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Pétrole brut : les sanctions américaines contre la Russie obscurcissent les perspectives du marché

Les nouvelles sanctions américaines visant deux géants pétroliers russes, Rosneft et Loukoïl, sèment l'incertitude sur les marchés, sans pour l'instant provoquer de hausse significative des prix. Si l'impact réel sur l'offre reste à déterminer, les analystes restent prudents…

Pétrole brut : les sanctions américaines contre la Russie obscurcissent les perspectives du marché

Les nouvelles sanctions américaines visant deux géants pétroliers russes, Rosneft et Loukoïl, sèment l’incertitude sur les marchés, sans pour l’instant provoquer de hausse significative des prix. Si l’impact réel sur l’offre reste à déterminer, les analystes restent prudents et maintiennent leurs prévisions d’un marché globalement excédentaire en 2026.

L’annonce de ces sanctions a surpris les acteurs du marché, qui anticipaient déjà une tendance baissière. Il s’agit de la première mesure directe du président Trump à l’encontre de la Russie depuis son accession au pouvoir, signalant un changement potentiel dans la politique américaine vis-à-vis de Moscou, particulièrement en l’absence d’avancées vers un accord de paix en Ukraine. Rosneft et Loukoïl représentent à eux seuls environ 50 % de la production pétrolière russe, ce qui signifie que toute restriction de leurs activités pourrait avoir des conséquences importantes.

Cependant, la réaction initiale des prix suggère que le marché ne s’attend pas à une réduction drastique de l’offre. La Russie a démontré depuis 2022 sa capacité à contourner les sanctions et les embargos. La question clé est désormais de savoir si les principaux acheteurs, en particulier l’Inde et la Chine, maintiendront leurs achats de pétrole russe.

La Chine, qui importe actuellement environ 2 millions de barils par jour (b/j) de pétrole russe, et l’Inde, avec 1,5 million de b/j, sont sous surveillance. Les raffineurs indiens envisagent déjà des alternatives, ce qui pourrait rendre les flux vers l’Inde plus vulnérables. La Chine, en revanche, a continué à acheter du pétrole iranien et vénézuélien malgré les sanctions, et devrait probablement adopter la même approche envers le pétrole russe, voire augmenter ses achats. Si l’Inde et d’autres acheteurs réduisent leurs importations, la décote du brut russe pourrait s’accentuer, le rendant encore plus attractif pour les raffineurs chinois.

Le sujet du pétrole russe n’a pas été abordé lors de la récente rencontre entre le président Trump et le président Xi en Corée du Sud, ce qui laisse penser que les États-Unis ne feront pas pression sur la Chine pour qu’elle réduise ses achats.

Par ailleurs, l’OPEP+ a annoncé une nouvelle augmentation de l’offre de 137 000 b/j pour décembre. Toutefois, la décision du groupe de suspendre toute nouvelle augmentation de l’offre au premier trimestre 2026, une période où un excédent important est attendu, est peut-être plus significative. Cette politique pourrait être influencée par l’impact des sanctions sur la Russie.

À ce stade, les analystes restent prudents quant à la révision de leurs prévisions de prix. Ils attendent davantage de clarté sur l’impact réel des sanctions sur l’offre avant d’apporter des modifications. Leur bilan actuel prévoit un excédent important en 2026, ce qui devrait maintenir une pression à la baisse sur les prix. Ils maintiennent donc leur prévision d’un cours moyen de 57 dollars par baril (USD) en 2026, tout en reconnaissant l’existence de risques à la hausse.

Concernant le gaz naturel européen, le marché a évolué dans une fourchette relativement étroite le mois dernier, malgré l’entrée de l’Europe dans la saison de chauffage 2025/26. Les stocks européens étaient inférieurs aux niveaux de l’année précédente et à la moyenne des cinq dernières années, atteignant 83 % fin octobre, contre une moyenne de 92 %.

La Commission européenne va accélérer l’interdiction du gaz naturel liquéfié (GNL) russe, la rendant effective à partir du 1er janvier 2027, soit un an plus tôt que prévu. Plusieurs facteurs expliquent la stabilité relative du marché. La flexibilité des objectifs de stockage de l’UE a atténué les pressions à la hausse, car les acheteurs n’ont pas été contraints d’accélérer leurs achats pour atteindre un niveau de remplissage de 90 % avant le 1er novembre. La faible demande asiatique de GNL, notamment en Chine (baisse de 17 % des importations sur un an), a également contribué à garantir un approvisionnement adéquat pour l’Europe. Enfin, l’augmentation prévue de la production de GNL d’ici la fin de la décennie devrait assurer un bon approvisionnement des marchés gaziers mondiaux.

Bien qu’une certaine volatilité saisonnière soit possible cet hiver, les analystes continuent de prévoir une tendance générale à la baisse des prix en 2026.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.