain de 73 % de l’or. Ces chiffres éclipsent également la progression de 42 % de Nvidia et l’augmentation de 18 % du S&P 500.
Cette envolée des prix s’inscrit dans un contexte international tendu. Jeudi, les États-Unis ont lancé des frappes contre des cibles de l’État islamique au Nigeria, suite à des attaques contre des chrétiens, ajoutant une nouvelle source d’instabilité géopolitique. Parallèlement, l’administration américaine a continué d’exercer des pressions sur le Venezuela en ciblant davantage de pétroliers, réduisant ainsi les revenus du régime de Maduro.
Le Pentagone a également renforcé sa présence militaire dans les Caraïbes, déployant un nombre important d’avions, de troupes et d’équipements d’opérations spéciales, selon des sources du Wall Street Journal. Une flottille navale s’est également constituée dans la région, tandis que le président Trump évoque la possibilité d’étendre les opérations aux cibles terrestres.
Face à ces menaces, les investisseurs se tournent vers les valeurs refuges. Les inquiétudes concernant la dette publique croissante dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, renforcent également l’attrait des métaux précieux, perçus comme plus sûrs que le dollar ou le yen.
Robin Brooks, chercheur principal à la Brookings Institution, souligne l’importance du « commerce de dévalorisation » actuel. Dans un article publié sur Substack, il explique que la hausse des métaux précieux a débuté après les déclarations du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, laissant entrevoir des baisses de taux d’intérêt au cours de l’été.
« Ce mouvement est clairement déclenché par l’assouplissement de la politique monétaire de la Fed et les craintes liées à la monétisation de la dette. Le discours conciliant de Jerome Powell à Jackson Hole le 22 août et la dernière baisse des taux de la Fed le 10 décembre ont été des catalyseurs importants. »
Robin Brooks, chercheur principal à la Brookings Institution
Les investisseurs craignent que les États-Unis et d’autres grandes économies, confrontés à des niveaux d’endettement insoutenables, ne soient tentés d’augmenter l’inflation pour réduire la valeur réelle de leurs obligations plutôt que de maîtriser les déficits budgétaires.
Ce phénomène ne se limite pas aux métaux précieux. Brooks observe également que les pays ayant une faible dette publique, comme la Suisse ou la Suède, voient leur monnaie évoluer en parallèle avec les prix de l’or et de l’argent. Il souligne notamment le cas de la Suède, où la couronne suédoise, traditionnellement une monnaie volatile, commence à être perçue comme une valeur refuge.
Ed Yardeni, un vétéran des marchés financiers, attribue également la hausse des métaux précieux aux inquiétudes concernant les effets stimulants excessifs des politiques monétaires et budgétaires américaines. Wall Street anticipe de nouvelles baisses de taux de la part de la Réserve fédérale, qui reprend également l’achat d’obligations, tandis que les réductions d’impôts de Trump devraient bientôt se faire sentir pour les consommateurs.
Yardeni avertit que le déficit budgétaire fédéral pourrait augmenter considérablement au cours des premiers mois de 2026, ce qui pourrait inciter les « Bond Vigilantes » (surveillants des obligations) à faire grimper les rendements des bons du Trésor, provoquant ainsi une correction boursière.
