À quatre jours d’élections législatives sous haute tension, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné le bouclage total de la Cisjordanie occupée et promis une offensive d’une ampleur inédite depuis 1967, au lendemain d’une fusillade près d’Hébron qui a coûté la vie à deux soldats israéliens.
L’attaque s’est produite vendredi matin sur la route 35, près d’un point de contrôle militaire établi à une intersection routière majeure au nord d’Hébron, la plus grande ville de Cisjordanie occupée. Deux assaillants palestiniens ont ouvert le feu à l’arme automatique sur des militaires d’une unité du commandement intérieur.
La fusillade a duré plus de vingt minutes. Les deux tireurs ont été abattus sur place par les forces de sécurité, tandis que l’affrontement a fait deux morts et trois blessés légers parmi les soldats israéliens. Le chef d’état-major de l’armée, Eyal Zamir, a qualifié les faits de attaque grave
, précisant qu’une grande quantité de munitions avait été découverte dans le véhicule des assaillants.
Le bouclage d’Hébron et la menace d’une campagne militaire majeure
En réaction immédiate, le gouvernement israélien a ordonné un bouclage immédiat de la ville d’Hébron et exigé la préparation d’un bouclage total de l’ensemble de la Cisjordanie. Des dizaines de points de contrôle ont été fermés par l’armée pour bloquer les déplacements des Palestiniens.

Vêtu d’un gilet pare-balles lors d’un déplacement sur les lieux, Benjamin Netanyahu a annoncé des mesures coercitives d’envergure. Nous allons évacuer des habitants et aller de maison en maison
, a-t-il déclaré, visant directement le quartier d’origine des deux assaillants où plusieurs constructions ont déjà été démolies dans l’après-midi, selon un journaliste de l’AFP.
Le ministre de la Défense et moi-même envisageons une opération de très grande ampleur (en Cisjordanie), comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours.
Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, via Le Nouvel Obs
Le chef du gouvernement a précisé que ces actions s’inspireraient des interventions menées depuis 2025 dans les camps de réfugiés du nord du territoire, à l’instar de Jénine et Tulkarem. L’ONG israélienne B’Tselem a immédiatement averti que ces déplacements forcés de population et ces destructions massives pourraient constituer des crimes de guerre
, appelant la communauté internationale à intervenir.
Le choc de l’attaque sur la campagne électorale du 27 octobre
Cette flambée de violence survient à quatre jours d’élections législatives cruciales en Israël, un scrutin serré où le Premier ministre sortant joue sa survie politique. En signe d’urgence, le parti du Likoud a suspendu tous ses événements de campagne prévus pour la fin de semaine.
La sécurité et la fermeté face aux menaces intérieures constituent le cœur de la stratégie électorale de la coalition au pouvoir. À l’extrême droite, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a réclamé une campagne militaire « comme à Gaza » pour démanteler l’Autorité palestinienne, tandis que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a affirmé qu’il ne fallait pas attendre qu’un nouveau sept-octobre se produise en Cisjordanie.
De son côté, l’opposition a salué la réaction des forces sur le terrain. L’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, principal rival politique de Benjamin Netanyahu, a salué le courage des soldats
qui ont empêché un attentat majeur selon ses déclarations.
Les réactions des factions palestiniennes et le climat de poudrière à Hébron
Dans la bande de Gaza, le Hamas n’a pas revendiqué l’attaque mais l’a qualifiée dans un communiqué d’« héroïque », tout en exhortant la population de Cisjordanie à observer une « mobilisation totale » et à commettre des actions similaires. Les tensions dans la région étaient déjà exacerbées par la saison de la récolte des olives, marquée par une multiplication des agressions de colons contre des civils palestiniens et leurs biens.

La ville d’Hébron elle-même demeure une poudrière permanente. Divisée en deux secteurs — l’un administré par l’Autorité palestinienne et l’autre placé sous le contrôle militaire direct d’Israël pour assurer la sécurité de ses colonies internes —, la localité subit un dispositif lourd de points de contrôle et de barrières qui pèse lourdement sur le quotidien des habitants.
Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023, la violence n’a cessé de croître en Cisjordanie occupée. Selon les données du ministère palestinien de la Santé relayées par l’AFP, au moins 1 113 Palestiniens y ont trouvé la mort, principalement abattus par les forces israéliennes, tandis que l’ONU a recensé 37 homicides imputés à des colons. Du côté israélien, les autorités font état d’au moins 51 décès sur la même période, survenus lors d’attaques ou d’opérations militaires.
À ne pas manquer
- Mozambique et l’Afrique du Sud modernisent le poste-frontière de Ressano Garcia pour réduire les délais d’attente
- L’Égypte accepte d’apporter un soutien militaire à l’Arabie saoudite face aux attaques des rebelles houthis au Yémen
- « Impossible d’évacuer les blessés » : les secours sous le feu des terroristes près d’Hébron (lederniereheure.com)