Exploitation minière illégale, crime organisé et fragilité de l’État : un débat crucial au Pérou
L’exploitation minière illégale, ses liens avec le crime organisé et la fragilité de l’État ont été au cœur des discussions lors du Forum de la société civile de Perumin 37. Entrepreneurs, universitaires et dirigeants syndicaux se sont accordés à dire que l’absence de l’État, la corruption et le manque d’incitations à la formalisation créent un environnement risqué qui compromet l’investissement, la croissance économique et la gouvernance. Le consensus général est qu’une action immédiate est nécessaire pour restaurer l’institutionnalité, combler les lacunes infrastructurelles et renforcer la confiance des citoyens avant les élections de 2026.
María Cecilia Villegas, PDG du capitalisme conscient du Pérou, a souligné l’existence d’une “relation absolument directe entre l’exploitation minière illégale et le crime organisé, sans aucun doute”. Elle a critiqué l’impunité dont jouissent ces mafias, facilitée par la corruption de responsables locaux et régionaux, voire nationaux. Elle a également averti que le manque de volonté politique pour lutter contre l’illégalité a permis à ce fléau de s’étendre.
Villegas a appelé les entrepreneurs à s’engager davantage dans la politique, soulignant que l’inaction pourrait transformer le Pérou en un “Mexique, et même un Mexique plus pauvre, où les citoyens doivent vivre entourés de gardes du corps”.
Elle a également insisté sur la nécessité de revoir le rôle des entreprises d’État, citant Petro-Peru comme un exemple de cercle vicieux de demandes de ressources supplémentaires.
Waldo Mendoza, vice-chancelier de l’Université pontificale catholique du Pérou et ancien ministre de l’économie, a souligné que le Pérou ne profite pas pleinement de la conjoncture internationale favorable. “Les conditions d’échange sont à leur plus haut niveau, mais l’économie n’a augmenté que de 2% et l’investissement de 1%”, a-t-il constaté. Il a attribué cette situation à l’affaiblissement de la politique publique et à l’impact de la criminalité, qui augmentent les coûts et les risques d’investissement, freinant ainsi la croissance privée.
Alonso Rey, président de COMEX, a mis en évidence le taux élevé d’informalité au Pérou (entre 80% et 85%), reprochant à l’État de créer des obstacles à la formalisation. “Ceux qui veulent se formaliser se heurtent à des portes closes, des pierres jetées, et ne peuvent pas le faire. Les municipalités sont les pires, car elles chassent les informels et ne leur permettent pas d’opérer”, a-t-il déclaré.
Concernant le secteur minier, il a été souligné que le développement d’une mine nécessite “400 autorisations”. Malgré le paiement de 26 860 millions de soles de canon minier entre 2022 et 2024, 17 460 millions de soles n’ont pas été exécutés. Il a été proposé de gérer ces ressources par le biais de fiducies privilégiant les projets à fort impact, afin d’éviter l’accumulation d’œuvres inachevées. Il a également appelé les citoyens à s’informer avant de voter et à rompre avec le cycle des mauvaises autorités qui entravent le développement.
Julia Torreblanca, présidente du SNMPE, a souligné l’importance du mécanisme des travaux pour les taxes. “Dans le cas de Cerro Verde, nous avons commencé à utiliser ce mécanisme fin 2023. Nous avons déjà sept projets en cours, et nous sommes très satisfaits des résultats”, a-t-elle précisé.
Elle a salué les récentes modifications juridiques qui accélèrent les processus d’approbation technique et permettent d’inclure la maintenance et les services, tout en soulignant la nécessité de prioriser les besoins de base. “Si la population n’a pas d’eau, de drainage ou d’écoles, nous ne pouvons pas consacrer les travaux pour les taxes à la construction d’un stade ou d’une piscine”, a-t-elle affirmé. Elle a également préconisé la numérisation des procédures, la professionnalisation de la fonction publique et le renforcement des ressources allouées à la police et au pouvoir judiciaire.
Le forum s’est conclu par un appel à l’action en vue de 2026, avec la proposition de promouvoir un pacte de gouvernance et de transparence engageant les candidats à ne pas financer leurs campagnes avec des fonds provenant d’activités illégales. Villegas a insisté sur le fait que “les chefs d’entreprise ont une voix forte et doivent la mettre au service des citoyens et du développement du pays”. L’appel final a été de restaurer l’État et de renforcer les institutions, convaincus que ce n’est qu’alors que la croissance, l’emploi et la sécurité à long terme pourront être assurés.
