Home MondePlan A – Dissuasion crédible, Plan B – Défense : réflexion sur la Conférence de Berlin sur la sécurité 2025

Plan A – Dissuasion crédible, Plan B – Défense : réflexion sur la Conférence de Berlin sur la sécurité 2025

by Clara Dubois

Publié le 4 décembre 2025. La Conférence de Berlin sur la sécurité a mis en évidence un consensus clair : la dissuasion crédible demeure la priorité absolue pour éviter un conflit ouvert, tandis que l’Europe doit renforcer sa résilience et ses capacités industrielles face à un environnement géopolitique de plus en plus incertain.

  • La dissuasion crédible est considérée comme le « plan A », la défense active n’étant envisagée qu’en dernier recours.
  • Le modèle suédois de « défense totale », impliquant l’ensemble de la société, suscite un intérêt croissant en Europe.
  • La nécessité d’un pilier européen renforcé au sein de l’OTAN, tout en maintenant le lien transatlantique, est largement reconnue.

La 24e édition de la Conférence de Berlin sur la sécurité, un événement majeur du calendrier européen en matière de défense et de sécurité, s’est tenue les 18 et 19 novembre 2025 à Berlin. Les discussions ont réuni des responsables militaires, des décideurs politiques et des experts, avec une attention particulière portée à la résilience, aux capacités industrielles et à l’évolution de l’architecture de sécurité européenne.

L’un des thèmes centraux de la conférence a été la perception des menaces, notamment la Russie, le terrorisme et la Chine, dans cet ordre de priorité. Florian Hahn, ministre d’État au ministère allemand des Affaires étrangères, a souligné que l’Europe se trouve dans une situation intermédiaire entre la paix et la guerre, face à l’agression russe en Ukraine et aux attaques hybrides ciblant divers États européens. Les représentants européens ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine et à sa détermination.

Le général Ingo Gerhartz, commandant du commandement des forces interarmées de Brunssum, a résumé la stratégie adoptée :

« Le plan A est une dissuasion crédible et seul le plan B est la défense. »

Général Ingo Gerhartz, commandant du commandement des forces interarmées de Brunssum

Les discussions se sont donc concentrées sur les moyens de renforcer la dissuasion, notamment en développant la résilience, en s’inspirant du modèle suédois de « défense totale », en renforçant le pilier européen de l’OTAN et en améliorant les capacités industrielles européennes.

Un modèle suédois pour une défense globale

La Suède, pays partenaire de la conférence cette année, a présenté son approche de la « défense totale », une stratégie globale qui implique l’ensemble de la société, des forces armées aux citoyens, dans la préparation à des conflits potentiels. Selon le site officiel du gouvernement suédois, cette stratégie implique que tous les citoyens âgés de 16 à 70 ans assument une certaine forme de responsabilité.

Lors d’un panel parallèle sur la résilience, la Dre Patricia Schneider, du Collège de commandement et d’état-major de la Bundeswehr, a souligné l’importance de la confiance sociale et de la confiance dans les institutions pour renforcer la résilience d’une société. Cependant, l’absence d’une discussion approfondie sur la montée de l’extrême droite et son impact potentiel sur l’unité des pays et de l’alliance a été notée.

L’agenda Femmes, Paix et Sécurité : une présence en progression

L’agenda Femmes, Paix et Sécurité (FPS) a trouvé sa place dans les discussions sur la dissuasion et la défense. Irene Fellin, représentante spéciale du secrétaire général de l’OTAN pour les femmes, la paix et la sécurité, a déclaré que, du point de vue du FPS, la « défense totale » ne doit pas se traduire par une militarisation de la société, mais par une défense collective renforcée.

« Une nation résiliente et forte conduit à une alliance forte. »

Irene Fellin, représentante spéciale du secrétaire général de l’OTAN pour les femmes, la paix et la sécurité

Les intervenants ont souligné que l’intégration de l’analyse de genre dans les décisions politiques et le renforcement de l’égalité contribuent à la prévention des conflits et à la résilience. En temps de guerre, l’agenda FPS peut se concentrer sur la création d’environnements plus sûrs, le soutien aux victimes de violences sexuelles et la reconnaissance du rôle essentiel des femmes sur le terrain.

Malgré ces avancées, il a été constaté que les femmes restent sous-représentées dans le domaine de la sécurité internationale, ne représentant qu’environ 10 % des intervenants à la conférence. ONU Femmes souligne les obstacles persistants à la participation des femmes dans ce domaine.

Le lien transatlantique et le pilier européen de l’OTAN

Malgré les tensions avec l’administration américaine actuelle, de nombreux intervenants ont insisté sur l’importance du lien transatlantique. L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, Matthew G. Whitaker, a réaffirmé l’engagement américain envers l’article 5 du traité de l’OTAN et a exprimé l’espoir que l’Europe assume davantage de responsabilités au sein de l’alliance.

Un pilier européen renforcé au sein de l’OTAN, potentiellement sous la direction allemande, a été évoqué. Cependant, Alan Meltzer, chargé d’affaires de l’ambassade américaine à Berlin, a exprimé des réserves quant à la tendance européenne au « protectionnisme » dans le domaine des technologies de défense.

La conférence a également mis en lumière l’importance croissante de la coopération entre l’Europe et la région Indo-Pacifique, notamment en raison de la coopération croissante entre la Russie et la Chine. L’ambassadeur de Taïwan, François Chihchung Wu, a souligné le rôle crucial de Taïwan dans l’écosystème des puces et a plaidé pour une coopération plus étroite avec l’Europe.

En conclusion, la Conférence de Berlin sur la sécurité a réaffirmé la nécessité de poursuivre vigoureusement la dissuasion crédible (« plan A ») afin d’éviter un recours à la défense active (« plan B »). Pour réussir, l’Europe doit renforcer sa résilience, ses capacités industrielles et son rôle au sein de l’OTAN.

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