Publié le 7 octobre 2025 à 12h14. L’Union européenne envisage de nouvelles restrictions sur les déplacements des diplomates russes sur son territoire, une mesure qui pourrait renforcer la pression sur Moscou tout en suscitant des débats sur l’équilibre entre sanctions et maintien du dialogue.
- L’UE pourrait obliger les diplomates russes à déclarer leurs voyages entre les États membres.
- Cette proposition, portée par l’EEAS, vise à contrer les activités perçues comme déstabilisatrices de la Russie.
- La République tchèque est un fervent défenseur de ces restrictions, en raison de ses propres expériences avec les activités hybrides russes.
Bruxelles examine une proposition visant à limiter la liberté de mouvement des diplomates russes au sein de l’Union européenne. Ce plan, révélé par Euronews, stipulerait que les membres des missions diplomatiques et consulaires russes, ainsi que leur personnel administratif, technique et leurs familles, devraient notifier leur intention de se rendre ou de transiter par un autre État membre que leur pays d’affectation. La notification, à effectuer “au moins 24 heures” à l’avance, devrait préciser les moyens de transport, ainsi que les dates et lieux d’entrée et de sortie. Les États hôtes se verraient alors accorder le pouvoir de permettre ou de refuser le passage.
Selon un haut diplomate européen, cette initiative représente une étape importante.
« C’est un pas en avant dans la bonne direction. Il est important d’agir maintenant plutôt que d’attendre que quelque chose se produise. »
Diplomate européen
La proposition a été intégrée au 19e paquet de sanctions contre la Russie, actuellement en cours de négociation. Ce dernier, présenté le mois dernier, se concentrait initialement sur le secteur énergétique russe, mais l’European External Action Service (EEAS) a ensuite jugé nécessaire d’ajouter cette dimension concernant les diplomates.
L’EEAS justifie cette mesure en soulignant que les diplomates russes sont souvent impliqués dans des activités contribuant à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, notamment en diffusant la rhétorique du Kremlin sur les causes du conflit et son déroulement. Le document met en garde contre le risque de manipulation de l’opinion publique par des diplomates russes se déplaçant dans l’UE, ainsi que contre des interférences ou d’autres actes de désinformation.
L’EEAS assure que ces restrictions ne contreviennent pas à la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, car elles ne concernent pas les déplacements à l’intérieur du pays d’affectation des diplomates, ni leur capacité à retourner en Russie.
Cette proposition n’est pas nouvelle. Plusieurs États membres avaient déjà expulsé du personnel russe accusé d’espionnage au début de l’invasion de l’Ukraine, ce qui avait entraîné des mesures de rétorsion de la part du Kremlin. La République tchèque, en particulier, plaide depuis longtemps pour l’adoption de restrictions à l’échelle de l’UE, après avoir été la cible de cyberattaques contre ses institutions d’État et de campagnes de désinformation lors d’élections parlementaires. Condamnations européennes et de l’OTAN suite à des cyberattaques russes et prédominance de la propagande russe dans l’actualité tchèque en sont des exemples récents.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavský, a récemment annoncé l’interdiction d’entrée sur le territoire tchèque pour les diplomates russes non accrédités par Prague.
« Les opérations de sabotage sont en hausse et nous ne risquerons pas d’agents opérant sous couverture diplomatique. »
Jan Lipavský, ministre tchèque des Affaires étrangères
Il a également déclaré sur les réseaux sociaux qu’il continuerait de faire pression pour des mesures plus strictes au niveau de Schengen, afin de défendre la République tchèque.
Si la proposition a gagné du terrain, elle a longtemps rencontré des résistances de la part de certains États membres, soucieux de maintenir un canal de dialogue avec Moscou. Cependant, le scepticisme semble s’être atténué, ce qui laisse entrevoir de bonnes chances d’approbation, bien que l’unanimité des 27 États membres soit requise pour l’adoption de toute sanction.
La mise en œuvre de ces restrictions pourrait être asymétrique, chaque capitale se réservant le droit d’autoriser ou de refuser l’entrée des diplomates russes. Les négociations sur le 19e paquet de sanctions devraient se poursuivre ce mercredi, et l’attention se porte notamment sur la Slovaquie, qui a posé des demandes sans rapport direct avec le contenu du paquet afin d’obtenir son consentement. Le Premier ministre slovaque Robert Fico avait précédemment exigé une compensation financière en échange de son accord pour des sanctions antérieures visant les combustibles fossiles russes. Il avait finalement obtenu une lettre d’assurances non contraignantes.
À ne pas manquer
