Le gouvernement wallon a présenté un accord budgétaire pluriannuel sur trois ans prévoyant le retour à l’équilibre en 2029, l’instauration d’une vignette automobile dès mai 2027 et la création d’un job bonus pour les salariés modestes à partir de 2028, suscitant de vives critiques de l’opposition.
Au terme de plusieurs semaines de négociations, l’exécutif régional a dévoilé les grandes lignes de son plan pour les années à venir. Le ministre-président Adrien Dolimont a souligné que cette feuille de route s’articule autour d’une trajectoire budgétaire pluriannuelle, visant à dégager les marges nécessaires pour atteindre l’équilibre financier d’ici 2029, avec un solde SEC à financer évalué à -1,351 milliard d’euros en 2027, -855 millions en 2028 et 15 millions en 2029.
Un job bonus et des mesures ciblées pour le pouvoir d’achat
La première grande priorité affichée par la Région concerne le renforcement du pouvoir d’achat des ménages. Dans cette optique, un job bonus
sera mis en place. Cette prime dégressive, allant jusqu’à 500 euros par an pour les rémunérations les plus modestes, s’adressera aux travailleurs dont le salaire brut ne dépasse pas 5 000 euros par mois. Son versement débutera en 2028 pour environ 900 000 salariés.

Du côté de la fiscalité sur les successions, les héritages en ligne directe bénéficieront d’un abattement exonérant les 75 000 premiers euros de la part nette des bénéficiaires, tandis que les montants excédant ce seuil resteront soumis aux taux en vigueur. Par ailleurs, le mécanisme des allocations familiales est intégralement préservé.
La réforme de la fiscalité automobile et l’arrivée de la vignette
Le volet mobilité introduit un changement majeur avec l’arrivée d’une vignette automobile dès le 1er mai 2027. Applicable aux voitures et camionnettes de moins de 3,5 tonnes immatriculées en Belgique ou à l’étranger, cette redevance s’échelonnera de 90 euros pour les véhicules zéro émission à 125 euros pour les modèles classés Euro 0 à Euro 3, les véhicules de norme Euro 4 et plus s’acquittant de 100 euros. Des formules de courte durée, allant d’un jour à deux mois, sont également prévues, avec des tarifs échelonnés allant de 8,10 euros pour une journée en électrique jusqu’à 37,50 euros pour deux mois sur un véhicule plus ancien. En cas de non-paiement, une amende de 70 euros est fixée, qui s’élèvera à 210 euros en cas de récidive.
Pour compenser cette nouvelle redevance, la taxe annuelle de circulation sera allégée dès le 1er avril 2027, favorisant les petites cylindrées et les véhicules électriques dont le tarif plancher tombera à 56,26 euros. La taxe de circulation d’une cylindrée de 1 600 cm3 passera ainsi de 358,51 euros à 283,51 euros. Pour les autres moteurs, la baisse de la taxe de circulation s’échelonnera de 40 à 75 euros selon la cylindrée. Les propriétaires de voitures de collection de type oldtimers et de remorques légères ne paieront plus cette taxe annuelle, une mesure concernant plus de 100 000 ménages, tandis qu’une prime de 30 euros sera accordée aux familles monoparentales à compter du 1er janvier 2028.
Économies administratives et fusions entre communes et CPAS
Les aéroports wallons subiront quant à eux une baisse de subsides de 20 millions sur un total de 80 dès 2028, tandis que les agences Wallonie Entreprendre et Wallonie Santé verdront leurs dotations progressivement réduites par la suppression des moyens octroyés par la Région.

Sur le plan institutionnel, une rationalisation administrative en profondeur est programmée. Les communes et les Centres publics d’action sociale fusionneront au sein d’une structure commune baptisée Pôle d’action sociale
. Les communes de moins de 25 000 habitants devront appliquer cette réforme au 1er janvier 2031, et les plus grandes entités devront y souscrire pour 2034 au plus tard. En parallèle, chaque commune perdra deux conseillers communaux et un poste d’échevin à l’issue des élections communales d’octobre 2030, représentant un total de 510 conseillers et 256 échevins en moins à l’échelle de la Région. Par ailleurs, Adrien Dolimont a annoncé la suppression des provinces dès le 1er janvier 2031, les premiers transferts de missions devant débuter dès l’année prochaine.
Les critiques virulentes de l’opposition face aux choix budgétaires
Les partis d’opposition ont vivement rejeté les arbitrages de l’exécutif. Le Parti socialiste a fustigé des mesures qui pèsent immédiatement sur le quotidien des citoyens, soulignant que les hausses de tarifs et de taxes interviennent dès 2027, à l’instar de la vignette automobile coûtant entre 90 et 125 euros par an, ou encore des titres-services dont l’augmentation touchera 300 000 ménages wallons après des hausses de frais complémentaires déjà encaissées entre 360 et 600 euros par an. Le groupe PS a également pointé l’absence de mesures pour empêcher l’augmentation des tarifs du TEC ou préserver l’abonnement à 1 euro par mois pour les jeunes et les aînés.

C’est la seule mesure censée soulager les Wallons et elle n’arrivera qu’en 2028 ; elle se chiffrera entre 4 et 40 € par mois pour moins de la moitié de la population en âge de travailler !
Christie Morreale, cheffe de groupe PS au Parlement wallon
Du côté du PTB, Germain Mugemangango a dénoncé une politique d’austérité fiscale. Le représentant de l’opposition a notamment affirmé que la vignette constitue une taxe supplémentaire pour les automobilistes wallons, tout en regrettant l’absence de contrôles stricts sur l’utilisation des subsides accordés aux grandes entreprises.
Enfin, le parti Ecolo a déploré l’absence de réponses concrètes aux défis climatiques et environnementaux dans ce cadre budgétaire pluriannuel, estimant que la population supportera l’essentiel de la facture de ces arbitrages.