Belem, Brésil – L’intelligence artificielle se retrouve au cœur d’un débat passionné lors de la COP30 à Belem : outil prometteur pour lutter contre le réchauffement climatique ou menace environnementale cachée ? Si les entreprises technologiques vantent ses mérites, les organisations écologistes tirent la sonnette d’alarme sur son impact croissant sur la consommation d’énergie et d’eau.
L’IA est présentée comme une solution potentielle pour optimiser les réseaux électriques, aider les agriculteurs à anticiper les aléas climatiques, suivre les espèces migratrices et concevoir des infrastructures plus résistantes aux événements extrêmes. Adam Elman, directeur du développement durable chez Google, la qualifie même de « véritable catalyseur » qui a déjà un impact tangible.
Cependant, cette vision optimiste est contestée par les défenseurs de l’environnement. Ils soulignent que le développement et l’exploitation de l’IA nécessitent des quantités massives d’électricité et d’eau, alimentées par des centres de données de plus en plus gourmands en ressources. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation d’électricité des centres de données a augmenté d’environ 12 % par an depuis 2017, soit plus de quatre fois plus vite que la consommation globale d’électricité.
« À l’heure actuelle, l’IA est une bête totalement non réglementée », dénonce Jean Su, directeur de la justice énergétique au Centre pour la diversité biologique. Elle craint qu’un développement effréné de l’IA, sans garde-fous appropriés, ne compromette les objectifs fixés par l’Accord de Paris de 2015.
Michal Nachmany, fondateur de Climate Policy Radar, confirme l’intérêt croissant pour l’IA à la COP30, mais reconnaît également une certaine appréhension : « Le potentiel est énorme, mais les risques le sont tout autant. »
L’essor de l’IA est devenu un thème récurrent au sein des Nations Unies, avec au moins 24 sessions dédiées à cette technologie lors de la première semaine de la conférence au Brésil. Parmi les sujets abordés, l’utilisation de l’IA pour faciliter le partage d’énergie entre les villes, prédire les risques de criminalité forestière et récompenser des projets innovants, comme celui développé au Laos pour gérer la rareté de l’eau et la variabilité climatique.
Johannes Jacob, un data scientist de la délégation allemande, a présenté un prototype d’application, baptisé NegotiateCOP, destiné à aider les pays disposant de délégations restreintes – tels que le Salvador, l’Afrique du Sud ou la Côte d’Ivoire – à traiter le volume important de documents officiels de la COP. L’objectif est de « uniformiser les règles du jeu » lors des négociations.
Lors d’une table ronde, des représentants de géants de l’IA comme Google et Nvidia ont exposé les possibilités offertes par cette technologie pour résoudre les défis du secteur de l’énergie. Josh Parker, responsable du développement durable chez Nvidia, estime que l’IA est la « meilleure ressource que chacun d’entre nous puisse avoir », soulignant sa démocratisation rapide.
La princesse Abze Djigma du Burkina Faso voit dans l’IA une « percée dans la numérisation » essentielle pour l’avenir, tandis que Bjorn-Soren Gigler, spécialiste de la transformation numérique et verte à la Commission européenne, la considère comme une « arme à double tranchant », offrant des opportunités considérables mais soulevant également des questions éthiques et environnementales.
Les groupes environnementaux présents à la COP30 plaident pour une réglementation plus stricte de l’IA, notamment en imposant des tests d’intérêt public pour les nouveaux centres de données et en promouvant l’utilisation d’énergies renouvelables à 100 % sur site. « La COP ne peut pas se contenter de considérer l’IA comme une solution technologique ; elle doit également prendre en compte ses conséquences climatiques profondes », insiste Jean Su.
