Home AffairesLes tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à propos du Yémen menaceront-elles le statu quo de l’OPEP ?

Les tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à propos du Yémen menaceront-elles le statu quo de l’OPEP ?

by Amélie Bernard

Une nouvelle escalade de tensions entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis concernant le Yémen n’a eu qu’un impact limité sur les prix du pétrole, soulignant que la cohésion au sein de l’OPEP repose davantage sur les intérêts économiques que sur l’alignement politique.

Cette semaine, les forces saoudiennes ont intercepté ce qu’elles décrivent comme une cargaison d’armes et de matériel militaire non autorisée, liée aux Émirats arabes unis, à destination du sud du Yémen. Riyad a justifié une frappe aérienne subséquente sur le port de Mukalla, dans le sud du Yémen, en invoquant une menace à la sécurité. Abou Dhabi a réfuté ces accusations, affirmant que l’équipement était destiné à ses propres forces de lutte contre le terrorisme et n’était pas destiné à armer des groupes séparatistes.

Selon Reuters, les Émirats arabes unis ont annoncé leur intention de retirer leurs forces restantes du Yémen. Cette situation, bien que publique et potentiellement embarrassante, n’a pas provoqué de choc sur les marchés pétroliers.

L’OPEP, dont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont des acteurs clés dans la prise de décision, n’est pas un bloc uni par des valeurs ou une politique étrangère communes. Son fonctionnement repose sur la capacité de ses membres à coordonner leurs plans de production, même en cas de désaccords politiques.

Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi au Yémen ne sont pas nouvelles. Les deux pays, alliés dans le conflit depuis 2015, ont progressivement divergé en raison d’intérêts divergents dans le sud du Yémen. L’Arabie saoudite privilégie l’unité territoriale et la sécurité des frontières, tandis que les Émirats arabes unis soutiennent les factions du sud qu’ils considèrent comme mieux alignées sur leurs objectifs maritimes et sécuritaires. Ces divergences, latentes depuis des années, n’ont jusqu’à présent pas déstabilisé la politique de l’OPEP.

Un précédent existe : en 2021, les Émirats arabes unis avaient ouvertement menacé de bloquer un accord OPEP+ sur les niveaux de production, estimant que leur capacité de production en rapide expansion était injustement limitée. Un compromis a finalement été trouvé, révélant le véritable enjeu de l’OPEP : l’équilibre entre la croissance des capacités et le respect des quotas de production.

Cette dynamique sera plus déterminante à l’horizon 2026 que les différends concernant le Yémen. L’année prochaine s’annonce déjà difficile pour l’OPEP, avec des prévisions d’offre excédentaire et de baisse des prix, même si l’organisation elle-même reste prudente quant à ces perspectives. La gestion des objectifs de production dans ce contexte nécessitera de la cohésion, mais pas nécessairement un consensus sur la situation au Yémen.

Le défi de l’Arabie saoudite ne réside pas dans les désaccords occasionnels de ses partenaires en dehors du marché pétrolier, mais dans la nécessité de s’assurer que ces conflits ne nuisent pas à la politique de production, en particulier lorsque des restrictions sont nécessaires. Les tensions au Yémen peuvent mettre à l’épreuve les canaux diplomatiques, mais l’histoire suggère que l’OPEP peut fonctionner efficacement même en l’absence d’un consensus total, à condition que ses membres s’accordent sur les chiffres.

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