Après plus de dix ans de valorisation tirée par son statut de valeur refuge, le franc suisse pourrait voir son attrait s’estomper à mesure que l’économie européenne se redresse. Les analystes anticipent un potentiel renforcement de l’euro face au franc suisse d’ici à 2026, porté par une dynamique de croissance plus favorable et une appétence réduite pour les actifs refuges.
Plusieurs institutions ont revu à la hausse leurs prévisions de croissance pour l’Europe en 2025 et 2026. Cette révision reflète une confiance industrielle en hausse en Allemagne, une activité de services soutenue en France, et des signes de stabilisation économique en Italie et en Espagne. Historiquement, le taux de change EUR/CHF a toujours été étroitement lié à la performance économique européenne, une croissance plus forte stimulant les flux de capitaux vers la zone euro, notamment dans les secteurs financiers et cycliques.
À ce stade, le marché des changes semble privilégier la dynamique de croissance relative plutôt que les seules divergences politiques, ce qui pourrait favoriser un rebond de l’EUR/CHF. Bien que le taux de change n’ait pas encore pleinement intégré ce changement de contexte macroéconomique – l’EUR/CHF s’échangeant actuellement autour de 0,9328 – les analystes de JPMorgan estiment qu’une confirmation des révisions à la hausse des prévisions de croissance pourrait propulser l’euro vers 0,95 au premier trimestre 2026, puis vers 0,96 à la fin de l’année.
Le franc suisse reste néanmoins fortement influencé par son rôle de valeur refuge et par les taux d’intérêt bas maintenus par la Banque nationale suisse. En période de stabilité économique mondiale, le franc a tendance à sous-performer, les investisseurs se tournant vers des actifs plus rentables ou liés à la croissance. Cette tendance s’est déjà manifestée par le passé, notamment lors des phases de reprise post-pandémiques, lorsque la volatilité diminue et que l’appétit pour le risque augmente.
Si le scénario de reprise en Europe se concrétise, l’euro pourrait également bénéficier de la stabilité des taux d’intérêt dans la zone euro, ainsi que d’éventuelles opérations de durée qui pourraient influencer les rendements des obligations souveraines européennes.
Le positionnement actuel des investisseurs reste prudent, de nombreux portefeuilles institutionnels conservant une exposition défensive au franc suisse en guise d’assurance contre les risques géopolitiques ou financiers. Ce positionnement prudent offre un potentiel de repositionnement si les données économiques européennes confirment l’amélioration des perspectives. Les principaux indicateurs à surveiller sont les indices PMI manufacturier, les données du commerce extérieur et les résultats des entreprises, qui pourraient signaler une reprise de la demande réelle.
Le scénario de base prévoit une appréciation modérée de l’euro par rapport au franc suisse d’ici à 2026, soutenue par une dynamique de croissance plus favorable et une demande réduite pour les valeurs refuges. Cependant, de nouveaux risques spécifiques à l’Europe, tels que des chocs énergétiques, une fragmentation politique ou une détérioration des conditions financières mondiales, pourraient préserver la force du franc suisse et maintenir l’EUR/CHF en dessous de 0,94.
Pour les investisseurs, le couple de devises EUR/CHF représente une opportunité de trading macroéconomique, où la dynamique de croissance et les différentiels de rendement s’alignent. Une rotation progressive vers les actifs libellés en euros, au détriment de l’exposition défensive au franc suisse, pourrait offrir une valeur à moyen terme. Le principal risque reste toutefois un regain d’incertitude macroéconomique ou un ralentissement de la croissance mondiale, qui relanceraient la demande de valeurs refuges et soutiendraient le franc suisse.
