Publié le 6 décembre 2025 18h06:00. L’Asie-Pacifique est à la croisée des chemins pour atteindre les objectifs de développement durable fixés par l’ONU en 2030, et le secteur des transports, à la fois source de défis et de solutions, joue un rôle crucial dans cette transition.
- Chaque année, 700 000 personnes meurent sur les routes d’Asie-Pacifique, principalement dans les pays à faible et moyen revenu.
- La pollution de l’air liée au transport est responsable de 2,2 millions de décès prématurés dans la région, représentant 41 % des émissions mondiales.
- Les investissements dans des systèmes de transport durables peuvent stimuler la croissance économique, réduire les inégalités et contribuer à la lutte contre le changement climatique.
Dix ans après l’adoption de l’Agenda 2030 et de ses 17 objectifs de développement durable (ODD), la région Asie-Pacifique a réalisé des avancées significatives, mais de nombreux objectifs restent hors de portée. Le secteur des transports, véritable moteur du développement, est au cœur de ce paradoxe : il offre des solutions potentielles tout en étant une source majeure de problèmes environnementaux et sociaux. Il influence directement l’accès aux opportunités, la circulation des biens et les interactions entre les sociétés et leur environnement.
Les dimensions économique, sociale et environnementale constituent les trois piliers du développement durable, et les transports incarnent cette complexité. Les chiffres sont éloquents : 700 000 personnes perdent la vie chaque année dans des accidents de la route en Asie et dans le Pacifique, un chiffre alarmant concentré à plus de 98 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Parallèlement, la pollution atmosphérique, en grande partie due au transport, cause la mort prématurée de 2,2 millions de personnes, rappelant que ce secteur est responsable de 23 % des émissions mondiales, dont 41 % proviennent de la région Asie-Pacifique. Les embouteillages ne sont pas sans conséquences économiques non plus, entraînant des pertes de productivité estimées entre 2 et 5 % du PIB en Asie, et jusqu’à 10 % dans des métropoles comme Pékin.
Face à ces défis, le transport durable apparaît comme une nécessité, tant sur le plan humain qu’économique. Placer ce secteur au centre de la mise en œuvre des ODD pourrait débloquer des gains de développement considérables. C’est particulièrement visible dans la manière dont les transports sont liés à plusieurs objectifs :
Un catalyseur de croissance inclusive et d’emplois décents
Des systèmes de mobilité fiables et abordables sont essentiels pour réduire la pauvreté (ODD 1) et favoriser une croissance économique durable et la création d’emplois décents (ODD 8). À Jakarta, par exemple, le réseau de bus à haut niveau de service (BHNS) TransJakarta transporte plus d’un million de passagers quotidiennement, réduisant les temps de trajet de 30 % et allégeant les dépenses de transport des travailleurs à faible revenu. Au Népal, le ministère des Routes a constaté que l’amélioration des liaisons routières vers les communautés rurales a facilité l’acheminement des produits agricoles vers les marchés et a créé des millions de journées de travail rémunérées pour les ouvriers du bâtiment. Ces investissements favorisent l’innovation et le développement des infrastructures (ODD 9) tout en réduisant les inégalités entre les zones urbaines et rurales (ODD 10).
Un facilitateur d’inclusion sociale et d’équité
Des transports sûrs et inclusifs contribuent à améliorer la santé (ODD 3) en réduisant les risques d’accidents, à élargir l’accès à l’éducation (ODD 4) et à promouvoir l’égalité entre les sexes (ODD 5). À Peshawar, au Pakistan, le projet de BHNS de Peshawar a été conçu pour être accessible aux populations les plus vulnérables. L’aménagement de zones d’attente séparées et de sièges réservés aux femmes, ainsi que l’installation de rampes d’accès et de revêtements tactiles pour les personnes handicapées, a entraîné une augmentation de 20 % de la fréquentation de ces groupes de passagers, contre seulement 2 % avant la mise en service du BHNS. Le système offre ainsi un accès aux opportunités d’éducation, d’emploi et de participation civique à des personnes traditionnellement exclues, soutenant ainsi la réalisation des objectifs sociaux et économiques plus larges des ODD.
Un accélérateur d’actions climatiques et environnementales
La mobilité électrique offre un levier pour aligner les systèmes de transport et d’énergie sur les objectifs climatiques nationaux. Au Bhoutan, où 100 % de la capacité électrique est issue de sources renouvelables, les véhicules électriques (VE) soutiennent l’action climatique (ODD 13) en déplaçant les émissions du véhicule vers la source d’énergie. Même dans les pays où le réseau électrique est fortement dépendant des combustibles fossiles, la transition vers les VE peut stimuler les investissements dans les infrastructures renouvelables, favorisant ainsi l’énergie propre (ODD 7) et une production et une consommation responsables (ODD 12) en réduisant la dépendance aux importations pétrolières. La mobilité à faible émission de carbone contribue de manière significative au développement de villes durables (ODD 11), comme le démontre l’exemple de Shenzhen, en Chine, où l’électrification des 16 000 bus de la ville a permis de réduire les émissions de CO2 de 194 000 tonnes par an.
Pour souligner ces liens, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 78/148 sur « Le renforcement des liens entre tous les modes de transport pour atteindre les objectifs de développement durable », proclamant la période 2026-2035 comme la Décennie des Nations Unies pour les transports durables. Cette Décennie offre une occasion unique de renforcer le rôle des transports dans la réalisation des ODD et de considérer la mobilité comme un facteur de progrès économique, social et environnemental au-delà de 2030. La Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) accompagne déjà les États membres dans cette démarche. Grâce à des plateformes régionales telles que l’Initiative Asie-Pacifique sur la mobilité électrique et le Mécanisme de coopération régionale sur les transports durables et à faibles émissions de carbone, la CESAP soutient l’analyse partagée, l’élaboration coordonnée de politiques et l’échange de solutions concrètes. À l’avenir, la réalisation du plein potentiel des transports durables dépendra d’une action coordonnée à tous les niveaux, et la CESAP continuera de mener les efforts régionaux pour impulser cette transformation dans toute l’Asie et le Pacifique.
