Publié le 19 octobre 2025 à 10h19. Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes, et si la détection précoce offre d’excellentes chances de guérison, les spécialistes alertent sur une tendance à la diminution des dépistages chez les femmes de plus de 70 ans.
- La détection précoce par contrôles gynécologiques et mammographies est cruciale pour un traitement efficace.
- Un tiers des nouveaux cas de cancer du sein se concentre chez les femmes de plus de 70 ans, mais elles sont nombreuses à négliger les dépistages.
- L’âge n’est pas une contre-indication à la prévention, et les traitements peuvent être adaptés pour préserver la qualité de vie des patientes âgées.
En Argentine, comme dans le reste du monde, le cancer du sein demeure une préoccupation majeure de santé publique. Selon les données de l’Institut national du cancer (INC), il représente 16,2 % de tous les diagnostics oncologiques dans le pays. L’incidence augmente progressivement à partir de 50 ans, atteignant un pic entre 70 et 74 ans.
Cette augmentation de l’incidence est liée à plusieurs facteurs, explique la Dre Azul Perazzolo, gynécologue et mastologue : « Le plus grand nombre de cas dans cette tranche d’âge s’explique principalement par le vieillissement de la population et par une espérance de vie plus longue. De plus en plus de femmes vivent assez longtemps pour développer cette pathologie. » Au fil des années, l’exposition aux œstrogènes – hormones influençant le développement des seins – s’accumule, tandis que la capacité naturelle de réparation de l’ADN diminue, augmentant ainsi le risque de mutations et, par conséquent, de cancer du sein.
Malgré ces facteurs de risque, les tumeurs diagnostiquées après 70 ans ont souvent des caractéristiques plus favorables. Elles sont généralement luminales, c’est-à-dire sensibles aux traitements hormonaux et à évolution plus lente. Cependant, la Dre Laura Lapuchesky, oncologue, insiste : « La détection précoce reste essentielle, quel que soit l’âge. » La mortalité liée au cancer du sein augmente en effet avec l’âge, avec environ 5 750 décès enregistrés chaque année en Argentine, pour un taux ajusté de 15,8 pour 100 000 femmes.
« L’âge en soi ne rend pas le cancer plus dangereux, mais il rend les traitements plus complexes », précise la Dre Perazzolo. Les patientes âgées présentent souvent d’autres pathologies chroniques – diabète, hypertension, problèmes cardiaques – qui peuvent affecter l’efficacité des thérapies. C’est pourquoi le rôle de l’oncogériatre est primordial pour évaluer l’âge fonctionnel de chaque patiente, qui ne correspond pas toujours à son âge chronologique.
Cette évaluation gériatrique complète permet d’adapter le traitement en fonction de la capacité de l’organisme à le supporter, en privilégiant toujours la qualité de vie. Il ne s’agit pas de surtraiter, avec des thérapies inutiles ou mal tolérées, ni de sous-traiter par simple raison d’âge. Chaque cas doit être évalué de manière personnalisée et éthique.
Un mythe tenace persiste : celui selon lequel les tumeurs chez les femmes âgées se développent plus lentement et ne nécessitent donc pas de soins urgents. La Dre Verónica Fabiano, mastologue, met en garde contre cette idée reçue : « Même si certains sous-types sont moins agressifs, cela ne signifie pas qu’ils ne doivent pas être traités à temps. Un diagnostic précoce et une mise en route rapide du traitement restent les clés pour parvenir à une guérison. »
La prévention et la détection précoce sont les meilleurs alliés dans la lutte contre le cancer du sein. Chez les jeunes femmes, l’auto-palpation n’est plus recommandée, car elle n’a pas démontré d’impact sur la mortalité. Il est plus important de consulter un médecin en cas de changement suspect : une grosseur, des sécrétions, des modifications cutanées. À partir de 40 ans, la mammographie annuelle est l’examen de référence, complétée par une échographie ou une imagerie par résonance magnétique pour les femmes ayant une poitrine dense ou des antécédents familiaux.
« Les contrôles ne doivent pas être interrompus avec l’âge, sauf indication contraire du médecin », souligne le Dr Daniel Mysler, spécialiste en imagerie diagnostique. « Dans le cas contraire, cela peut conduire à des diagnostics tardifs et à des traitements plus complexes. » Les chances de guérison sont très élevées en cas de détection précoce : jusqu’à 100 % au stade 0 et 99 % au stade I.
Les traitements ont considérablement évolué ces dernières décennies, combinant chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapies et traitements ciblés, adaptés au type de tumeur et à l’état de la patiente. L’objectif est d’obtenir un résultat oncologique optimal tout en préservant la qualité de vie. Des outils sont actuellement en cours de validation pour prédire le risque de toxicité des traitements chez les personnes âgées, permettant ainsi d’ajuster plus précisément les thérapies.
« De nombreuses femmes âgées sont exclues des programmes de contrôle pour différentes raisons : obstacles à l’accès, autres maladies ou idée erronée selon laquelle elles ne courent plus de risque », déplore la Dre Perazzolo. « Mais le cancer du sein détecté à temps est curable, même à 80 ans. »



