Publié le 24 septembre 2025 10:32:00. L’évolution du capitalisme ne conduit pas nécessairement à la disparition de la classe moyenne, contrairement à certaines interprétations de la théorie marxiste, selon l’analyse de Vivek Chibber, spécialiste des sciences sociales. Il nuance l’idée d’une polarisation sociale inéluctable et souligne la capacité du système économique à générer de nouvelles formes d’emploi.
- La théorie marxiste prédisait la disparition de la petite bourgeoisie, absorbée soit par le prolétariat, soit par la bourgeoisie.
- Cette prédiction ne s’est pas réalisée, ce qui a suscité des débats au sein de la gauche et des critiques envers Marx.
- Vivek Chibber argumente que cette divergence ne remet pas en cause la théorie marxiste dans son ensemble, mais plutôt une interprétation rhétorique de celle-ci.
La question de la pérennité de la classe moyenne au sein du système capitaliste est un débat récurrent dans les cercles académiques et politiques. Selon Vivek Chibber, l’analyse de la structure de classes par Karl Marx, et plus tard par Mao Zedong, mettait en évidence la complexité de la situation des populations rurales et la difficulté de les classer de manière stricte. Il rappelle que la “nouvelle gauche” des années 1970, avec des figures comme Erik Olin Wright, a largement contribué à affiner cette compréhension, en reconnaissant que la classe moyenne possède des caractéristiques à la fois ouvrières et bourgeoises.
Le cœur du débat réside dans l’interprétation des écrits de Marx. La prédiction de la disparition de la petite bourgeoisie était basée sur l’idée que les petits commerçants ne pourraient pas rivaliser avec les grandes entreprises de vente au détail, et que les artisans seraient supplantés par une production industrielle plus efficace. Or, cette disparition n’a pas eu lieu.
« Si vous voulez littéralement dire que les classes n’existent que pour la conscience et la politique, vous ne savez même pas où aller. Vous pourriez entrer dans une suite C et dire: «Hé, mec, il est temps pour la révolution» »
Vivek Chibber
Chibber estime que les critiques formulées à l’encontre de Marx reposent souvent sur une lecture littérale de ses déclarations rhétoriques, plutôt que sur une analyse approfondie de son œuvre théorique, notamment Le Capital. Selon lui, la théorie marxiste ne prédit pas nécessairement la disparition de la classe moyenne, mais plutôt une transformation constante de la structure des classes due au “changement technique” – l’introduction de nouvelles technologies et de nouvelles formes d’organisation du travail.
Ce changement technique, explique-t-il, a un double effet : il détruit certes certaines professions existantes, mais il en crée également de nouvelles, souvent dans le secteur des services ou dans des domaines nécessitant une expertise spécifique. Pour que la prédiction de la disparition de la classe moyenne se réalise, il faudrait que le capitalisme cesse de créer de nouvelles opportunités d’emploi nécessitant des compétences intermédiaires, ce qui ne correspond pas aux tendances observées.
En conclusion, Chibber plaide pour une approche plus nuancée de la théorie marxiste, en se concentrant sur le cadre théorique global plutôt que sur des prédictions spécifiques qui ne se sont pas vérifiées. Il souligne que le capitalisme est un système dynamique et adaptable, capable de générer de nouvelles formes d’emploi et de maintenir une classe moyenne active, malgré les mutations économiques et technologiques.
