Publié le 17 janvier 2026 à 14h01. Un enfant qui souhaite changer de voie scolaire ne doit pas forcément être considéré comme incapable de suivre le niveau initial, selon l’experte en apprentissage Larissa Kapnissakis. Il est crucial d’identifier les blocages sous-jacents et de ne pas négliger l’importance du défi intellectuel.
- Un désir de passer à un niveau scolaire inférieur peut signaler un blocage dans la motivation, l’approche ou la confiance en soi de l’élève.
- Il est essentiel de discuter des conséquences d’un changement de voie avec l’enfant, sans jugement, et d’identifier les difficultés spécifiques.
- Un manque de défi intellectuel peut être aussi néfaste qu’une pression excessive, entraînant un désengagement et un manque de développement de la résilience.
Claire, une mère de 42 ans, se pose la question que beaucoup de parents se posent : faut-il laisser son fils de 14 ans, actuellement en troisième année de l’enseignement secondaire général (HAVO), passer à une filière plus professionnalisante (VMBO-T) ? L’adolescent, submergé par la pression et manquant de motivation, obtient des résultats scolaires variables. Sa mère, bien qu’estimant qu’il pourrait réussir, craint qu’il ne regrette son choix plus tard.
Larissa Kapnissakis, experte en apprentissage et fondatrice de Un apprentissage réussi, associée à Testez-moi, souligne qu’un désir de changement de niveau à cet âge n’est pas forcément synonyme d’incapacité. “Il s’agit souvent d’un signe que l’élève est bloqué dans sa motivation, son approche ou sa confiance en lui”, explique-t-elle. Le cerveau des jeunes est encore en développement et ils ont du mal à évaluer les conséquences à long terme de leurs décisions.
Il est important de distinguer un réel décalage avec le niveau scolaire d’un blocage dans la manière d’apprendre. Selon l’experte, la résistance observée chez les adolescents se manifeste souvent par un manque d’envie, de la procrastination ou une irritabilité facile. Un décalage structurel, malgré les efforts et les conseils, est plus rare. “Neuf fois sur dix, un manque de stratégie d’apprentissage est en cause”, affirme Larissa Kapnissakis. Elle insiste sur le fait qu’un échec scolaire ne signifie pas qu’un enfant est incapable, mais qu’il a besoin d’une approche différente.
L’importance du défi intellectuel est souvent sous-estimée. Si la pression excessive et le risque de burn-out sont bien connus, le bore-out, résultant d’un manque de stimulation, est tout aussi dangereux. Un enfant qui évolue dans un environnement trop facile risque de perdre ses initiatives, sa motivation et sa concentration, et de ne pas apprendre à gérer l’effort et la frustration. C’est dans la difficulté, dosée juste, que se trouve l’opportunité d’apprendre, de grandir et de développer une estime de soi saine.
Larissa Kapnissakis conseille aux parents d’aborder la question avec leur enfant de manière ouverte et constructive.
« Discutez ensemble des risques sans être trop directifs. Examinez ensemble les conséquences d’un changement de voie, plutôt que de les imposer. Par exemple, demandez : “Si tu arrêtais, qu’est-ce que cela signifierait dans deux ans ? Qu’est-ce que tu gagnerais et qu’est-ce que tu perdrais ?” Il est également important de rappeler que les choix sont réversibles, mais qu’il est préférable de déterminer d’abord les points de blocage. »
Larissa Kapnissakis, experte en apprentissage
Elle recommande de poser des questions ouvertes pour comprendre les difficultés de l’enfant : “Qu’est-ce qui rend l’école si difficile ? Quand est-ce que ça pourrait fonctionner ? Qu’est-ce qui te paraît difficile dans l’apprentissage ? Qu’est-ce qui te demande le plus d’énergie ?”. L’objectif est de déterminer si le problème est un réel décalage avec le niveau scolaire ou un manque d’outils pour réussir. “Réussir son apprentissage, c’est maîtriser les connaissances, mais aussi sa liberté”, conclut-elle.
L’experte souligne enfin l’importance de la persévérance, non pas par la contrainte, mais en apprenant à l’enfant comment surmonter les difficultés grâce à une structure, une stratégie et des techniques d’apprentissage adaptées. L’école, les parents et l’élève doivent travailler ensemble pour identifier les besoins de l’enfant et lui apporter le soutien nécessaire. “Il y a souvent beaucoup de solutions entre “continuer” et “abandonner””, rappelle Larissa Kapnissakis. Avant d’envisager un changement de niveau, il est préférable d’explorer les possibilités d’aide spécifique et d’accompagnement personnalisé.
Selon Larissa Kapnissakis, la clé du succès réside dans une formule simple : succès = talent x engagement x stratégie x état d’esprit. Identifier les points faibles dans ces quatre domaines permet de mettre en place des actions ciblées pour aider l’élève à s’épanouir.
« Un niveau scolaire inférieur résout rarement un problème d’apprentissage. Il le déplace simplement. »
En apprenant à apprendre, l’élève transforme une montagne intimidante en un défi gérable et développe sa confiance en lui, sa motivation et sa vision de l’avenir.
