Publié le 23 novembre 2023 17h30. L’établissement de soins pour toxicomanes Novadic-Kentron tire l’alarme face à une vague de décès liés à l’achat de drogues sur internet, notamment via le site funcaps, désormais hors ligne. Au moins 49 personnes seraient décédées après avoir consommé des substances acquises en ligne, un chiffre potentiellement sous-estimé selon les experts.
- Novadic-Kentron estime que le site funcaps était le plus populaire auprès des consommateurs de drogues en ligne.
- Les substances vendues sont souvent des médicaments de synthèse, imitant les effets de médicaments prescrits mais sans avoir été testées, et peuvent être mortelles.
- Les responsables de Novadic-Kentron plaident pour une législation plus stricte et une sensibilisation accrue aux dangers de ces achats en ligne.
L’établissement Novadic-Kentron n’est pas surpris par le nombre croissant de décès liés à la consommation de drogues achetées sur internet. Alex van Dongen, responsable de la prévention au sein de l’établissement, confirme que funcaps était une plateforme particulièrement prisée par les utilisateurs. Il témoigne avoir personnellement assisté aux funérailles de sept personnes ayant commandé des produits sur ce type de sites. La drogue la plus fréquemment achetée était la flakka, une substance de synthèse dangereuse.
Selon M. van Dongen, ces décès ne sont pas tous pris en compte dans les enquêtes menées par le ministère public (OM). Il souligne la difficulté de prouver un lien direct avec les achats en ligne, en raison de l’absence systématique d’autopsies.
« Il sera difficile de démontrer qu’il y a réellement un lien, car il n’y a jamais d’autopsie. »
Alex van Dongen, responsable de la prévention, Novadic-Kentron
Attje Kuiken, directrice de Novadic-Kentron, qualifie le nombre de décès de « choquant », exprimant sa tristesse face à la persistance de ce phénomène. Elle souligne que cette situation est préoccupante depuis un certain temps.
En août dernier, le ministère public a arrêté deux hommes, âgés de 30 et 31 ans, soupçonnés de trafic de drogues. Selon M. van Dongen, il s’agit de médicaments de synthèse conçus pour imiter les effets de médicaments existants, mais sans avoir subi de tests rigoureux. Ces substances, souvent des médicaments contre l’anxiété ou les troubles du sommeil, peuvent être extrêmement nocives, voire mortelles, en cas de mauvaise utilisation.
Novadic-Kentron constate une augmentation du nombre de sites proposant ce type de produits depuis 2016. M. van Dongen estime avoir rencontré environ 25 utilisateurs ayant recours à ces plateformes, funcaps étant de loin la plus populaire.
Plusieurs facteurs expliquent l’attrait de ces boutiques en ligne. Selon M. van Dongen, la rapidité, le faible coût et l’idée que les médicaments disponibles sans ordonnance ne sont pas dangereux sont autant d’éléments qui incitent les consommateurs à se tourner vers ces sources.
« Les gens recherchent également un certain effet. Par exemple, s’ils ne peuvent pas dormir ou s’ils pensent que le médecin en prescrit trop peu. »
Alex van Dongen, responsable de la prévention, Novadic-Kentron
Des benzodiazépines de synthèse, destinées à induire le sommeil et à calmer l’anxiété, sont notamment disponibles sur ces sites. Les risques de surdosage et de dépendance sont élevés, d’autant plus que les consommateurs ignorent souvent la composition exacte des produits qu’ils achètent. Ils peuvent ainsi sous-estimer la puissance de ces substances.
Auparavant, des drogues telles que le flakka et le meauw (notamment le 2- et le 3-MMC) étaient également vendues sur ces plateformes. Cependant, suite à une modification de la loi sur les stupéfiants en juillet dernier, ces substances sont désormais interdites.
Attje Kuiken insiste sur la nécessité de renforcer la législation et d’adopter des mesures plus énergiques pour lutter contre ce phénomène. Elle plaide également pour une politique visant à interdire les substances chimiques utilisées dans la fabrication de ces drogues, afin de prévenir de nouvelles victimes. La sensibilisation du public est également primordiale. M. van Dongen mentionne avoir publié à plusieurs reprises des tribunes dans la presse, avec le témoignage de proches de victimes.
La suppression des sites web est considérée comme la solution idéale, mais M. van Dongen reconnaît que cela s’avère difficile à mettre en œuvre.
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