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Politique d’asile au Danemark : on ne peut pas faire plus dur

by Nicolas Lefèvre

Publié le 25 octobre 2023 08:56:00. La politique d’asile danoise, caractérisée par sa fermeté et son objectif de retour au pays, suscite l’admiration de certains responsables politiques allemands, notamment au sein du parti conservateur et, de manière surprenante, chez les sociaux-démocrates, qui y voient une voie possible pour regagner l’adhésion de l’électorat.

  • Le Danemark a mis en place une politique d’asile restrictive visant à limiter l’immigration et à favoriser le retour des demandeurs d’asile dans leur pays d’origine.
  • Cette approche a été saluée par des politiciens allemands, qui la considèrent comme un modèle à suivre pour réformer la politique d’asile allemande.
  • Des critiques soulignent cependant les conditions difficiles imposées aux réfugiés au Danemark et les obstacles juridiques à une transposition intégrale de ce modèle en Allemagne.

Copenhague affiche une ligne dure en matière d’asile, une stratégie qui attire de plus en plus d’admirateurs en Europe, notamment en Allemagne. Le ministre fédéral de l’Intérieur allemand, Alexander Dobrindt (CSU), ne cache pas son intérêt pour l’approche danoise, voyant dans celle-ci une solution pour renforcer la politique d’asile de son pays. Cette fascination s’observe également chez les sociaux-démocrates allemands (SPD), qui cherchent à renouer avec un électorat de plus en plus préoccupé par les questions migratoires.

Le modèle danois repose sur une volonté affichée de rendre l’arrivée et le séjour des demandeurs d’asile aussi difficiles que possible. L’objectif est clair : un séjour limité, même pour les réfugiés ayant obtenu le statut de protection. Les demandeurs d’asile se voient accorder des permis de séjour temporaires, souvent d’une durée maximale de un ou deux ans, et le regroupement familial est rendu plus complexe. Depuis 2019, avec l’adoption du “Paradigm Shift Act”, le retour au pays d’origine est officiellement privilégié à l’intégration.

Cette évolution, qui aurait surprévenu il y a quelques années, est désormais perçue comme un exemple à suivre par certains. Friedrich Merz, le chancelier de la CDU, a qualifié le programme danois en matière d’asile de « véritablement exemplaire ». Alexander Dobrindt a quant à lui affirmé que l’exemple danois était “important” pour le virage opéré par l’Allemagne en matière de politique d’asile.

La politique d’asile danoise a commencé à se durcir bien avant 2019. En 2015, Lars Løkke Rasmussen, alors Premier ministre libéral, avait déjà déclaré qu’il faudrait prendre des mesures pour limiter l’afflux de demandeurs d’asile. Les allocations ont été réduites, les permis de séjour temporaires se sont multipliés et les conditions d’accès au regroupement familial ont été durcies.

En 2021, les autorités danoises ont révoqué le statut de protection de centaines de réfugiés syriens, considérant certaines zones autour de Damas comme sûres, malgré la poursuite des combats. Les réfugiés concernés, souvent impossibles à expulser, ont été placés dans des centres de rapatriement, où les conditions de vie ont été jugées inacceptables par les inspecteurs du Conseil de l’Europe, qui les ont comparées à celles des prisons russes.

Cette politique a créé un climat d’incertitude permanente pour les réfugiés, comme le révèle une étude de Boundary Work, un projet de recherche de l’Université de Copenhague mené en collaboration avec la Croix-Rouge et l’Aide danoise aux réfugiés. Cette insécurité rend plus difficile l’intégration et dissuade les réfugiés de solliciter de l’aide, de peur que cela ne compromette leurs chances d’obtenir un permis de séjour.

Même ceux qui obtiennent un permis de séjour permanent sont soumis à une politique d’intégration stricte, qui inclut l’attribution obligatoire d’un lieu de résidence et une attention particulière aux quartiers où la proportion d'”immigrants non occidentaux et de leurs descendants” dépasse 50 %. La loi dite du “ghetto”, qui prévoit des peines plus sévères pour les crimes commis dans ces quartiers et la possibilité de reloger de force les habitants, y est appliquée.

En 2022, seulement 860 personnes ont bénéficié d’une protection au Danemark, un chiffre historiquement bas. Le ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration, Dybvad Bek, a salué cette baisse, attribuant celle-ci à sa “politique étrangère stricte” et soulignant l’importance d’un faible afflux de demandeurs d’asile pour faciliter l’intégration.

Le politologue Christian Albrekt Larsen, de l’université d’Aalborg, souligne que l’intégration au Danemark se déroule en réalité relativement bien, grâce notamment au faible nombre d’immigrés. Il explique que la nouvelle génération de sociaux-démocrates danois ne cherche pas à adopter une politique restrictive pour des raisons stratégiques, mais parce qu’elle y croit profondément.

Le “modèle danois” est au cœur des débats au sein du SPD allemand depuis des années. L’idée est que si les sociaux-démocrates allemands adoptaient une politique similaire à celle de leurs homologues danois, ils pourraient regagner l’adhésion de l’électorat. Cependant, une étude de la Fondation Ebert, affiliée au SPD, a rejeté cette idée, soulignant que le succès de la social-démocratie danoise est davantage lié à sa politique sociale et économique qu’à sa politique migratoire.

La crise des caricatures de Mahomet, qui a éclaté en 2005 après la publication de dessins controversés dans le journal danois Jyllands-Posten, a laissé des traces profondes dans la société danoise et a contribué à alimenter un sentiment de méfiance envers les musulmans.

Copenhague se réjouit de l’influence croissante de sa politique d’asile sur d’autres pays de l’Union européenne. Le ministre Dybvad Bek a déclaré en juin 2023 que cette évolution était positive, car elle permettrait de mieux contrôler l’afflux de migrants vers l’Europe, à l’approche de la présidence danoise du Conseil de l’UE.

Le gouvernement danois s’efforce désormais d’externaliser les procédures d’asile vers des pays tiers et d’interner les demandeurs d’asile déboutés dans des centres d’expulsion situés dans d’autres pays. Un projet de la Commission européenne, soutenu par la majorité des États membres de l’UE, vise à faciliter cette externalisation.

L’Allemagne n’a pour l’instant adopté que quelques-unes des mesures danoises les plus extrêmes. Bien que les permis de séjour pour les demandeurs d’asile reconnus soient initialement limités dans le temps, ils sont généralement prolongés. Il n’existe pas non plus de centres de retour ni de loi comparable à la loi du “ghetto”. Le modèle danois reste donc pour l’instant une source d’inspiration plus qu’une feuille de route pour la politique migratoire allemande.

Wiebke Judith, porte-parole juridique de ProAsyl, souligne que certaines des mesures prises par le Danemark ne seraient pas légalement possibles en Allemagne, en raison du statut juridique particulier du Danemark au sein de l’UE et des règles plus strictes imposées par le droit européen et la Loi fondamentale allemande.

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