Home MondeNetanyahu a prolongé la guerre pour se sauver. Cela a peut-être fonctionné.

Netanyahu a prolongé la guerre pour se sauver. Cela a peut-être fonctionné.

by Clara Dubois

Benjamin Netanyahu est sur le point de conclure un accord de paix à Gaza qui pourrait lui assurer une nouvelle longévité politique, malgré une série de crises et de controverses qui ont jalonné ses 18 années au pouvoir. Le Premier ministre israélien, dont le maintien en fonction est plus que jamais incertain, semble avoir trouvé une issue à la guerre qui menace son avenir judiciaire et politique.

L’accord, négocié sous l’égide de l’administration américaine, prévoit la libération des otages israéliens détenus par le Hamas en échange d’une cessation des hostilités et d’une possible présence de l’Autorité palestinienne à Gaza. Si le Hamas a donné une réponse positive, quoique prudente, à ce plan vendredi, Netanyahu s’est dit optimiste quant à la libération imminente des derniers otages, « vivants ou morts, d’un seul coup », tout en maintenant les forces israéliennes profondément ancrées dans la bande de Gaza.

Cette issue potentielle intervient alors que la position de Netanyahu est fragilisée sur plusieurs fronts. Il est confronté à un procès pour corruption qui pourrait le conduire en prison, à une commission d’enquête sur les failles de sécurité qui ont permis les attentats du 7 octobre – le jour le plus meurtrier de l’histoire d’Israël – et à des accusations de crimes de guerre devant la Cour pénale internationale (CPI). Pour éviter un éventuel mandat d’arrêt, il avait d’ailleurs emprunté un itinéraire détourné pour se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York le mois dernier.

Par ailleurs, sa coalition gouvernementale est divisée, notamment sur la question sensible du service militaire pour les ultra-orthodoxes, et risque de s’effondrer à tout moment. Les sondages actuels indiquent que cette coalition perdrait le pouvoir si des élections étaient organisées aujourd’hui.

L’accord de paix, même s’il échoue, pourrait s’avérer être une victoire pour Netanyahu. Il lui permettrait de se présenter aux prochaines élections, prévues en octobre 2026, en tant que leader qui a ramené les otages chez lui et vaincu le Hamas. Il pourrait également mettre fin à une guerre coûteuse en vies humaines – des dizaines de milliers de personnes, dont des milliers d’enfants, ont été tuées – et qui a profondément isolé Israël sur la scène internationale.

Cependant, l’accord suscite des critiques au sein de son propre camp. Les ministres d’extrême droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir s’opposent à toute solution à deux États ou à un rôle de l’Autorité palestinienne à Gaza. Néanmoins, ils pourraient hésiter à démissionner, après des années passées dans l’opposition.

Les leaders de l’opposition, Yaïr Lapid et Benny Gantz, ont quant à eux apporté leur soutien au plan de paix de Trump et se sont déclarés prêts à soutenir temporairement le gouvernement Netanyahu si ses partenaires d’extrême droite se retirent.

L’isolement diplomatique d’Israël s’est accentué ces derniers mois, avec des menaces d’exclusion de projets internationaux, allant de consortiums de recherche scientifique au Concours Eurovision de la chanson. Les accords d’Abraham, qui avaient permis une normalisation des relations avec certains pays arabes, sont également menacés par la colère suscitée par le carnage à Gaza et les projets d’annexion de la Cisjordanie.

L’intervention du président américain Donald Trump, qui a incité Netanyahu à accepter l’accord de paix, a surpris. Trump aurait déclaré à Netanyahu : « Je ne sais pas pourquoi vous êtes toujours aussi négatif. C’est une victoire. Prenez-la. »

À ce stade de sa carrière, Netanyahu semble déterminé à survivre politiquement, même au prix de compromis difficiles. Il a souvent privilégié l’attente et la non-décision face à des dilemmes apparemment insolubles. Cette stratégie semble, une fois de plus, porter ses fruits.

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