Home SantéLes vaches ressentent-elles de la douleur ? Un expert brésilien clarifie ce que dit la science

Les vaches ressentent-elles de la douleur ? Un expert brésilien clarifie ce que dit la science

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 10:30:00. La douleur animale est une réalité scientifique aux conséquences directes sur le bien-être des animaux d’élevage et, par extension, sur la productivité des exploitations. Une chercheuse brésilienne appelle à une meilleure reconnaissance des signaux de souffrance et à l’adoption de pratiques plus respectueuses.

  • La douleur animale est une expérience complexe, impliquant une sensation, une perception et une expression.
  • Les animaux, notamment les proies, ont tendance à masquer leur douleur, rendant sa détection difficile.
  • Le stress, notamment thermique, a un impact négatif sur le bien-être animal et la productivité agricole.

Lors du Congrès international sur le bien-être animal, qui s’est tenu à Bogota, Aline Sant’Anna, chercheuse à l’Université d’État Paulista (UNESP) au Brésil, a souligné l’importance de reconnaître et d’atténuer la douleur chez les animaux d’élevage. Selon elle, ignorer cette dimension a des répercussions non seulement éthiques, mais aussi économiques.

La douleur, explique Sant’Anna, est bien plus qu’une simple réaction à un dommage physique. L’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP) la définit comme une expérience sensorielle et émotionnelle associée à un dommage réel ou potentiel.

« La douleur a trois composantes, ce n’est pas quelque chose de simple : la sensation, la perception ou l’expérience de la douleur et l’expression de la douleur. »

Aline Sant’Anna, chercheuse à l’UNESP

La difficulté réside dans l’expression de la douleur par les animaux. En particulier chez les espèces proies, l’évolution a favorisé la dissimulation de la souffrance comme mécanisme de survie. “Nous voyons souvent un animal avec une blessure importante, mais peu de changements de comportement. Les gens disent : “D’accord, mange, marche”, mais la perception de la douleur n’est pas la même chose que l’expérience ou l’expression de la douleur”, prévient la chercheuse.

Il est donc crucial pour les éleveurs de savoir identifier les signes les plus subtils de souffrance : un regard plus fermé, les oreilles en arrière, une diminution de l’activité. Ces indices, bien que discrets, peuvent révéler un mal-être profond.

Comment les animaux expriment leur douleur

La science a démontré que toutes les espèces partagent certains schémas d’expression de la douleur. Des études menées sur des rats, des moutons, des porcs et des vaches ont identifié des gestes faciaux similaires : yeux plissés, museau tendu, tension au niveau du front.

« Cela présente une caractéristique phylogénétique et évolutive : tous les animaux expriment la douleur de la même manière. »

Aline Sant’Anna, chercheuse à l’UNESP

Les changements comportementaux peuvent également être légers : diminution des mouvements, réduction de l’appétit, moindre interaction avec l’environnement. Il est donc essentiel d’observer attentivement les animaux et de ne pas se fier uniquement aux signes évidents.

Sant’Anna rappelle que de nombreuses procédures courantes en élevage, telles que la castration ou l’écornage, sont douloureuses. “C’est déjà prouvé par la science. Il nous appartient désormais de trouver des alternatives, comme réaliser ces procédures le plus tôt possible et recourir à l’anesthésie ou à l’analgésie.” Dans les pays développés, l’utilisation d’analgésiques est déjà une pratique courante, voire obligatoire. En Amérique latine, le défi est d’adopter ces pratiques et de répartir les coûts sur l’ensemble de la chaîne de production, et pas seulement sur les éleveurs.

Stress et bien-être : un lien direct avec la productivité

L’impact du stress sur le bien-être animal et la production agricole a également été abordé par Sant’Anna. Lorsqu’un animal est confronté à un facteur de stress, une réponse physiologique complexe est déclenchée, impliquant l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol – des hormones qui modifient de nombreuses fonctions corporelles.

« Le cortisol génère des réactions physiologiques, immunologiques, comportementales et cognitives que l’on s’attend à observer dans des situations stressantes. »

Aline Sant’Anna, chercheuse à l’UNESP

Ces réactions se traduisent par une augmentation du rythme cardiaque, une diminution de l’appétit, des troubles digestifs et un affaiblissement du système immunitaire. Le stress thermique est un problème particulièrement fréquent chez le bétail, entraînant une réduction de la consommation alimentaire, une baisse de la production laitière et une affectation de la fertilité. “Tout ce stress déclenche des problèmes de productivité”, souligne Sant’Anna, insistant sur le fait que le bien-être animal est un enjeu à la fois éthique et économique.

Pour en savoir plus sur les blessures les plus douloureuses chez les bovins : Consultez cet article.

Et pour une réflexion plus approfondie sur la perception de la douleur chez les animaux : lisez cet article.

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