Home AffairesL’EUR/USD s’affaiblit alors que les données de la zone euro ne parviennent pas à compenser la demande en dollars américains

L’EUR/USD s’affaiblit alors que les données de la zone euro ne parviennent pas à compenser la demande en dollars américains

by Amélie Bernard

L’euro recule face au dollar, s’échangeant autour de 1,1650 après une série de cinq baisses quotidiennes consécutives. Cette faiblesse de la monnaie unique s’explique par un dollar américain soutenu et une économie américaine plus résiliente que prévu, tandis que la zone euro affiche une croissance atone.

La dynamique du dollar est alimentée par l’anticipation des chiffres de l’emploi américain et par un marché du travail qui se refroidit progressivement, sans pour autant s’effondrer. Les estimations pour le mois de décembre tablent sur la création d’environ 60 000 emplois, un chiffre légèrement inférieur aux 64 000 enregistrés en novembre. Cependant, les données hebdomadaires ne sont pas suffisamment alarmantes pour inciter la Réserve fédérale américaine (Fed) à modifier sa politique monétaire de manière urgente.

Les inscriptions au chômage aux États-Unis se sont établies à environ 208 000 pour la semaine du 3 janvier, un chiffre légèrement supérieur aux 200 000 révisés précédemment, mais inférieur au consensus des analystes qui tablait sur 210 000. Le nombre de personnes bénéficiant toujours d’allocations chômage a augmenté pour atteindre environ 1,914 million, ce qui indique une augmentation lente plutôt qu’une rupture brutale de l’emploi. Le secteur privé a ajouté 41 000 emplois, et le nombre d’offres d’emploi a diminué pour s’établir à 7,146 millions, confirmant un ralentissement de la demande de main-d’œuvre.

Malgré ces signes de refroidissement, les marchés financiers estiment qu’il y a environ 80 % de chances que la Fed maintienne ses taux lors de sa prochaine réunion, et que les baisses de taux seront échelonnées dans le temps. Cette combinaison – un ralentissement de l’emploi sans effondrement, et une Fed prudente – favorise le renforcement du dollar, dont l’indice (DXY) évolue juste au-dessus de 99,00, dans un canal ascendant. L’ancien niveau de résistance à 98,85 sert désormais de support, soutenu par la moyenne mobile sur 200 périodes autour de 98,50.

Du côté de la zone euro, la reprise économique se stabilise à un niveau bas sans s’accélérer. L’indice du climat des affaires de la Commission européenne s’est amélioré, passant d’environ -0,66 à -0,56, mais reste négatif. La confiance des consommateurs a progressé, passant d’environ -14,6 à -13,1, tandis que l’indicateur du climat économique a légèrement diminué, passant de 97,1 à 96,7, restant en dessous du seuil de 100 qui marque son équilibre à long terme.

L’inflation en zone euro a augmenté de 0,5 % en glissement mensuel en novembre, après une hausse de 0,1 % le mois précédent, dépassant les estimations d’environ 0,2 %. Cependant, le taux annuel reste négatif, à -1,7 %, enregistrant un quatrième mois consécutif de contraction, ce qui confirme que les pressions inflationnistes sont largement contenues. Le taux de chômage s’établit à 6,3 %, un niveau historiquement bas pour la zone euro, ce qui indique un marché du travail qui n’est pas soumis à de fortes tensions.

Dans ce contexte, Luis de Guindos, vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), a déclaré que les taux actuels étaient « appropriés », soulignant que l’inflation se rapproche de l’objectif de 2 %, mais que l’incertitude demeure. Les attentes d’inflation des consommateurs, selon l’enquête de la BCE, s’établissent à environ 2,8 % (sur un an), 2,5 % (sur trois ans) et 2,2 % (sur cinq ans), restant légèrement au-dessus de l’objectif de 2 %. Cela permet à la BCE de maintenir un taux directeur de 2,00 % sans se précipiter pour l’assouplir, mais les données ne sont pas suffisamment solides pour justifier une politique monétaire plus restrictive.

Sur le plan technique, l’EUR/USD évolue clairement dans une tendance baissière corrective. Le cours se situe en dessous des moyennes mobiles à 9 et 50 jours, qui se regroupent autour de 1,1680 et 1,1696, des niveaux qui sont passés du support à la résistance. Le RSI sur 14 jours, à environ 39, indique un ralentissement de la dynamique sans atteindre un territoire de survente. Le support immédiat se situe au plus bas des six dernières semaines, près de 1,1589. Une clôture quotidienne en dessous de ce niveau pourrait ouvrir la voie à une baisse vers la zone 1,1467-1,1470.

À plus long terme, l’EUR/USD digère la forte progression depuis le plus bas de 0,9534 en 2022 jusqu’au sommet de 1,1917. Tant que la paire reste au-dessus de la moyenne mobile à 55 semaines autour de 1,1408, la structure à long terme favorise la poursuite de cette tendance haussière, considérant toute baisse vers 1,14-1,15 comme un simple retracement correctif.

À court terme, le rapport sur l’emploi américain et la décision de la Cour suprême des États-Unis concernant les tarifs douaniers de l’ère Trump pourraient stimuler à la fois le dollar et le sentiment de risque mondial. Une croissance de l’emploi proche de 60 000, combinée à une légère détérioration des inscriptions au chômage, maintiendrait la Fed en mode attentiste et soutiendrait le dollar. Une décision favorable concernant les tarifs douaniers pourrait également ébranler le sentiment de risque, mais pourrait aussi être perçue comme un soulagement pour les secteurs sensibles au commerce.

En 2026, les attentes divergent. Si la BCE maintient ses taux directeurs autour de 2,15 % tandis que la Fed les réduit plus sensiblement et que la croissance de la zone euro reste résiliente, l’EUR/USD pourrait revenir dans la région de 1,20. Cependant, les données actuelles ne justifient pas encore cette tendance haussière. Si la croissance de la zone euro déçoit et que la BCE est contrainte d’assouplir sa politique monétaire, la paire pourrait plutôt évoluer vers 1,13 voire 1,10.

Dans l’ensemble, la configuration actuelle favorise une position baissière sur l’EUR/USD, avec une marge de baisse vers 1,1470. Les rallyes vers la zone 1,1680-1,1700 devraient être considérés comme des opportunités de vente plutôt que comme des signaux d’achat.

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