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L’OMS constate des progrès dans les mesures de prévention du paludisme

by Sophie Martin

Publié le 24 décembre 2025 à 13h52. Malgré des avancées notables dans la lutte contre le paludisme grâce à de nouveaux outils de prévention, un rapport de l’OMS alerte sur un recul des financements qui menace les progrès réalisés et pourrait compromettre les efforts futurs.

  • L’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) stagne depuis 2015, avec moins de la moitié des personnes à risque dormant sous une MII en 2024.
  • Le financement de la lutte contre le paludisme a chuté de manière significative, avec des conséquences directes sur les programmes de prévention et de surveillance.
  • Les nouveaux vaccins et les stratégies de chimioprévention saisonnière et continue montrent des résultats prometteurs, mais leur impact est limité par une couverture insuffisante.

Le rapport mondial 2025 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le paludisme souligne les progrès accomplis dans la prévention de cette maladie grâce à l’introduction de moustiquaires de nouvelle génération, d’un vaccin contre le paludisme et de stratégies de chimioprévention saisonnière et continue. Cependant, le document tire la sonnette d’alarme face à une réduction préoccupante des financements, qui pourrait compromettre ces avancées.

Selon le rapport, des améliorations significatives ont également été constatées dans l’accès au diagnostic et au traitement rapides pour les jeunes enfants. Néanmoins, la couverture offerte par les moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) et le traitement préventif intermittent du paludisme pendant la grossesse (TPIg) reste insuffisante, ce qui souligne la nécessité d’intensifier les efforts dans ces domaines.

Bien que plus de 3 milliards de MII aient été distribuées à travers le monde et que leur utilisation ait augmenté en Afrique subsaharienne depuis l’an 2000, le rapport révèle que moins de la moitié (47 %) des personnes exposées au risque dormaient sous une MII en 2024, un chiffre comparable à celui de 2015. L’utilisation était légèrement plus élevée chez les jeunes enfants, les filles et les femmes enceintes (53 %), mais reste loin de l’objectif d’une couverture universelle.

Face à la résistance croissante des moustiques aux pyréthrinoïdes, les insecticides traditionnellement utilisés pour traiter les moustiquaires, l’OMS recommande désormais de compléter ces derniers avec du butoxyde de pipéronyle (PBO), un synergiste. En 2024, ces moustiquaires à double traitement représentaient 84 % des 168 millions de moustiquaires fournies à l’Afrique subsaharienne, contre seulement 10 % en 2019.

Ce qu’il faut retenir

Les MII de nouvelle génération (y compris celles imprégnées de PBO), l’élargissement de la chimioprévention et le déploiement de deux vaccins recommandés par l’OMS témoignent de progrès significatifs, mais moins de la moitié des personnes à risque dorment sous une MII et le recours au TPIg pendant la grossesse reste bien en deçà des objectifs.

La vaccination, la chimioprévention saisonnière et continue (SMC/PMC) pour les jeunes enfants et le TPIg pour les femmes enceintes réduisent les conséquences graves, avec des centaines de milliers de cas d’insuffisance pondérale à la naissance déjà évités, mais un impact bien plus important est possible si la couverture correspond à l’accès aux soins de routine.

Les fortes réductions du financement de la lutte contre le paludisme – en particulier la baisse de l’aide publique au développement (APD) – perturbent les programmes, retardent les campagnes, augmentent les risques de rupture de stock et affaiblissent la surveillance, mettant gravement en péril les progrès récents.

Deux vaccins contre le paludisme ont été approuvés en 2024.

Les programmes de chimioprévention saisonnière et continue du paludisme (SMC, PMC) ont également été reconnus comme des stratégies efficaces pour contrôler la maladie en Afrique. La SMC consiste en l’administration mensuelle d’antipaludiques pendant la haute saison de transmission aux enfants de moins de 5 ans, le groupe le plus vulnérable au paludisme grave. La PMC (anciennement connue sous le nom de traitement préventif intermittent chez les nourrissons, IPTi) consiste en une dose administrée en même temps que les vaccinations de routine au cours de la première année de vie et est recommandée par l’OMS dans les régions où la transmission du paludisme est modérée à élevée tout au long de l’année.

La couverture des programmes de TPIg a légèrement augmenté, bien qu’elle reste inférieure aux objectifs. La proportion de femmes enceintes et de filles éligibles dans 34 pays africains ayant reçu une troisième dose de TPIg est passée de 43 % en 2023 à 45 % en 2024. Le rapport estime que l’infection palustre a compliqué 36 % des 36 millions de grossesses, soit 13 millions dans la région africaine de l’OMS en 2024.

« Les niveaux actuels de TPIg permettraient d’éviter l’insuffisance pondérale à la naissance chez environ 530 000 nouveau-nés », indique le rapport. « Si la couverture de trois doses de TPIg correspondait à la couverture des premières visites de soins prénatals, l’insuffisance pondérale à la naissance serait évitée chez 161 000 nouveau-nés supplémentaires. »

Les récentes réductions de financement sont identifiées comme un facteur clé du non-respect des objectifs en matière de portée et d’efficacité des programmes de prévention du paludisme. Le rapport met en évidence les graves revers financiers subis entre 2024 et 2025, le financement total de 3,9 milliards de dollars représentant moins de la moitié du montant requis. L’aide publique au développement (APD) a chuté de 21 %, en grande partie en raison de la réduction du soutien des États-Unis, ce qui, selon le rapport, perturbe les systèmes de santé et affaiblit la surveillance de routine.

« Cela a conduit à l’annulation ou au report de la plupart des enquêtes prévues et a accru le risque de rupture de stock et de retards de campagne », indique le rapport, « ce qui a fragilisé l’impact du programme et représente un risque important pour la pérennité de la riposte au paludisme. »

Lire la première partie de cet article en deux parties.

Référence
Rapport mondial sur le paludisme 2025. Faire face à la menace de résistance aux médicaments antipaludiques. Genève : Organisation mondiale de la santé ; 2025. Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

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