Publié le 4 décembre 2025 à 12h55. La richesse des ménages irlandais a connu une forte progression ces dix dernières années, portée par la reprise économique. Cependant, cette prospérité ne se traduit pas toujours en sentiment de richesse ou en capacité d’investir, selon une nouvelle étude de Davy.
- La richesse nette totale des ménages irlandais a atteint 1 321 milliards d’euros en 2024 (soit environ 688 000 euros par foyer).
- Une grande partie de cette richesse est liée à l’immobilier, mais les actifs financiers des ménages progressent plus lentement que l’économie irlandaise.
- Seul un tiers des ménages irlandais dispose d’actifs financiers disponibles pour l’investissement ou un « style de vie » plus confortable, la majorité se concentrant sur les besoins essentiels.
Une analyse récente de Davy, une société de courtage irlandaise, met en lumière un paradoxe : si les chiffres officiels témoignent d’une augmentation significative de la richesse des ménages en Irlande, beaucoup de citoyens ne ressentent pas cette prospérité. Le rapport explore les différentes manières de définir la richesse et ses implications pour la politique économique.
Au cours de la dernière décennie, la richesse irlandaise – définie comme la valeur totale des actifs nets des ménages moins leurs dettes – a augmenté de manière constante, parallèlement à la reprise économique après la crise financière. En 2024, cette richesse nette totale s’élevait à 1 321 milliards d’euros (soit plus de 1 300 milliards d’euros), ce qui représente une moyenne d’environ 688 000 euros par foyer. Ce taux de croissance annuel moyen de 8,4 % est supérieur à la moyenne de la zone euro, qui s’établit à 4,6 %.
L’immobilier joue un rôle prépondérant dans cette augmentation de la richesse. La hausse des prix de l’immobilier représente près de 60 % de l’accroissement global des actifs nets des ménages au cours de la dernière décennie. Cependant, Davy souligne que les actifs non immobiliers des ménages – principalement les dépôts et les investissements financiers – ont également augmenté, bien que moins rapidement que l’économie irlandaise dans son ensemble, même en tenant compte des distorsions liées à la présence de multinationales.
Les analystes de Davy concluent que « le lien entre la performance de l’économie nationale et le bien-être financier des ménages irlandais semble moins fort qu’il ne pourrait l’être ». Cette observation conduit à une analyse plus nuancée de la notion de richesse.
Le rapport introduit la notion d’« actifs excédentaires », qui représentent la part de la richesse disponible pour l’investissement ou pour améliorer le niveau de vie. En excluant le logement, les régimes de retraite et certains actifs commerciaux essentiels à l’activité des familles, on obtient une image plus proche de ce que l’on entend généralement par « richesse ». Selon cette définition, la richesse moyenne par foyer tombe à 100 000 euros, contre 688 000 euros lorsque l’on prend en compte l’ensemble des actifs.
Environ 500 000 ménages – soit les 30 % les plus riches – disposent d’actifs excédentaires, mais la grande majorité de la richesse est concentrée entre les mains des 10 % les plus aisés, qui détiennent en moyenne une richesse nette de près de 3,4 millions d’euros, dont plus de 2,5 millions d’euros d’actifs excédentaires. Cependant, même au sein de cette catégorie, la richesse est très inégalement répartie, avec quelques individus fortunés qui faussent les statistiques.
Davy estime qu’environ 75 000 ménages irlandais peuvent être considérés comme véritablement riches, disposant d’un excédent de patrimoine supérieur à 1 million d’euros. Une part importante de cette richesse provient d’actifs commerciaux, mais là encore, elle est concentrée entre les mains d’un nombre limité de foyers. Le rapport note que la croissance de la richesse des entreprises a été plus lente ces dernières années que celle des autres actifs, malgré l’augmentation de la production économique.
Le rapport met en évidence des « niveaux structurellement faibles d’investissement en capital dans les entreprises irlandaises » et craint qu’une économie coûteuse et dominée par les multinationales ne compromette leurs perspectives de développement.
L’importance du logement dans la richesse irlandaise est un autre point central du rapport. Si le logement ne peut pas être facilement transformé en liquidités, il peut être utilisé comme garantie ou transmis aux générations futures, et il est au cœur du mode de vie irlandais. Seuls les 10 % les plus riches possèdent plus de richesse en actifs autres que le logement. La part de la richesse nette globale détenue par ce groupe d’élite est passée de 55 % en 2014 à 49 % en 2024.
Il est préoccupant de constater que la part de propriété immobilière détenue par la moitié la plus pauvre de la population a diminué, reflétant la pénurie de logements abordables. De nombreux ménages sont exclus du marché immobilier, ce qui a des conséquences à long terme, car ils ne disposent souvent pas non plus d’actifs financiers ou de retraites conséquents. Le nouveau système d’adhésion automatique aux retraites est une réponse politique à cette situation, mais le faible taux d’accession à la propriété chez les jeunes générations reste un problème majeur.
Davy souligne également l’approche prudente des ménages irlandais en matière de finances à long terme. Ils ont une forte préférence pour les actifs tangibles, notamment l’immobilier résidentiel, et laissent souvent trop d’argent sur des comptes courants peu rémunérateurs, renonçant même à des dépôts à terme plus avantageux. Comme dans de nombreux pays de la zone euro – contrairement aux États-Unis et au Japon – les ménages irlandais investissent peu dans des actifs financiers tels que les fonds et les actions. Une étude récente de la Banque centrale confirme ce constat, indiquant que l’investissement de détail sur les marchés financiers irlandais est parmi les plus faibles de la zone euro, privant ainsi les ménages de la possibilité de constituer leur patrimoine à long terme. La Fédération irlandaise des banques et des paiements (BPFI) a également souligné ce problème dans un rapport récent, appelant à la création de nouveaux produits d’épargne et d’investissement plus accessibles et compréhensibles.
D’ici 2035, Davy prévoit que la richesse des ménages continuera d’augmenter, en raison de la croissance démographique et du vieillissement de la population. Cependant, le taux de croissance pourrait ralentir, passant de près de 9 % ces dix dernières années à environ 6 %. Les prix de l’immobilier – et l’offre de logements – resteront des facteurs déterminants. L’avenir nous dira si cette tendance se confirmera, mais il est certain qu’il y aura des fluctuations sur le marché.
