Home AffairesPeu de preuves de relocalisation des entreprises de la zone euro malgré les tensions mondiales

Peu de preuves de relocalisation des entreprises de la zone euro malgré les tensions mondiales

by Amélie Bernard

Malgré les inquiétudes liées aux tensions géopolitiques et aux difficultés d’approvisionnement, la relocalisation des activités industrielles en Europe reste marginale. Les chiffres récents contredisent l’idée d’un retour massif de la production sur le continent, la délocalisation restant plus attractive pour de nombreuses entreprises.

Les perturbations survenues ces dernières années – pandémie de Covid-19, conflit en Ukraine, tensions au Moyen-Orient – ont logiquement suscité des interrogations sur la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales. L’hypothèse d’une relocalisation, visant à réduire la dépendance aux sources d’approvisionnement lointaines et à limiter l’exposition aux chocs externes, a gagné du terrain. Pourtant, l’Observatoire des Restructurations Européennes (ORE) révèle une réalité différente.

L’ORE suit les annonces de restructuration des entreprises de taille moyenne et grande au sein de l’Union européenne, en s’appuyant sur des sources médiatiques et les informations publiées par les entreprises elles-mêmes. Ces entreprises, bien que ne représentant que 1,1 % du tissu économique européen, concentrent plus de 50 % de l’emploi et génèrent près de 70 % de la valeur ajoutée. Leur degré d’internationalisation élevé en fait des indicateurs pertinents des tendances sectorielles.

Depuis 2019, l’ORE a recensé plus de 4 500 événements de restructuration en zone euro, incluant des expansions, des restructurations internes et des fermetures. Au sein de ces événements, les relocalisations ne représentent qu’une part infime, moins de 1 % du total (un chiffre potentiellement surestimé). Les délocalisations, quant à elles, atteignent environ 4 %. Même en 2022, année marquée par une crise des chaînes d’approvisionnement et une flambée des coûts de transport, seules 13 annonces de relocalisation ont été enregistrées.

Fait notable, le nombre de relocalisations signalées est même inférieur à celui des années 2016-2018. La délocalisation, bien que modérée depuis la crise financière mondiale de 2008, continue de dépasser la relocalisation, même dans le contexte post-pandémique où la démondialisation est souvent évoquée.

Les délocalisations sont particulièrement concentrées en Europe occidentale, notamment en Allemagne, en Belgique et en France, et concernent principalement les secteurs de la fabrication, du matériel de transport, des produits électriques et électroniques, et des machines. Près de 30 % des annonces de délocalisation remontent à la période post-Covid, suggérant que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement n’ont pas freiné cette tendance.

Plusieurs facteurs expliquent ce choix persistant de la délocalisation : coûts de main-d’œuvre et pénuries, adaptation à la demande locale, investissements importants requis pour la relocalisation, réglementation plus souple à l’étranger, ou complexité des chaînes de valeur spécialisées.

Les relocalisations, bien que limitées, sont plus visibles en France, en Italie et en Allemagne, et touchent les secteurs de la fabrication de produits électriques, du textile-cuir, de l’alimentation-boissons et du matériel de transport. Ces industries représentent environ la moitié des annonces de relocalisation depuis 2014.

Il est possible que la couverture médiatique favorise les grandes entreprises et les secteurs les plus importants, ce qui pourrait expliquer la prédominance de ces pays et secteurs dans les données. Néanmoins, le message reste clair : à ce stade, il existe peu de preuves d’un changement structurel vers la relocalisation en Europe, du moins selon les données de l’ORE.

Malgré ces constats, le risque de fragmentation commerciale demeure. Pour l’instant, les coûts de production en Europe semblent trop élevés pour encourager une relocalisation généralisée. Les entreprises privilégient donc le confinement de leurs activités dans des pays considérés comme moins risqués et la diversification de leurs sites de production. Lorsque la production est rapprochée, il s’agit souvent davantage d’une délocalisation que d’une véritable relocalisation.

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