Publié le 3 décembre 2025 à 14h05. L’Union européenne dévoile un plan d’investissement de 3 milliards d’euros (2,63 milliards de livres sterling) pour réduire sa dépendance aux matières premières critiques, notamment face aux tensions géopolitiques et à la stratégie chinoise de contrôle des approvisionnements.
- L’UE lance le programme ReSourceEU pour diversifier ses chaînes d’approvisionnement et soutenir 25 à 30 projets stratégiques.
- La stratégie vise à atténuer les risques liés aux perturbations du marché, comme celles observées dans l’industrie automobile suite aux restrictions chinoises sur les exportations de puces.
- Des efforts accrus seront déployés pour le recyclage de l’aluminium et la possible restriction des exportations de ferraille.
Face à une concurrence mondiale accrue et à la volonté de Pékin d’utiliser les matières premières à des fins géopolitiques, l’Union européenne accélère ses efforts pour sécuriser son accès aux ressources essentielles. Des responsables européens soulignent la nécessité d’agir rapidement, alors que la Chine renforce son emprise sur des secteurs clés, de la microélectronique aux terres rares.
Le programme ReSourceEU, doté de 3 milliards d’euros, se concentrera sur des projets stratégiques dans le domaine des matières premières critiques, notamment les terres rares – un groupe de 17 métaux lourds abondants mais difficiles à extraire – ainsi que le gallium, le germanium, le cobalt et le lithium, indispensables à la fabrication des batteries de véhicules électriques. Un pilier central de cette initiative sera la création d’une plateforme européenne dédiée aux matériaux critiques, permettant de mutualiser les commandes des entreprises et de constituer des stocks communs pour des projets prioritaires, y compris des programmes de défense urgents. Cette plateforme sera pilotée par le commissaire européen à l’industrie, Stéphane Séjourné.
Cette annonce intervient alors que le président français Emmanuel Macron se rend en Chine, un pays qui a menacé d’étendre ses contrôles sur les exportations de terres rares, y compris les aimants utilisés dans de nombreux produits, des portes de voiture aux appareils d’imagerie médicale. L’UE s’inquiète de la dépendance excessive vis-à-vis de la Chine, illustrée par le fait que 17 000 à 18 000 tonnes d’aimants permanents, sur les 20 000 tonnes consommées annuellement par le bloc, proviennent de Chine. Seule une petite partie est produite au sein de l’UE (environ 1 000 tonnes), le reste étant importé d’autres pays.
Pour réduire cette dépendance, l’UE intensifiera ses efforts en matière de recyclage, notamment en imposant de nouvelles restrictions sur les exportations de ferraille d’aluminium en 2026 et, si nécessaire, de ferraille de cuivre. Elle lancera également une plateforme d’échange de matières premières pour regrouper la demande et les achats à l’échelle européenne, et un projet pilote de stockage stratégique début 2026. Bruxelles déplore que, malgré les mesures de défense mises en place, les entreprises continuent de privilégier les fournisseurs chinois en raison de leurs prix plus compétitifs par rapport à ceux du Chili, du Brésil, de l’Australie ou du Canada.
L’UE envisage donc de mettre en place des aides financières pour compenser le coût d’approvisionnement auprès de sources alternatives plus coûteuses. Ce plan s’inscrit dans la continuité de la loi de 2024 sur les matières premières critiques, qui fixe des objectifs ambitieux pour 2030, notamment la capacité d’extraire localement 10 % des besoins du bloc, de traiter 40 % des matières premières et de recycler 25 %.
Le financement mobilisé au cours des 12 prochains mois atteindra jusqu’à 3 milliards d’euros, dont 2 milliards d’euros par an seront mis à disposition par la Banque européenne d’investissement sous forme de prêts, de dette à risque et de dette privée. Cela inclut des financements déjà alloués à des projets tels que la mine de lithium finlandaise Keliber. Cette initiative européenne éclipse les 50 millions de livres sterling annoncés le mois dernier par Keir Starmer pour une initiative similaire au Royaume-Uni.
L’industrie s’inquiète de la possibilité que l’Europe prenne du retard sur les États-Unis, le Japon, le Canada et l’Australie, où les constructeurs automobiles américains travaillent déjà avec des groupes miniers pour réduire leur dépendance à la Chine. Les craintes d’une rupture d’approvisionnement ont été exacerbées en octobre, lorsque la Chine a menacé d’introduire des contrôles stricts sur les exportations mondiales de terres rares à partir de décembre. Bien que cette menace ait été levée dans le cadre d’un accord tarifaire conclu entre Xi Jinping et Donald Trump, le sursis n’est que temporaire, ne durant que 12 mois.
Selon les estimations de la Commission européenne, la demande de terres rares et de lithium devrait respectivement augmenter de cinq à douze fois et de près de 60 fois d’ici 2050. En 2020, plus de 98 % des importations de terres rares de l’UE provenaient de Chine, et 78 % de ses besoins en lithium étaient satisfaits par le Chili.
ReSourceEU s’inscrit dans le cadre plus large de la doctrine de sécurité économique de la Commission, qui vise à renforcer l’autonomie stratégique des entreprises européennes. L’unique usine européenne d’hydroxyde de lithium, exploitée par AMG Lithium en Allemagne, a nécessité un investissement de 150 millions de livres sterling. Son directeur général, Stefan Scherer, avait déclaré plus tôt cette année que « l’UE pourrait aussi bien demander à devenir une province de Chine » si des mesures concrètes ne sont pas prises pour réduire cette dépendance. « L’Europe doit devenir indépendante de la Chine, sinon ce ne sont que des paroles en l’air », a-t-il affirmé.
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