Publié le 5 décembre 2025 à 14h30. Dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, des chercheurs ont découvert des champignons capables de prospérer, voire de se nourrir, grâce aux radiations, ouvrant de nouvelles perspectives sur la vie dans des environnements extrêmes.
- Une zone d’exclusion de 30 kilomètres a été établie autour de Tchernobyl pour protéger la population des radiations.
- Des scientifiques ont identifié des champignons attirés par les rayonnements ionisants, un phénomène appelé « radiotropisme ».
- La mélanine, un pigment présent dans ces champignons, semble jouer un rôle clé dans leur résistance et leur capacité à utiliser l’énergie des radiations.
La catastrophe de Tchernobyl, survenue en 1986, a laissé derrière elle un paysage dévasté et une zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale nucléaire. Initialement mise en place pour protéger les populations des effets des radiations, cette zone est devenue un laboratoire naturel inattendu pour l’étude de la vie dans des conditions extrêmes. Alors que les humains s’éloignaient, la nature, sous une forme inattendue, s’installait.
C’est dans ce contexte que la scientifique ukrainienne Elena Jdanova a mené des recherches pionnières sur les champignons présents dans la zone contaminée. Elle a découvert que certaines espèces, notamment un champignon noir, étaient attirées par les rayonnements ionisants. Ce phénomène, qu’elle a baptisé « radiotropisme », semblait paradoxal : comment un organisme vivant pouvait-il être attiré par une force capable de détruire les cellules et de provoquer des mutations ?
Les rayonnements ionisants, bien plus puissants que la lumière du soleil, endommagent l’ADN et les protéines, compromettant la survie des organismes. Pourtant, Jdanova a identifié non seulement ce champignon radiotrope, mais aussi 36 autres espèces communes qui proliféraient dans la zone. Ses travaux, menés pendant deux décennies, ont dépassé les frontières de l’Ukraine et ont contribué à l’émergence d’une nouvelle idée : celle d’une forme de vie possible sur Terre, basée sur l’utilisation des radiations plutôt que de la lumière solaire.
champignon
La clé de cette adaptation réside dans la mélanine, le pigment responsable de la couleur de la peau et des cheveux chez l’homme. C’est également ce pigment qui donne leur couleur noire aux différentes espèces de champignons de Tchernobyl. Leurs parois cellulaires sont riches en mélanine. Tout comme une peau foncée protège contre les rayons ultraviolets, Jdanova pensait que la mélanine dans ces champignons agissait comme un bouclier contre les rayonnements ionisants. Des études ont ensuite révélé que la mélanine ne se limitait pas à offrir une protection : elle permettait également aux organismes de tirer parti de l’énergie des radiations.
Dans les étangs de Tchernobyl, les grenouilles les plus foncées, c’est-à-dire celles qui contiennent le plus de mélanine, étaient plus résistantes et se reproduisaient plus facilement, entraînant une augmentation progressive de la pigmentation de la population locale. La mélanine n’agit pas comme un bouclier rigide, mais plutôt comme une éponge qui absorbe les rayonnements, qu’il s’agisse de particules radioactives ou d’UV, et dissipe leur énergie. Elle agit également comme un antioxydant, stabilisant les ions réactifs générés par les radiations dans les tissus vivants.
En 2007, Ekaterina Dadachova, experte en nucléaire, a approfondi les travaux de Jdanova. Elle a démontré que la croissance des champignons de Tchernobyl n’était pas seulement orientée vers les rayonnements (radiotropisme), mais qu’elle était également accélérée en présence de ceux-ci. Les champignons contenant de la mélanine croissaient 10 % plus rapidement lorsqu’ils étaient exposés au césium radioactif, par rapport aux cultures non irradiées. Dadachova et son équipe ont découvert que les champignons irradiés semblaient utiliser l’énergie des rayonnements pour stimuler leur métabolisme, c’est-à-dire pour grandir.
Jdanova avait déjà émis l’hypothèse que ces champignons pouvaient exploiter l’énergie des radiations, et les recherches de Dadachova ont confirmé cette idée. Dadachova pense que ces champignons se nourrissent activement de l’énergie des rayonnements, un processus qu’elle a appelé « radiosynthèse », la mélanine jouant un rôle central dans ce phénomène.
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