Publié le 8 janvier 2026 à 09h31. Des tensions croissantes entre l’Inde et le Bangladesh, exacerbées par un différend autour du cricket, coïncident avec une réaction prudente des pays d’Asie du Sud face à l’opération militaire américaine au Venezuela et une enquête sur la répression violente des manifestations au Népal.
- Un différend concernant la participation de joueurs de cricket bangladais à la Premier League indienne a ravivé les tensions entre l’Inde et le Bangladesh.
- Les gouvernements d’Asie du Sud ont adopté une position mesurée concernant l’intervention américaine au Venezuela, privilégiant le dialogue.
- L’ancien Premier ministre népalais KP Sharma Oli a coopéré avec une commission d’enquête sur la répression des manifestations de l’année dernière.
Les relations entre l’Inde et le Bangladesh se sont tendues après l’interdiction par le gouvernement bangladais de la diffusion de la Premier League indienne (IPL), l’une des ligues de cricket les plus prestigieuses au monde. Cette décision fait suite au retrait forcé de la star bangladaise Mustafizur Rahman de l’équipe des Kolkata Knight Riders, une mesure qui semble avoir été ordonnée par les autorités indiennes du cricket. Plus d’informations sur l’interdiction de la diffusion de l’IPL.
L’équipe nationale de cricket du Bangladesh a également annoncé qu’elle ne participerait pas aux matchs prévus en Inde lors de la prochaine Coupe du monde T20. Cette série de décisions souligne la profondeur des tensions entre les deux pays, qui se sont accrues après l’éviction de l’ancienne Première ministre bangladaise, Sheikh Hasina, suite à des manifestations de masse en 2024. La situation est particulièrement délicate à quelques semaines des élections cruciales au Bangladesh, prévues le 12 février.
Les tensions s’enracinent dans des perceptions mutuelles profondément ancrées. Les Bangladais estiment que l’Inde s’immisce depuis longtemps dans leur politique intérieure et étrangère, tandis que les Indiens craignent que le départ de Sheikh Hasina n’ouvre la voie à des groupes islamistes radicaux et à d’autres acteurs hostiles à leurs intérêts. L’Inde a accueilli Sheikh Hasina et lui a permis de s’exprimer publiquement, renforçant ainsi la position de Dhaka. En novembre dernier, un tribunal bangladais l’a condamnée à mort par contumace pour crimes contre l’humanité, en lien avec la répression des manifestations de 2024 qui avait fait de nombreuses victimes.
Un autre incident a exacerbé les tensions : le lynchage d’un ouvrier hindou dans une usine de confection au Bangladesh, où les menaces à l’encontre de la minorité hindoue suscitent des inquiétudes en Inde. Des militants bangladais ont également intensifié leurs critiques à l’égard de New Delhi. Le meurtre d’Osman Hadi, un militant bangladais, le mois dernier, et les allégations de la police bangladaise selon lesquelles deux suspects se seraient enfuis en Inde, ont encore compliqué la situation. En savoir plus sur le meurtre d’Osman Hadi.
Les élections au Bangladesh pourraient offrir une voie de sortie à cette crise. L’Inde a exprimé sa volonté de dialoguer avec tout gouvernement élu. Le principal parti d’opposition, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), entretient historiquement des relations tendues avec l’Inde, mais a récemment mis fin à son alliance avec le parti islamiste Jamaat-e-Islami, ce qui pourrait le rendre plus acceptable à New Delhi. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a adressé ses condoléances suite au décès de Khaleda Zia, figure emblématique du BNP, et son ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a assisté à ses funérailles à Dhaka, signalant une possible nouvelle approche à l’égard d’un éventuel gouvernement dirigé par le BNP. Déclaration de l’Inde sur les élections au Bangladesh.
Tariq Rahman, fils de Khaleda Zia et possible futur Premier ministre bangladais, a appelé à l’unité, ce qui pourrait être interprété comme une garantie à l’Inde que son gouvernement s’efforcera de protéger la minorité hindoue du Bangladesh. Cependant, des facteurs politiques nationaux pourraient limiter la volonté de chaque pays de tendre la main. Des acteurs islamistes influents au Bangladesh s’opposent à tout engagement avec l’Inde, tandis que Modi bénéficie d’une forte popularité en Inde.
Ce que nous suivons
Réaction à la crise vénézuélienne. Les gouvernements d’Asie du Sud ont réagi avec prudence à l’opération militaire américaine au Venezuela, évitant de condamner les États-Unis. Le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan et le Sri Lanka ont tous publié des déclarations exprimant leur inquiétude et appelant au dialogue. Le Pakistan a été le plus ferme, son représentant par intérim auprès des Nations Unies, Usman Jadoon, déclarant que les actions militaires unilatérales « créent de dangereux précédents ». Cette réaction modérée reflète un pragmatisme, les pays d’Asie du Sud souhaitant éviter de provoquer une administration Trump potentiellement volatile.
Débat au Pakistan suite à un article d’opinion. Un article d’opinion publié dans le Tribune Express par un étudiant pakistanais aux États-Unis a suscité un débat animé, avant d’être retiré du site web du journal. L’article critiquait les dirigeants politiques pakistanais et dénonçait le fossé entre l’élite dirigeante et la jeunesse du pays. Le parti d’opposition Tehreek-e-Insaf a largement relayé l’article sur les réseaux sociaux. Lien vers l’article d’opinion (peut ne plus être disponible).
Le Sri Lanka mise sur le tourisme pour se relever après le cyclone. Le gouvernement sri-lankais vise à attirer 3 millions de touristes en 2026 afin de générer des revenus pour les efforts de reconstruction après le cyclone dévastateur de novembre dernier. Le Fonds monétaire international a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance pour le Sri Lanka, soulignant l’importance du secteur touristique pour la reprise du pays. Annonce du plan touristique du Sri Lanka.
Sous le radar
L’ancien Premier ministre népalais KP Sharma Oli a remis une déclaration écrite à une commission d’enquête gouvernementale chargée d’enquêter sur la répression des manifestations de septembre dernier. Bien qu’il ait initialement rejeté la commission, sa coopération est significative à l’approche des élections nationales de février. Sa déclaration pourrait apaiser les inquiétudes de ceux qui s’opposent à un éventuel retour au pouvoir.
Les articles les plus lus de Foreign Policy cette semaine
Voix régionales
Dans le Daily Star, l’économiste Fahmida Khatun évalue l’héritage économique de Khaleda Zia.
Dans le Tribune Express, Khushbou Farid, doctorante, plaide pour que le Pakistan investisse dans l’énergie nucléaire.
Dans le Indian Express, l’économiste Madan Sabnavis explique pourquoi le faible taux d’inflation en Inde n’est pas nécessairement une bonne nouvelle.
