Home SantéParole d’experte : comprendre la dénutrition chez les personnes âgées

Parole d’experte : comprendre la dénutrition chez les personnes âgées

by Sophie Martin

La dénutrition, une maladie souvent silencieuse, touche près de deux millions de personnes en France, avec un risque accru pour les personnes âgées et les patients atteints de maladies graves. Du 17 au 23 novembre 2025, la Semaine nationale de la dénutrition vise à sensibiliser le public et à améliorer le diagnostic et la prise en charge de ce problème de santé publique.

La dénutrition se manifeste par une perte de poids involontaire, souvent liée à une diminution de l’appétit consécutive à des problèmes de santé. Contrairement aux idées reçues, elle ne se traduit pas toujours par une maigreur extrême. L’organisme puise alors dans ses réserves, notamment musculaires, pour compenser un apport alimentaire insuffisant. On estime que près de 5 à 10 % des personnes de plus de 70 ans sont concernées, un chiffre qui grimpe à 25 % chez celles qui bénéficient d’une aide à domicile.

Les causes de la dénutrition chez les seniors sont multiples et souvent cumulatives. Outre les maladies graves comme le cancer (où 40 % des patients sont touchés à un moment de leur parcours de soins), on retrouve les insuffisances respiratoires, rénales ou cardiaques, ainsi que les troubles neurodégénératifs tels que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. La douleur, les effets secondaires des traitements, l’isolement social et la perte d’autonomie jouent également un rôle important. Un cercle vicieux s’installe alors : la difficulté à se déplacer limite les courses et la préparation des repas, entraînant une diminution de l’apport nutritionnel et une perte de force, augmentant ainsi le risque de chutes et de dépendance.

Les conséquences de la dénutrition sont significatives. La perte musculaire affaiblit l’organisme, réduit la mobilité et augmente le risque de chutes et de fractures chez les personnes âgées. À tous les âges, elle entraîne une fatigabilité accrue et une baisse de l’immunité, rendant les individus plus vulnérables aux infections et aux problèmes de cicatrisation.

Il est crucial de détecter rapidement les signes d’alerte, qui ne sont pas toujours évidents. Une perte de poids progressive, même minime, ne doit pas être négligée. « Il est important d’insister sur le fait qu’il n’est pas normal de maigrir en vieillissant. Une personne âgée qui vieillit en bonne santé ne maigrit pas », souligne la Pr Agathe Raynaud-Simongériatre, professeure et cheffe de service à l’Hôpital Bichat (AP-HP), et présidente du Collectif de lutte contre la dénutrition.

La prévention passe par un suivi régulier du poids – une pesée mensuelle pour les personnes en bonne santé, hebdomadaire pour les plus fragiles – et par une attention particulière à l’état bucco-dentaire. En cas de dénutrition avérée, l’objectif est de préserver la masse musculaire en augmentant l’apport en protéines et en calories, en privilégiant une alimentation riche et dense. L’activité physique adaptée est également essentielle. Dans certains cas, une supplémentation en vitamines et minéraux, notamment en vitamine D, peut être nécessaire.

Des études cliniques démontrent que la prise en charge de la dénutrition permet de réduire le risque d’hospitalisation, les complications, les taux de réadmission et même la mortalité hospitalière. Des recommandations spécifiques existent pour les professionnels de santé, élaborées par la Haute Autorité de santé, afin d’améliorer le diagnostic et le traitement de cette pathologie.

Pour retrouver l’appétit, il est conseillé de prendre trois repas par jour, complétés par des collations, et de privilégier des aliments riches en protéines et en énergie. « Lorsqu’on est en risque de dénutrition, aucun aliment n’est interdit. Les personnes doivent retrouver le plaisir de manger », insiste la Pr Raynaud-Simongériatre. Des compléments nutritionnels oraux, hypercaloriques et hyperprotéinés, peuvent être prescrits par un médecin si nécessaire, en tenant compte des goûts et des capacités d’alimentation du patient. Un accompagnement diététique personnalisé peut également s’avérer bénéfique.

La guérison de la dénutrition est progressive et dépend du contexte clinique. Des améliorations peuvent être constatées après trois semaines de traitement, avec des résultats plus nets après deux à trois mois. Une prise en charge nutritionnelle peut durer plusieurs mois et nécessite un suivi régulier.

Le Collectif de lutte contre la dénutrition, créé en 2016, est chargé d’organiser la Semaine nationale de la dénutrition, qui mobilisera 15 000 actions de sensibilisation dans toute la France en 2025, dans le cadre du programme national nutrition santé.

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