Publié le 26 octobre 2023 07:35:00. L’Irlande pourrait devoir débourser entre 8 et 26 milliards d’euros pour ne pas respecter ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, une perspective qui suscite des inquiétudes au sein du gouvernement et relance les négociations avec l’Union européenne.
- L’Irlande risque de lourdes sanctions financières pour non-respect de ses engagements climatiques.
- Les estimations des coûts varient considérablement, allant de 8 à 26 milliards d’euros, soit potentiellement plus que le budget annuel alloué à la santé.
- Le secteur agricole, responsable de plus de la moitié des émissions irlandaises, est au cœur des discussions.
Le système politique irlandais a été mis en alerte en mars dernier, après la publication d’estimations alarmantes concernant le coût potentiel du non-respect des objectifs de réduction des émissions de carbone fixés par l’Union européenne. Selon les calculs du Conseil consultatif irlandais sur la fiscalité et du Conseil consultatif sur les changements climatiques, le pays pourrait être contraint de payer entre 8 et 26 milliards d’euros (soit plus de 9,2 et 29,8 milliards de dollars américains) pour ses manquements.
Ce montant élevé, dépassant le budget annuel consacré aux soins de santé, est lié au mécanisme de l’UE visant à encourager les États membres à réduire leur pollution. Ce dispositif impose des coûts financiers aux pays qui ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, tandis que ceux qui les dépassent bénéficient de crédits. Le règlement européen sur la répartition de l’effort (REP) concerne des secteurs clés tels que l’agriculture, les transports, le bâtiment, les déchets et les petites industries.
Les autorités irlandaises, conscientes de ce risque financier majeur, ont demandé au Conseil consultatif budgétaire irlandais d’analyser plus en détail les potentielles responsabilités du pays. Le principe est simple : chaque nation doit réduire ses émissions d’ici 2030. Les États membres qui réussissent obtiennent des crédits, tandis que ceux qui échouent, comme l’Irlande, doivent en acheter. Les pays les plus polluants sont pénalisés, et les plus vertueux en profitent financièrement.
L’Irlande s’est engagée à réduire ses émissions de 42 % par rapport aux niveaux de 2005, un objectif qu’elle ne devrait pas atteindre. Le pays affiche actuellement les émissions par habitant les plus élevées de l’UE pour les secteurs couverts par le REP. Depuis la publication de ces estimations, le gouvernement irlandais a lancé une campagne de lobbying discrète auprès de Bruxelles, espérant obtenir des concessions.
Le ministre du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement, Darragh O’Brien, a toutefois minimisé l’ampleur de ces coûts, déclarant :
« Ce type de coût mentionné publiquement n’est pas un coût réaliste. »
Darragh O’Brien, ministre du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement
Il est actuellement en négociations avec la présidence danoise de l’UE et le commissaire au climat, Wopke Hoekstra. Le Taoiseach Micheál Martin prévoit également de discuter de cette question avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
La stratégie privilégiée par l’Irlande consiste à investir dans la décarbonisation et l’électrification, notamment en améliorant le réseau national (avec un investissement de 3,5 milliards d’euros). Le pays souhaite également que la Commission européenne reconnaisse ses efforts et tienne compte de la spécificité de son secteur agricole, qui représente 51 % des émissions irlandaises, selon l’Agence de protection de l’environnement. Les transports contribuent à 26 % des émissions, et les habitations à 13 %.
L’argument du gouvernement irlandais repose également sur la croissance démographique du pays, contrairement à de nombreux autres États membres de l’UE. Cependant, cette position ne semble pas rencontrer un grand écho auprès de certains observateurs. Oisín Coughlan, conseiller politique du Pilier environnemental, a déclaré :
« Je ne vois pas de grande sympathie pour l’Irlande. L’Irlande a eu l’argent d’Apple et beaucoup d’argent des impôts en général. Il ne manque pas d’argent. Je préférerais que Darragh O’Brien consacre ses énergies à la réduction des émissions plutôt que de demander à l’UE de nous tirer d’affaire. »
Oisín Coughlan, conseiller politique du Pilier environnemental
Brian Motherway, responsable de l’efficacité énergétique à l’Agence internationale de l’énergie, reconnaît qu’il est légitime pour l’Irlande de souligner sa situation particulière, mais souligne que chaque pays a ses propres défis. Il met en avant le fait que le principal problème de l’agriculture irlandaise réside dans la taille des troupeaux :
« Le gros problème de l’agriculture est la taille des troupeaux. »
Brian Motherway, responsable de l’efficacité énergétique à l’Agence internationale de l’énergie
Il ajoute que l’Irlande, contrairement à d’autres pays européens, ne dispose pas d’une industrie lourde comme la sidérurgie.
Selon Larry O’Connell, directeur du Conseil économique et social national, la question centrale reste de savoir si l’Irlande est prête à réduire la taille de ses troupeaux. Les États membres de l’UE pourraient ne pas parvenir à un consensus sur l’octroi de concessions à l’Irlande, car certains d’entre eux pourraient bénéficier de la vente de crédits.
Malgré les efforts de lobbying, les estimations du Conseil consultatif irlandais sur la fiscalité et du Conseil consultatif sur les changements climatiques restent inchangées. Ils insistent sur le caractère approfondi et indépendant de leur analyse, et rappellent que l’Irlande a déjà payé des pénalités pour non-respect de ses objectifs d’émissions, notamment dans le cadre du protocole de Kyoto, et a renoncé à des revenus de 100 millions d’euros par an dans le cadre d’un autre mécanisme.
En conclusion, si l’Irlande ne parvient pas à atteindre ses objectifs en matière d’agriculture, de transport et de construction, un coût important est inévitable.
Dernières histoires sur le changement climatique
À ne pas manquer
