Publié le 18 octobre 2025 09h40. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’est fixée des objectifs ambitieux pour lutter contre l’hépatite B : réduire de 90 % le nombre de nouvelles infections et de 65 % la mortalité d’ici 2030, malgré la complexité du virus et les limites des traitements actuels.
- Seulement 10 % des plus de 250 millions de personnes infectées chroniquement par le virus de l’hépatite B (VHB) dans le monde connaissent leur état.
- La vaccination précoce des nouveau-nés et l’éducation sanitaire sont essentielles pour prévenir la transmission du VHB, en particulier dans les pays à forte prévalence.
- De nouvelles approches thérapeutiques sont en développement pour renforcer le système immunitaire et éliminer durablement le virus.
L’hépatite B, une infection virale atteignant plus de 250 millions de personnes à travers le monde, représente un défi de santé publique majeur. Si l’infection aiguë disparaît dans 90 % des cas, elle devient chronique chez un nombre significatif de patients, pouvant entraîner des lésions hépatiques graves, voire un cancer du foie. L’OMS a donc défini une stratégie globale visant à inverser cette tendance d’ici 2030.
La transmission du VHB varie considérablement selon les régions. Dans les pays où la prévalence est élevée (environ 5 % de la population), la transmission verticale, de la mère à l’enfant lors de l’accouchement, est la principale voie de contamination. Heureusement, une prophylaxie efficace existe : la vaccination rapide des nouveau-nés et l’administration d’immunoglobulines permettent de protéger jusqu’à 90 % des bébés nés de mères porteuses du virus. Ruma Rajbhandari, de la Harvard Medical School de Boston, et son équipe soulignent que la mise en œuvre de ces mesures, ainsi que des programmes de vaccination adaptés et des campagnes d’information, sont cruciales pour la prévention de l’hépatite B.
Dans les pays à faible prévalence, comme en Europe occidentale (environ 1 % de personnes infectées chroniquement), la transmission se fait plus souvent par voie horizontale, lors de rapports sexuels non protégés ou par le partage de seringues contaminées, notamment chez les consommateurs de drogues intraveineuses. La migration en provenance de zones endémiques peut également jouer un rôle dans l’augmentation des cas.
Dépistage et prise en charge : une approche globale
Face à cette situation, le dépistage précoce est primordial. Le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a même recommandé en 2023 le dépistage de tous les adultes, quel que soit leur profil de risque. Il est également essentiel de dépister les patients avant de leur administrer certains médicaments, tels que les antiviraux contre l’hépatite C, les immunosuppresseurs (dont les corticostéroïdes) ou de commencer une chimiothérapie, afin d’éviter une réactivation du VHB.
Une fois l’infection contractée, le virus déclenche une réponse immunitaire complexe. Le VHB existe sous dix génotypes différents. L’infection chronique est caractérisée par la persistance de l’antigène de surface de l’hépatite B (AgHBs) dans le sang pendant plus de six mois. Un facteur clé de cette persistance est l’ADNccc (ADN circulaire fermé par covalence), une forme virale difficile à éliminer thérapeutiquement, et qui peut s’intégrer au génome de l’hôte, entraînant des mutations.
Dans certains cas, on observe une infection occulte par l’hépatite B, où l’ADN du VHB est détectable dans le sang et/ou l’ADNccc dans le foie, en l’absence d’AgHBs. Un traitement n’est généralement pas nécessaire dans ces situations, mais un risque de réactivation demeure. Il est également important de noter que 5 % des personnes atteintes d’une infection chronique par le VHB sont également infectées par le virus de l’hépatite D, une combinaison considérée comme la forme d’infection hépatique chronique la plus sévère.
La prise en charge d’une infection chronique par le VHB nécessite une évaluation complète des comorbidités et des facteurs de risque. Des outils tels que le rapport aspartate aminotransférase/numération plaquettaire (APRI*), l’indice de fibrose (FIB4) et le score GPSA (basé sur la mesure de la gamma-glutamyltransférase, de la numération plaquettaire, de l’AgHBs et de l’albumine sérique) permettent d’évaluer la fibrose hépatique. L’élastographie est également utile pour diagnostiquer la cirrhose.
Vers de nouvelles thérapies
L’objectif du traitement est de stopper la progression de l’infection vers une cirrhose hépatique décompensée ou un carcinome hépatocellulaire. Le peginterféron, une cytokine antivirale, favorise la dégradation de l’ADNccc viral, mais son utilisation est limitée en raison de ses effets secondaires. Les analogues oraux de nucléotides, tels que l’entécavir et le ténofovir, sont plus fréquemment prescrits car mieux tolérés. Ils inhibent efficacement la réplication virale et ralentissent la progression de la maladie. La mesure de l’AgHBs pendant le traitement peut guider la décision thérapeutique. À l’avenir, l’ARN du VHB et l’antigène lié au noyau de l’hépatite B (HBcrAg) pourraient servir de marqueurs de substitution pour l’ADNccc.
Des recherches prometteuses sont en cours pour développer de nouvelles approches thérapeutiques capables d’inhiber spécifiquement différentes étapes du cycle de vie du VHB et de renforcer la défense immunitaire de l’organisme. Cependant, l’élimination complète de l’ADNccc et de l’ADN du VHB intégré reste un défi majeur, et le succès thérapeutique est actuellement défini comme un “remède fonctionnel”, caractérisé par l’absence de détection de l’AgHBs et de l’ADN viral.
*indice du rapport aspartate aminotransférase/plaquettes
Source : Rajbhandari R et al. BMJ 2025 ; 389 : E079579 ; doi: 10.1136/bmj-2024‑079579
Pour aller plus loin
