Publié le 2024-02-29. La découverte d’un vaste réseau de tunnels préhistoriques enfouis sous le sol du Cône Sud d’Amérique du Sud relance le débat scientifique sur le rôle des animaux disparus dans la formation des paysages actuels.
- Un réseau de plus de 1 500 structures souterraines a été identifié au Brésil et en Argentine.
- Les tunnels, certains mesurant plus de 550 mètres de long et 1,8 mètre de haut, ne peuvent s’expliquer par des phénomènes géologiques naturels ou par l’activité humaine.
- Les chercheurs suspectent que ces galeries ont été creusées par de grands mammifères éteints, tels que des paresseux terrestres géants et de grands tatous.
Des tunnels préhistoriques d’une ampleur insoupçonnée ont été mis au jour dans plusieurs régions du Cône Sud, suscitant l’étonnement et l’intérêt de la communauté scientifique. Ces structures, découvertes dans des excavations routières et sur des pentes naturelles, présentent des caractéristiques qui défient les explications conventionnelles.
Les investigations géologiques et paléontologiques menées sur ces conduits révèlent qu’ils traversent divers types de roches – grès, sables consolidés et roches volcaniques altérées – et qu’ils ont été réutilisés au fil du temps. Cette réutilisation suggère un processus prolongé lié à des dynamiques biologiques aujourd’hui disparues.
L’élément le plus frappant pour les scientifiques est la morphologie des tunnels. Les passages conservent des sections circulaires ou elliptiques, avec des pentes douces et des ramifications latérales qui évoquent un système organisé. Ces caractéristiques excluent les cavités karstiques ou les fractures naturelles du terrain. Des études publiées dans la revue Ichnos indiquent que certaines sections dépassent les 550 mètres de long, avec une hauteur atteignant près de 1,8 mètre, permettant à un adulte de se tenir debout.
L’absence de vestiges d’extraction ou de signes d’activité industrielle élimine l’hypothèse d’une exploitation minière. Le géologue Henri Frank, de l’Université fédérale du Rio Grande do Sul, affirme qu’aucun processus géologique ne peut générer de longs tunnels ramifiés présentant des marques de griffes sur les parois. Il penche donc pour une origine biologique.
Depuis plus de dix ans, les équipes dirigées par Henri Frank ont répertorié plus de 1 500 structures de ce type dans le sud et le sud-est du Brésil. Des découvertes similaires ont été faites en Argentine, où des tunnels traversent des collines avec une densité notable. Les analyses révèlent des effondrements de toits, des passages superposés et des rainures parallèles sur les murs, souvent regroupées par trois et s’étendant sur de longues distances. Ces observations permettent de reconstituer différentes phases d’utilisation et d’abandon.
Ces structures sont étudiées dans le cadre de la paléomadrigueras, une discipline dédiée à l’analyse des terriers fossilisés. Contrairement aux restes squelettiques, ces empreintes conservent des informations précieuses sur le comportement, la taille et l’adaptation à l’environnement d’espèces disparues.
Dans l’ensemble, le réseau de tunnels constitue une sorte d’archive souterraine de l’activité biologique durant le Pléistocène.
L’identification des fouisseurs repose sur la comparaison des dimensions des tunnels avec les fossiles découverts dans les mêmes régions. La taille des conduits limite les possibilités aux grands mammifères disparus. Parmi les hypothèses privilégiées figurent les paresseux terrestres géants et certains grands tatous. Les marques sur les murs, larges et peu profondes, correspondent à de longues griffes incurvées, une caractéristique particulièrement adaptée à des espèces telles que Mégathérium, un herbivore du Pléistocène supérieur qui pouvait atteindre plusieurs tonnes. Son anatomie, avec des membres antérieurs robustes et une queue assurant la stabilité, aurait facilité des fouilles répétées dans des sédiments compacts.
L’étendue et la complexité du réseau suggèrent que les tunnels ne sont pas l’œuvre d’un seul individu, mais plutôt le résultat de l’activité de générations successives qui ont agrandi et entretenu ces abris souterrains au fil du temps.
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