Publié le 22 octobre 2025 à 10h30. Des chercheurs de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud ont identifié un mécanisme cérébral précis qui pourrait expliquer les hallucinations auditives chez les personnes souffrant de schizophrénie, ouvrant la voie à de nouveaux outils de diagnostic.
- Les hallucinations auditives pourraient être liées à une incapacité du cerveau à reconnaître sa propre voix intérieure.
- Une étude menée auprès de trois groupes de participants a révélé des différences significatives dans l’activité cérébrale lors de la production de pensée interne.
- Ces découvertes pourraient contribuer à établir une base biologique pour le diagnostic de la schizophrénie, une maladie pour laquelle il n’existe actuellement aucun test spécifique.
Sydney, Australie – Entendre des voix qui ne sont pas réelles est un symptôme central de la schizophrénie, mais les mécanismes cérébraux sous-jacents sont restés longtemps un mystère. Une nouvelle étude, menée par des psychologues de l’ Université de Nouvelle-Galles du Sud, apporte un éclairage significatif sur cette question, suggérant que le problème réside dans la façon dont le cerveau traite sa propre parole intérieure.
Selon le professeur Thomas Whitford, responsable de la recherche, le cerveau, lorsqu’on parle – même silencieusement dans sa tête – réduit l’activité dans les zones qui traitent les sons provenant de l’extérieur. Il s’agit d’un processus prédictif : le cerveau anticipe le son de sa propre voix et atténue sa réponse. Chez les personnes qui entendent des voix, cette prédiction semble défaillante. Le cerveau réagit alors comme si la voix provenait d’une source externe.
« Cela confirme des théories qui circulent depuis près de 50 ans, mais nous avons maintenant des preuves concrètes de ce qui se passe au niveau cérébral »
Thomas Whitford, responsable de la recherche
L’étude a impliqué 55 personnes atteintes de troubles du spectre schizophrénique ayant récemment entendu des voix, un groupe de patients n’ayant pas d’antécédents récents d’hallucinations auditives, et un groupe témoin de 43 personnes en bonne santé. Les participants ont été équipés d’un électroencéphalogramme (EEG) pour mesurer leur activité cérébrale pendant qu’ils écoutaient des sons via des écouteurs.
On leur a également demandé d’imaginer prononcer les syllabes « bah » ou « bih » au moment précis où ils entendaient l’un de ces sons. Les participants ignoraient si le son qu’ils entendaient correspondrait à la syllabe qu’ils avaient imaginée.
Chez les participants sains, lorsque le son entendu correspondait à la syllabe imaginée, l’EEG a révélé une diminution de l’activité dans le cortex auditif, la zone du cerveau responsable du traitement des sons. Cela indique que le cerveau avait anticipé le son et donc réduit sa réponse. Un phénomène similaire se produit lorsque l’on parle à voix haute.
En revanche, chez les personnes ayant récemment entendu des voix, l’EEG a montré une activité accrue dans le cortex auditif. Leur cerveau réagissait plus fortement à leur propre monologue intérieur. Les patients du groupe intermédiaire ont présenté des réactions cérébrales situées entre celles des deux autres groupes.
Les résultats de cette étude, publiés dans le Schizophrenia Bulletin, pourraient avoir des implications importantes pour le diagnostic et le traitement de la schizophrénie. L’identification d’un marqueur biologique précis pourrait permettre de développer des tests de dépistage plus fiables et de mieux comprendre les mécanismes de la maladie.