Merck investit massivement dans la lutte contre la grippe en rachetant la société de biotechnologie Cidara Therapeutics pour 9,2 milliards de dollars (environ 8,5 milliards d’euros). Cette acquisition vise à développer une nouvelle approche thérapeutique, non basée sur la vaccination traditionnelle, pour une protection à large spectre contre les virus grippaux, y compris ceux susceptibles de provoquer des pandémies.
L’accord, annoncé vendredi, porte sur le CD388, un médicament en phase 3 d’essais cliniques développé par Cidara, basée à San Diego. Ce candidat médicament se distingue par sa capacité à cibler à la fois les virus de la grippe A et B, ainsi que des souches potentiellement pandémiques comme le H5N1. Contrairement aux vaccins, le CD388 ne repose pas sur une réponse immunitaire active, ce qui pourrait le rendre efficace chez les personnes immunodéprimées, comme les patients atteints de cancer ou souffrant de maladies chroniques.
Le CD388 est un conjugué médicament-Fc (DFC), une nouvelle classe de thérapies combinant une petite molécule inhibant la neuraminidase – une enzyme présente à la surface des virus de la grippe, déjà ciblée par des antiviraux comme le Tamiflu de Roche et le Relenza de GSK – et une région Fc d’anticorps humain IgG1. Cette combinaison permet de prolonger la durée d’action du médicament et de stimuler le système immunitaire pour une réponse accrue.
Des résultats préliminaires d’une étude de phase 2b menée sur environ 5 000 adultes non vaccinés, publiés en juin dernier, ont démontré l’efficacité préventive du CD388 à différentes doses. Le médicament s’est avéré sûr et bien toléré par les participants.
Merck a déjà prévu une étude de phase 3, lancée en septembre, qui se déroulera en deux temps : d’abord dans l’hémisphère nord pour couvrir la saison grippale de 2025, puis dans l’hémisphère sud au printemps prochain. Une analyse intermédiaire est prévue au premier trimestre 2026 pour évaluer la taille de l’essai et déterminer si le recrutement doit être étendu au-delà des 6 000 participants initialement prévus.
Cette acquisition permet à Merck de récupérer un actif que Johnson & Johnson avait initialement soutenu. Cidara avait conclu un partenariat avec Janssen Pharmaceuticals, la filiale de J&J, en 2021, mais ce dernier a abandonné le développement du CD388 en 2023 dans le cadre d’une restructuration de son portefeuille de maladies infectieuses. Cidara a alors repris les droits sur le médicament et levé des fonds pour poursuivre son développement.
Au-delà du CD388, Merck récupère également Cloudbreak, la plateforme technologique propriétaire de Cidara, qui pourrait avoir des applications en oncologie. Cette plateforme a déjà permis de développer des DFC ciblant des tumeurs solides, où elle pourrait présenter des avantages par rapport aux conjugués anticorps-médicament traditionnels.
Cette acquisition s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification pour Merck, dont le produit phare, l’immunothérapie anticancéreuse Keytruda, verra son brevet expirer en 2028. Le groupe pharmaceutique a déjà réalisé d’autres acquisitions cette année, notamment celle de Verona Pharma pour 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros), afin de renforcer son portefeuille et préparer l’avenir.
« Cette acquisition élargit et complète notre portefeuille et notre pipeline de produits respiratoires », a déclaré Dean Li, président de Merck Research Laboratories, dans un communiqué. « La grippe continue de constituer une menace importante pour la santé mondiale, provoquant chaque année des maladies, une morbidité et des décès généralisés, en particulier chez les personnes âgées et les personnes immunodéprimées, telles que celles atteintes de cancer et de maladies chroniques. »
Les conseils d’administration de Merck et Cidara ont approuvé la transaction, dont la finalisation est prévue au premier trimestre 2026. Merck organisera un appel aux investisseurs lundi à 8 heures pour discuter plus en détail de cet accord.
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