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L’Inde ordonne aux fabricants de smartphones de précharger une application publique

by Amélie Bernard

New Delhi, le 29 novembre 2023. L’Inde impose aux fabricants de smartphones le préchargement d’une application de cybersécurité gouvernementale non désactivable, une mesure destinée à lutter contre la fraude et le vol de téléphones, mais qui suscite des inquiétudes quant à la vie privée et à la liberté des utilisateurs.

  • Le ministère indien des Télécommunications a ordonné aux fabricants de préinstaller l’application Sanchar Saathi sur tous les nouveaux appareils.
  • Les utilisateurs ne pourront pas désactiver cette application, ce qui soulève des questions sur le consentement et la protection des données personnelles.
  • Apple, en particulier, pourrait s’opposer à cette exigence, compte tenu de ses politiques internes strictes en matière de préinstallation d’applications.

Face à une recrudescence de la cybercriminalité et du piratage informatique, les autorités indiennes renforcent leur arsenal réglementaire pour sécuriser le secteur des télécommunications. Cette nouvelle directive s’inscrit dans une tendance mondiale, avec des pays comme la Russie adoptant des mesures similaires pour contrôler l’utilisation des appareils mobiles. L’application Sanchar Saathi, lancée en janvier dernier, a déjà permis de récupérer plus de 700 000 téléphones perdus, dont 50 000 en octobre seul, selon les chiffres officiels.

L’ordonnance du 28 novembre, dont Reuters a eu connaissance, donne aux principaux fabricants de smartphones, tels que Samsung, Vivo, Oppo, Xiaomi et Apple, un délai de 90 jours pour se conformer à cette nouvelle exigence. Ils devront non seulement préinstaller l’application sur les nouveaux téléphones, mais aussi la déployer sur les appareils déjà présents dans la chaîne d’approvisionnement via des mises à jour logicielles. Le ministère justifie cette mesure par la nécessité de lutter contre la « grave mise en danger » de la cybersécurité causée par l’utilisation de numéros IMEI (International Mobile Equipment Identity) dupliqués ou usurpés, qui facilitent les escroqueries et les abus de réseau.

Cette décision n’est pas sans susciter de critiques. Mishi Choudhary, avocate spécialisée dans les questions technologiques, met en garde contre la suppression du consentement de l’utilisateur :

« Le gouvernement supprime effectivement le consentement de l’utilisateur comme un choix significatif. »

Mishi Choudhary, avocate spécialisée dans les questions technologiques

Des défenseurs de la vie privée rappellent également une mesure similaire adoptée en Russie en août, qui imposait la préinstallation de l’application de messagerie MAX, soutenue par l’État. L’Inde, avec ses plus de 1,2 milliard d’abonnés, représente l’un des plus grands marchés de téléphonie mobile au monde, et cette nouvelle réglementation pourrait avoir des conséquences importantes pour les fabricants et les utilisateurs.

Apple, dont les appareils iOS représentent environ 4,5 % du marché indien des smartphones (contre 735 millions d’appareils au total, mi-2023 selon Counterpoint Research), pourrait être particulièrement réticent à se conformer. La société américaine a toujours refusé de telles demandes gouvernementales, privilégiant ses propres politiques internes qui interdisent la préinstallation d’applications tierces. Tarun Pathak, directeur de recherche chez Counterpoint, estime qu’Apple pourrait tenter de négocier une solution alternative :

« Il est probable qu’ils recherchent un terrain d’entente : au lieu d’une pré-installation obligatoire, ils pourraient négocier et demander une option pour inciter les utilisateurs à installer l’application. »

Tarun Pathak, directeur de recherche chez Counterpoint

Pour l’heure, Apple, Google, Samsung et Xiaomi n’ont pas souhaité commenter cette affaire. Le ministère indien des Télécommunications n’a pas non plus répondu aux sollicitations de la presse. L’application Sanchar Saathi, qui utilise le numéro IMEI unique de chaque appareil pour bloquer l’accès au réseau en cas de vol, a déjà permis de bloquer plus de 3,7 millions de téléphones portables volés ou perdus et d’interrompre plus de 30 millions de connexions frauduleuses.

Le gouvernement indien affirme que cette application est essentielle pour prévenir les cybermenaces, faciliter le suivi et le blocage des téléphones perdus ou volés, aider la police à retrouver les appareils et lutter contre la contrefaçon.

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