Publié le 24 septembre 2025 16:30:00. L’administration Trump semble poursuivre une politique économique paradoxale, oscillant entre la volonté de préserver et de saper la domination du dollar américain, une stratégie qui pourrait bien se retourner contre les États-Unis.
- Stephen Miran, conseiller économique de Donald Trump, estime que le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar est un fardeau pour l’économie américaine.
- Les tarifs douaniers imposés par Trump pourraient affaiblir le rôle du dollar en tant que valeur refuge, incitant d’autres pays à diversifier leurs réserves.
- Un affaiblissement du dollar aurait des conséquences importantes pour les États-Unis, notamment une perte d’influence économique et la fin d’un avantage financier considérable.
La politique économique de l’administration Trump est marquée par une forme de pensée magique, une croyance que des mesures contradictoires peuvent coexister et produire des résultats positifs. Cette approche se manifeste notamment dans sa gestion de la valeur du dollar, où l’on observe une tension entre des déclarations visant à protéger la suprématie du dollar et des actions qui pourraient, au contraire, la remettre en question.
Donald Trump a mis en garde les pays contre le remplacement du dollar, mais certains membres de son administration semblent encourager l’adoption du dollar par d’autres nations. Parallèlement, Stephen Miran, principal conseiller économique du président et autorisé à siéger au conseil d’administration de la Réserve fédérale, considère que le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar est un handicap majeur pour les États-Unis, contribuant à leur important déficit commercial. Il estime que les États-Unis importent trop, non pas parce qu’ils consomment trop, mais parce qu’ils doivent exporter des bons du Trésor pour fournir aux autres pays des actifs où placer leurs réserves, ce qui conduit à une surévaluation persistante du dollar.
Miran a déclaré l’année dernière :
« L’Amérique enregistre d’importants déficits de sa balance courante, non pas parce qu’elle importe trop, mais parce qu’elle doit exporter des bons du Trésor pour fournir aux autres pays des actifs dans lesquels garer leurs réserves. Cela conduit à une surévaluation persistante du dollar qui empêche l’équilibre du commerce international. »
Stephen Miran, conseiller économique de Donald Trump
Cette situation rappelle l’œuvre de l’artiste Jenny Holzer, qui affichait dans les années 1980 à Times Square le message :
« Protège-moi de ce que je veux. »
Jenny Holzer, artiste
Il est possible que l’administration Trump parvienne à dévaluer le dollar, que ce soit par choix délibéré ou par simple manque de clairvoyance. Les conséquences d’une telle dévaluation seraient importantes, tant pour les États-Unis que pour le reste du monde. Les pays étrangers, en particulier, souffriraient de la perte du dollar comme valeur refuge et de l’absence d’alternatives crédibles. L’euro, malgré les espoirs initiaux, n’a pas réussi à s’imposer comme une véritable rivale au dollar en raison de la fragmentation des marchés de capitaux européens. Quant au yuan chinois, il est limité par les contrôles des capitaux qui entravent la libre circulation des fonds.
Le dollar ne se limite pas à un simple actif financier. Selon une étude récente du Brookings Institution, environ les deux tiers des pays stabilisent leur monnaie par rapport au dollar pour se protéger contre les chocs économiques mondiaux. La taille du marché américain et l’importance du dollar dans le commerce international font que sa valeur influence les prix des biens échangés. Détenir des dollars ou indexer sa monnaie sur le dollar peut donc constituer une forme d’assurance contre les fluctuations économiques.
L’affaiblissement du dollar aurait également un coût élevé pour les États-Unis, notamment une perte d’influence mondiale et de son principal outil de coercition économique. Les États-Unis renonceraient également au « privilège exorbitant » dont parlait l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, à savoir la capacité de financer sa dette massive (120 % du PIB) à des taux d’intérêt bas grâce à la demande mondiale de bons du Trésor. Les États-Unis bénéficient également d’un avantage en termes de taux de rendement sur leurs actifs étrangers.
Le statut de réserve du dollar s’érode progressivement : il représente aujourd’hui 58 % des réserves mondiales de change, contre 74 % au début du siècle. L’avantage en termes de taux d’intérêt des bons du Trésor par rapport à la dette des entreprises ou d’autres pays a également diminué avec le temps. De plus, la guerre commerciale menée par Trump pourrait réduire le rôle du dollar en tant que valeur refuge, en limitant les importations américaines et en affaiblissant la relation entre le dollar et les prix des biens échangés.
Tarek Hassan, de l’Université de Boston, souligne que les tarifs douaniers imposés jusqu’à présent ont déjà fait augmenter les taux d’intérêt américains d’un demi-point de pourcentage. Les pays en développement se tournent également vers des monnaies à taux d’intérêt plus bas, comme le franc suisse et le yuan chinois, pour rembourser leurs dettes en dollars.
L’annonce des tarifs douaniers en avril dernier, qualifiée de « Jour de la Libération » par Trump, a illustré la vulnérabilité du dollar. Les marchés ont plongé, brisant la règle selon laquelle les actifs américains sont considérés comme des valeurs refuges en période de crise. Bien que les marchés se soient depuis stabilisés, le signal a été envoyé : le statut privilégié des bons du Trésor pourrait être remis en question.
L’avenir du dollar est incertain. D’autres monnaies pourraient combler une partie du déficit, notamment grâce aux efforts de réarmement de l’Europe, qui pourraient ouvrir la voie à des obligations à l’échelle de la zone euro. Cependant, l’assurance contre les chocs économiques et financiers deviendra probablement plus coûteuse, et le bien-être mondial pourrait en souffrir. L’administration Trump pourrait initialement se réjouir d’un dollar plus faible, ce qui pourrait réduire le déficit commercial américain, mais il est peu probable que cette satisfaction dure, car les coûts pour les États-Unis seraient considérables.
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