Publié le 22 novembre 2025 23:53:00. La voix inimitable d’Ornella Vanoni, figure emblématique de la chanson italienne, s’est éteinte à Milan à l’âge de 91 ans, laissant derrière elle un héritage artistique considérable et plus de cinquante ans de carrière.
- Ornella Vanoni est décédée chez elle à Milan des suites d’un arrêt cardiaque, selon les médias italiens.
- La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a salué une artiste unique dont la voix restera gravée dans les mémoires.
- Vanoni a vendu plus de 50 millions d’albums dans le monde et a collaboré avec des artistes de renom tels que Herbie Hancock et George Benson.
L’Italie est en deuil de l’une de ses plus grandes voix. Ornella Vanoni, née à Milan en 1934, a marqué plusieurs générations de mélomanes par son timbre singulier et son interprétation passionnée. Son décès, survenu vendredi soir, a été annoncé par les principaux médias italiens, dont le Corriere della Sera, La Stampa et l’agence de presse AGI.
Giorgia Meloni, la Première ministre italienne, a rendu hommage à la chanteuse ce samedi, qualifiant sa voix d’« inimitable » et soulignant la perte d’une « artiste unique qui nous laisse un héritage artistique irremplaçable ».
Le parcours d’Ornella Vanoni est atypique. Issue d’une famille aisée, elle a bénéficié d’une éducation soignée, fréquentant des écoles en Italie et en Europe. Mais c’est sur les planches du Piccolo Teatro de Milan qu’elle a trouvé sa première vocation, sous la direction de Giorgio Strehler, qui devint son mentor et, brièvement, son compagnon. Elle se souviendrait plus tard que son entrée en scène au Piccolo Teatro fut le moment où elle « est devenue celle qu’elle était vraiment ».
Le virage vers la musique s’est opéré de manière inattendue. Encouragée par Strehler, Vanoni s’est lancée dans l’interprétation de chansons évoquant le milieu de la pègre milanaise, ce qui lui valut le surnom de « Cantante della mala » (chanteuse de la pègre). Cependant, ce sont ses participations aux festivals de la chanson télévisés italiens au début des années 1960 qui l’ont révélée au grand public, lui permettant de faire découvrir son timbre intime et légèrement rauque, qui allait devenir sa signature.
Au cours de sept décennies de carrière, Ornella Vanoni a enregistré plus de 100 albums, dont plus de 40 albums studio, se vendant à plus de 50 millions d’exemplaires à travers le monde. Parmi ses chansons les plus connues figurent « Senza fine », « L’appuntamento », « The music is over » et « One Reason More ». « L’appuntamento » a connu une seconde jeunesse en figurant sur la bande originale du film Ocean’s Twelve de Steven Soderbergh en 2004.
La palette musicale de Vanoni, allant du jazz et des rythmes brésiliens aux ballades pop italiennes, a fait d’elle une collaboratrice recherchée. Elle a travaillé avec des artistes tels que Gino Paoli, avec qui elle a entretenu une longue relation personnelle et artistique, ainsi qu’avec des figures internationales comme Herbie Hancock, George Benson et Gil Evans. Elle a participé à huit éditions du Festival de la chanson italienne de Sanremo, obtenant une deuxième place en 1968 avec « Casa Bianca », et a été la première artiste à recevoir un prix de carrière lors de l’édition de 1999.
Son talent a également été récompensé à deux reprises par le prestigieux prix Tenco, décerné chaque année depuis 1974 aux auteurs-compositeurs italiens ayant apporté une contribution significative à la chanson. Vanoni est la seule femme à avoir remporté ce prix à deux reprises et la seule artiste italienne reconnue à la fois comme auteure-compositrice et interprète.
Au-delà de la musique, Ornella Vanoni était une figure incontournable de la vie culturelle italienne. Son élégance, sa chevelure rousse flamboyante et son franc-parler ont fait d’elle une invitée appréciée des émissions de télévision italiennes, où elle partageait ouvertement ses expériences et ses opinions, souvent avec une « indifférence totale au politiquement correct », selon les médias italiens. Son dernier album, Unica (2021), sorti à l’âge de 87 ans, était une réflexion sur le vieillissement, la solitude et la résilience.
Dans ses mémoires, elle se décrivait comme « une de ces femmes enflammées, fragiles et pleines de tendresse, cachées derrière des accès de nervosité, un détachement élégant et du sarcasme ». Vanoni, qui avait exprimé le souhait que ses cendres soient dispersées en mer – « peut-être à Venise » – laisse derrière elle un héritage musical qui a façonné le paysage culturel italien pendant plus d’un demi-siècle.
Rédigé par : Karl Sexton
