Publié le 15 mars 2024 10:32:00. La cuisine du quotidien, souvent contrainte par les ressources disponibles, peut révéler une créativité insoupçonnée, une leçon que l’auteure applique aussi bien en cuisine qu’à l’écriture de romans.
Pour beaucoup, la relation à la nourriture est complexe, oscillant entre plaisir et appréhension. Pourtant, c’est dans la nécessité de créer quelque chose de savoureux avec ce qui est à portée de main que réside une forme de satisfaction particulière, une habitude héritée, selon l’auteure, de sa grand-mère.
Le mercredi, jour de la livraison des courses, est souvent précédé d’un mardi soir où l’imagination culinaire est mise à l’épreuve. Il s’agit alors de transformer des légumes un peu fatigués – carottes défraîchies, oignons prêts à germer, chou à moitié flétri – en un repas acceptable. Une simple base de gingembre, de piment, d’ail et de sauce soja, associée à du tofu grillé, peut suffire à relever le défi.
L’auteure se souvient d’une diététicienne qui lui assurait que l’important est de répondre aux besoins fondamentaux de l’organisme : céréales complètes, fruits et légumes, protéines. La forme que prennent ces éléments dépend ensuite de la culture, des traditions et des préférences personnelles. Elle cite en exemple l’association, pour un enfant, de Weetabix, de fromage et de kiwis, ou encore, pour un dîner, de flapjack, de thon et d’aubergines.
Selon elle, l’imagination s’épanouit souvent mieux face à des contraintes. Cette idée fait écho à l’expérience de l’écriture de fiction, où la limitation est essentielle. Un roman ne raconte pas l’histoire de tout le monde, mais celle de personnages précis, dans un lieu et un temps bien définis. Elle illustre ce propos en évoquant l’un de ses romans, qui se déroule dans six chalets écossais pendant une journée entière de pluie estivale.
L’art, comme la littérature, est régi par des règles. Un sonnet, par exemple, doit respecter une forme précise. Même si un poème qui ne suit pas ces règles peut être excellent, il ne sera pas un sonnet. La fiction, bien que plus souple, exige une structure narrative, un univers cohérent et une conclusion. Ces exigences la distinguent de la réalité, qui est souvent dépourvue de structure et de fin.
L’auteure ne prétend pas que sa cuisine soit toujours parfaite, mais elle constate que les contraintes du mardi soir donnent souvent lieu à des dîners plus inventifs que la liberté offerte par un réfrigérateur bien garni le mercredi. Elle remet en question l’idée que plus de choix est toujours synonyme de libération, suggérant que, comme en littérature, le choix peut parfois être une distraction par rapport à l’essentiel : la création de quelque chose de bon.
Préparer un repas et écrire un roman ne sont pas si différents. L’abondance des supermarchés, bien que pratique, peut parfois étouffer l’ingéniosité. Cependant, elle reconnaît que cette abondance est parfois nécessaire pour éviter de recourir à des plats préparés coûteux.
L’auteure ne souhaite pas glorifier la pénurie, car le manque de nourriture ou l’impossibilité d’accéder à des aliments de qualité sont des problèmes graves. Elle souligne qu’il est inacceptable que des familles, dans un pays riche, soient confrontées à ces difficultés. Elle plaide pour un juste milieu entre la rareté et l’excès, un espace de suffisance où l’intelligence et la créativité peuvent s’épanouir avec des ressources limitées. C’est dans cet espace, selon elle, que nous pourrions tous mieux travailler.
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