Publié le 24 septembre 2024 14h30. Une étude de l’Université de Californie, Riverside, révèle que l’exposition des pères aux microplastiques peut altérer le métabolisme de leur descendance, avec des conséquences plus marquées chez les filles, augmentant le risque de diabète et de maladies cardiaques.
- L’exposition paternelle aux microplastiques modifie le profil de l’ARN non codant dans le sperme.
- La progéniture féminine est plus vulnérable au développement de troubles métaboliques, notamment le diabète.
- La chaleur favorise la libération de microplastiques des emballages et des textiles synthétiques.
Des chercheurs de l’Université de Californie, Riverside (UCR), en collaboration avec les universités de l’Utah et du Nevada, ont mis en évidence un lien préoccupant entre l’exposition aux microplastiques et la santé métabolique des générations futures. L’étude, publiée dans le Journal de la Société endocrinienne, démontre que l’exposition des pères à ces particules de plastique peut induire des altérations métaboliques chez leurs enfants.
Les microplastiques, ces minuscules fragments de plastique (généralement inférieurs à 5 millimètres de diamètre) issus de la dégradation de produits plus volumineux comme les bouteilles, les sacs ou les fibres synthétiques, sont omniprésents dans notre environnement. Ils se dispersent facilement dans l’air et l’eau sous l’effet du soleil, du vent et des intempéries.
L’équipe dirigée par le professeur Changcheng Zhou, du département des sciences biomédicales de l’UCR, a étudié les effets de ces microplastiques sur des modèles murins. Les résultats indiquent que les parents mâles exposés à ces particules avant la conception ont une descendance plus susceptible de développer des troubles métaboliques, tels qu’une augmentation de la pression artérielle, une hyperglycémie et un excès de graisse corporelle. Ces facteurs sont des indicateurs de risque de maladies cardiaques et de diabète.
Pour approfondir cette observation, les chercheurs ont soumis tous les descendants à un régime riche en graisses, simulant les habitudes alimentaires occidentales. Ils ont constaté que la progéniture féminine issue de pères exposés aux microplastiques était significativement plus vulnérable au développement de phénotypes diabétiques et présentait d’autres altérations métaboliques que celle issue de parents non exposés.
« Les raisons exactes de cet effet spécifique au sexe ne sont pas encore claires. Dans notre étude, la progéniture féminine a développé des caractéristiques diabétiques et une régulation positive des gènes pro-inflammatoires et prodiabétiques a été observée dans le foie, des changements qui n’ont pas été détectés chez les mâles. »
Changcheng Zhou, professeur de sciences biomédicales, Université de Californie, Riverside
Les descendants mâles, bien qu’ayant présenté une réduction modérée mais significative de leur masse grasse corporelle, n’ont pas développé de diabète. Les femelles, en revanche, ont montré une diminution de la masse musculaire en plus des manifestations diabétiques.
L’étude a révélé que l’exposition aux microplastiques modifie le profil de l’ARN non codant dans le sperme, affectant des molécules telles que l’ARN dérivé de l’ARNt (ARNt) et de l’ARNr (ARNrs). Contrairement à l’ADN, qui sert de modèle vital, ces molécules d’ARN agissent comme des régulateurs, influençant l’expression de certains gènes pendant le développement embryonnaire.
Le professeur Zhou souligne que, à sa connaissance, il s’agit de la première étude démontrant que l’exposition paternelle aux microplastiques peut modifier le profil de l’ARN non codant dans le sperme et induire des troubles métaboliques chez la progéniture. Il ajoute que les implications de la pollution plastique dépassent l’individu exposé, car l’empreinte biologique qui en résulte pourrait prédisposer les générations futures à des maladies chroniques. Ces conclusions pourraient également être pertinentes pour les humains.
Les chercheurs recommandent aux hommes envisageant d’avoir des enfants de réduire leur exposition aux microplastiques afin de protéger la santé de leur descendance. L’équipe prévoit d’analyser si l’exposition maternelle aux microplastiques entraîne des risques similaires et de rechercher des stratégies pour atténuer les effets négatifs de ce type d’exposition.
Par ailleurs, diverses études scientifiques mettent en évidence que la chaleur est un facteur clé dans la libération de microplastiques et de nanoplastiques des emballages, des ustensiles et des textiles synthétiques dans les aliments, les boissons et l’environnement domestique. Des pratiques courantes comme chauffer des récipients en plastique au micro-ondes, verser des liquides chauds dans des gobelets en plastique ou laver des vêtements en polyester à l’eau chaude augmentent considérablement la quantité de particules de plastique présentes dans notre alimentation et notre environnement.
Pour minimiser l’exposition, les experts conseillent d’éviter d’utiliser des récipients en plastique pour réchauffer les aliments et les boissons, en privilégiant le verre ou l’acier inoxydable. Ils suggèrent également de laver les vêtements synthétiques à l’eau froide ou tiède et de limiter le contact des liquides chauds avec les objets en plastique, en particulier les plus anciens ou endommagés. Bien que l’élimination complète du plastique soit difficile, le maintenir à l’abri de la chaleur est l’une des mesures les plus efficaces pour réduire sa présence dans notre environnement quotidien.
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