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L’outil Google facilite la triche de l’IA, disent les enseignants – The Markup

Publié le 9 novembre 2025 13:02:00. L’essor de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement de l’outil Google Lens, soulève des inquiétudes croissantes chez les enseignants californiens face à une recrudescence de la triche et à un possible impact négatif…

L’outil Google facilite la triche de l’IA, disent les enseignants – The Markup

Publié le 9 novembre 2025 13:02:00. L’essor de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement de l’outil Google Lens, soulève des inquiétudes croissantes chez les enseignants californiens face à une recrudescence de la triche et à un possible impact négatif sur l’apprentissage des élèves.

  • Google Lens, un outil de recherche visuelle, permet aux élèves de tricher facilement lors des examens numériques.
  • De nombreux districts scolaires californiens utilisent des Chromebooks fournis par Google, rendant l’outil Lens facilement accessible.
  • Les enseignants s’inquiètent d’une baisse des compétences essentielles telles que l’écriture et la pensée critique.

Un professeur d’anglais d’un lycée de Los Angeles a été le premier à sonner l’alarme. Il a remarqué une amélioration soudaine et inexpliquée des résultats de certains de ses élèves, les plus en difficulté obtenant des notes parfaites. L’explication est venue d’un élève qui lui a montré comment utiliser la dernière version de Google Lens.

Cet outil, initialement conçu pour scanner des codes QR ou identifier des objets sur des photos, a évolué avec les progrès de l’IA. Google a récemment simplifié son utilisation sur le navigateur Chrome. En cliquant sur une icône, une barre latérale apparaît, fournissant une réponse, une description ou une interprétation de ce qui se trouve dans le champ de vision de l’outil. Pour les élèves, cela se traduit par une méthode de triche simple et discrète, sans avoir besoin de taper ou de quitter la page de l’examen.

« Je n’arrivais pas à y croire. Il est déjà assez difficile d’enseigner à l’ère de l’IA, et maintenant nous devons nous y retrouver ? »

Dustin Stevenson, enseignant

La lutte contre la triche a toujours été un jeu du chat et de la souris pour les enseignants, mais certains estiment que l’IA, et Lens en particulier, rendent désormais l’intégrité académique impossible à maintenir, avec des conséquences potentiellement graves sur le développement des compétences des élèves.

La généralisation des Chromebooks dans les écoles californiennes, en particulier ceux fournis par Google pendant la pandémie de COVID-19, a exacerbé le problème. Plus de 5,8 millions d’élèves utilisent désormais ces ordinateurs portables, faisant de Chrome l’option la plus populaire dans les établissements scolaires.

William Heuisler, professeur d’études ethniques dans un lycée de Los Angeles, a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme. Il a constaté que les Chromebooks étaient une source de distraction pour ses élèves, qui les utilisaient pour jouer à des jeux ou regarder des vidéos pendant les cours. L’arrivée de l’IA a ensuite ajouté une nouvelle dimension au problème.

« Après le COVID-19, il était clair que les Chromebooks étaient une très mauvaise idée dans ma classe. »

William Heuisler, professeur d’études ethniques

Face à cette situation, Heuisler a pris une décision radicale : abandonner complètement la technologie en classe et revenir à l’essentiel, le crayon et le papier. Les tests, les devoirs et les exercices sont désormais réalisés de manière traditionnelle. L’établissement interdit déjà l’utilisation des téléphones portables.

Cette approche demande plus de travail, mais Heuisler la juge nécessaire pour préserver les compétences fondamentales de ses élèves. Il souligne l’importance de la pensée indépendante, de l’expression personnelle et de la pensée critique, des compétences qu’il craint de voir se dégrader avec l’utilisation excessive de l’IA.

Une enquête récente menée par le Centre pour la démocratie et la technologie confirme ces inquiétudes. Plus de 70 % des enseignants interrogés se demandent si le travail rendu par les élèves est réellement le leur, et près de 75 % craignent que l’IA ne nuise à l’acquisition de compétences essentielles telles que l’écriture, la recherche et la compréhension écrite.

Une étude du Massachusetts Institute of Technology, intitulée « Votre cerveau sur ChatGPT », a révélé que les étudiants utilisant l’IA pour rédiger des essais présentent une activité cognitive réduite de 55 % par rapport à ceux qui écrivent sans assistance. De plus, la qualité des essais rédigés avec l’IA est inférieure, avec des idées moins développées, des structures de phrases plus simples et un vocabulaire limité.

Malgré ces préoccupations, environ 85 % des enseignants et des étudiants utilisent déjà l’IA en classe, que ce soit pour organiser des plans de cours, corriger des devoirs, effectuer des recherches ou générer des idées. Cependant, les règles concernant son utilisation varient considérablement d’un établissement à l’autre.

Le ministère de l’Éducation de Californie propose des conseils sur l’utilisation de l’IA en classe, mais ne fixe aucune obligation concernant la lutte contre la triche. Une vidéo diffusée par le ministère encourage même les enseignants à ne pas sanctionner les élèves pris en flagrant délit d’utilisation de l’IA pour rédiger un essai, mais plutôt à leur proposer des devoirs plus difficiles à automatiser ou à les inciter à citer l’IA comme une source.

Selon une récente enquête menée par l’organisation RAND, seulement 34 % des écoles et des districts scolaires disposent de politiques spécifiques concernant l’IA et la triche, et 80 % des élèves n’ont reçu aucune formation sur la manière d’utiliser l’IA de manière responsable.

Alix Gallagher, directrice de Policy Analysis for California Education, souligne que cette confusion est au cœur du problème. Selon un rapport de l’organisation Project Tomorrow, les adultes et les enfants ont des perceptions très différentes de ce qui constitue de la triche.

« Parce que les adultes ne sont pas clairs, il n’est pas surprenant que les enfants ne le soient pas. Il est de la responsabilité des adultes de résoudre ce problème, et s’ils ne sont pas sur la même longueur d’onde, ils rendront la tâche plus difficile pour les enfants qui veulent réellement faire la ‘bonne’ chose. »

Alix Gallagher, directrice de Policy Analysis for California Education

Gallagher préconise une formation de qualité pour les enseignants et des politiques cohérentes concernant l’utilisation de l’IA en classe, afin que tous les acteurs connaissent les règles et sachent comment naviguer dans cette nouvelle technologie.

Hillary Freeman, enseignante dans un lycée près d’Oakland, a opté pour une approche stricte : l’IA est pratiquement interdite dans sa classe de gouvernement. Les étudiants qui utilisent l’IA pour rédiger un travail obtiennent un zéro. Elle autorise uniquement l’utilisation de l’IA pour résumer des concepts complexes ou rédiger des questions d’auto-évaluation, et uniquement avec son autorisation explicite.

Elle reconnaît le potentiel de l’IA, mais craint qu’elle ne devienne une béquille pour les élèves. Elle insiste sur l’importance du raisonnement, de la logique, de la résolution de problèmes et de l’écriture, des compétences qu’elle juge essentielles pour l’avenir de ses élèves.

La détection de l’utilisation de l’IA par les étudiants est un autre défi. Cela implique de passer du temps à examiner l’historique des versions des travaux ou à utiliser des filtres anti-plagiat, qui sont parfois inexacts et peuvent faussement accuser les étudiants non anglophones.

Google, pour l’instant, ne prévoit pas de supprimer Lens de ses navigateurs Chrome, même sur les ordinateurs portables scolaires, bien qu’il continue de tester différents niveaux d’accessibilité. Le géant technologique a récemment suspendu un bouton de raccourci Lens « aide aux devoirs », mais il est peu probable que l’outil disparaisse complètement, selon son porte-parole, Craig Ewer.

Google encourage les étudiants et les enseignants à se familiariser avec les utilisations positives et éthiques de l’IA et à explorer son potentiel pour améliorer l’apprentissage. L’entreprise a investi plus de 40 millions de dollars dans des programmes d’initiation à l’IA pour les étudiants et les enseignants au cours des dernières années.

Les administrateurs scolaires ont également la possibilité de désactiver Google Lens sur les Chromebooks.

Los Angeles Unified a décidé de conserver Lens sur les ordinateurs portables de ses élèves, du moins pour le moment, car l’outil présente de nombreuses utilisations positives. Le district a mis en place quelques garde-fous : l’outil n’est disponible que pour les élèves ayant suivi un cours d’alphabétisation numérique, et les étudiants et les enseignants doivent respecter les règles d’intégrité académique et d’utilisation responsable de la technologie du district.

Ce n’est pas le premier défi technologique rencontré par le district. En 2024, le surintendant Alberto Carvalho avait dévoilé un chatbot appelé Ed, avant de l’abandonner trois mois plus tard suite au licenciement de la moitié du personnel de l’entreprise.

Stevenson a annoncé que Lens avait été désactivé sur les Chromebooks de ses élèves la semaine dernière, après avoir alerté le district de son utilisation abusive.

« C’est encourageant, mais cela révèle également à quel point l’introduction de l’IA a été aléatoire. Les enseignants et les chefs d’établissement passent d’innombrables heures à examiner chaque détail de l’expérience d’apprentissage, puis Google la sape totalement d’un simple clic. Ce n’est pas ainsi que l’éducation est censée fonctionner. »

Dustin Stevenson, enseignant

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.