Publié le 10 décembre 2025 à 09h40. Dix ans après la mise en place de l’accord de libre-échange entre la Corée du Sud et la Chine, les échanges commerciaux entre les deux pays sont en baisse, un renversement de situation qui témoigne de la montée en puissance industrielle chinoise et des tensions commerciales internationales.
- Le volume des échanges commerciaux entre la Corée et la Chine a diminué après une période de croissance suite à la mise en place de l’ALE.
- La Chine a réduit sa dépendance à l’égard des importations coréennes grâce à ses progrès industriels rapides, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs, des batteries et des écrans.
- Les contrôles américains sur les exportations de semi-conducteurs vers la Chine et le programme chinois « Made in China 2025 » ont accéléré ce changement de dynamique.
L’accord de libre-échange (ALE) entre la Corée du Sud et la Chine, entré en vigueur le 20 décembre 2015 après plusieurs années de négociations, visait à réduire les barrières tarifaires et à stimuler le commerce bilatéral. À l’époque, la Corée du Sud disposait d’une position industrielle plus forte que la Chine. L’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001 avait déjà entraîné une augmentation massive des investissements coréens en Chine, créant ainsi un besoin de réduire les droits de douane.
Dans les premières années suivant la mise en œuvre de l’ALE, les échanges commerciaux ont effectivement augmenté, passant de 227,3 milliards de dollars (environ 344 000 milliards de wons) en 2015 à 310,3 milliards de dollars (environ 456 000 milliards de wons) en 2022, soit une hausse de 36 %. La Corée du Sud bénéficiait alors d’un excédent commercial grâce à ses exportations de composants de haute technologie et de biens intermédiaires. Cet excédent a atteint son apogée en 2018, avec 55,6 milliards de dollars (environ 81 000 milliards de wons), malgré le début de la guerre commerciale sino-américaine en 2017.
Cependant, la situation a commencé à changer en octobre 2022, lorsque les États-Unis ont imposé des restrictions sur les exportations de semi-conducteurs vers la Chine. En 2023, les exportations coréennes vers la Chine ont chuté, et la balance commerciale s’est transformée en déficit. Les États-Unis ont depuis élargi leurs contrôles à d’autres secteurs stratégiques, tels que l’intelligence artificielle (IA). Parallèlement, la Chine a accéléré ses efforts pour développer ses propres industries, notamment grâce au programme « Made in China 2025 », lancé en 2015.
Cette évolution se traduit par une diminution de la demande de pièces et de matériaux coréens, alors que la Chine renforce ses capacités technologiques dans des domaines clés comme les semi-conducteurs, les batteries et les écrans. En 2023, la Corée du Sud a enregistré un déficit commercial avec la Chine pour des produits tels que l’acier, les appareils électroniques, les machines et les appareils électroménagers. Selon Jeong Seong-hoon, chercheur principal à l’Institut coréen de développement (KDI),
« Les performances à l’exportation des articles clés ont diminué et les importations ont augmenté, ce qui se traduit par une augmentation des importations nettes dans l’ensemble des produits manufacturés. »
Kim Jae-deok, directeur de la branche de Pékin de l’Institut coréen d’économie industrielle et de commerce, estime que
« Le paysage commercial entre la Corée et la Chine a changé à mesure que la Chine produit elle-même des produits qui dépendaient fortement des produits coréens. »
Il prévoit que le déficit commercial avec la Chine risque de persister, et même de s’aggraver si la situation dans l’industrie des semi-conducteurs ne s’améliore pas.
D’autres facteurs contribuent à cette situation, notamment la reprise économique chinoise plus lente que prévu après la pandémie de COVID-19, l’incertitude liée à la guerre commerciale sino-américaine et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. La pandémie a également accéléré la séparation des chaînes d’approvisionnement entre la Corée et la Chine. L’Inflation Reduction Act (IRA) adopté par les États-Unis en 2023 renforce cette tendance, incitant les entreprises chinoises à investir en Corée pour contourner les réglementations américaines et profiter de l’infrastructure technologique coréenne.
Des entreprises chinoises comme CATL, le premier fabricant mondial de batteries, ont ainsi créé des filiales en Corée. Des entreprises chinoises spécialisées dans les matériaux pour batteries, telles que Zhejiang Huayu Cobalt et GEM, réalisent également des investissements importants en Corée, souvent en partenariat avec des entreprises locales. De même, des constructeurs automobiles chinois comme BYD et Zike investissent en Corée pour pénétrer le marché coréen et établir des bases de production. Enfin, des géants du commerce électronique chinois comme Alibaba investissent dans la distribution et la logistique coréennes.
En conséquence, les exportations chinoises vers la Corée ont augmenté, passant de 101,2 milliards de dollars (environ 148 000 milliards de wons) en 2015 à 146,3 milliards de dollars (environ 215 000 milliards de wons) en 2023, et atteignant 130,6 milliards de dollars (environ 192 000 milliards de wons) en novembre 2024.
