Home AffairesPourquoi les dépenses consacrées à l’éducation en Israël ne produisent-elles pas de résultats ?

Pourquoi les dépenses consacrées à l’éducation en Israël ne produisent-elles pas de résultats ?

by Amélie Bernard

Publié le 2 janvier 2026 20:41:00. Des études récentes mettent en lumière une aggravation des inégalités dans le système éducatif israélien, liée à la décentralisation des financements, tandis que le gel des subventions aux écoles ultra-orthodoxes suscite un débat sur l’accès à une éducation minimale.

  • La décentralisation du financement de l’éducation a entraîné une augmentation des disparités entre les communes en matière d’investissement scolaire.
  • Les indicateurs de dépenses municipales par élève présentent une faible corrélation avec le statut socio-économique et les résultats scolaires.
  • Les taux de réussite scolaire dans certaines communautés ultra-orthodoxes sont particulièrement préoccupants.

Des recherches menées par des professeurs de l’Université Bar-Ilan révèlent que la politique de décentralisation du financement de l’éducation en Israël a paradoxalement creusé les inégalités entre les différentes localités. L’étude, commandée par le scientifique en chef du ministère de l’Éducation, souligne que les mécanismes de marché appliqués au secteur éducatif ne produisent pas les effets escomptés.

Selon les données analysées, l’écart de dépenses entre les municipalités est significatif. Tel Aviv consacre ainsi trois fois plus de ressources à l’éducation de chaque enfant que Jérusalem. Cependant, l’étude pointe surtout l’inefficacité de l’augmentation des financements dans les zones défavorisées : les dépenses municipales par élève ne semblent pas corrélées au niveau socio-économique des localités, ni aux résultats scolaires mesurés par le taux d’obtention de diplômes et de mentions.

Les chiffres concernant les colonies ultra-orthodoxes de Beitar Illit et Modiin Illit sont particulièrement alarmants. En 2023, seulement 16 % des jeunes de Beitar Illit ont obtenu un diplôme, tandis que Modiin Illit affiche un taux encore plus faible de 4,2 %. Le pourcentage de diplômés ayant obtenu une mention (avec un niveau 5 en anglais et un niveau 4 en mathématiques) est de seulement 0,7 % dans cette dernière ville.

L’étude nuance toutefois l’importance de la simple disparité des investissements. À Rahat, une ville bédouine classée avant-dernière en termes de dépenses municipales dans l’éducation, plus de 70 % des élèves obtiennent un diplôme. De même, à Sakhnin, où les dépenses par enfant sont dix fois inférieures à celles de Tel Aviv, les résultats scolaires sont comparables à ceux de la capitale économique : 89,4 % des élèves obtiennent un diplôme, dont plus de 30 % avec mention.

Dans ce contexte, la récente décision du BAGAC (Bureau du Premier Ministre) de geler les financements supplémentaires destinés aux écoles ultra-orthodoxes apparaît, aux yeux des auteurs de l’étude, non seulement justifiée, mais essentielle. Ils craignent qu’en continuant à soutenir des établissements ne garantissant pas un niveau de connaissances minimal, le gouvernement ne condamne une partie de la jeunesse israélienne à la pauvreté et à une dépendance totale envers les autorités religieuses.

Un article de fond publié par le journal Haaretz, fruit d’une enquête menée par Aaron Rabinovich, un journaliste ultra-orthodoxe connaissant bien les communautés religieuses, dresse un portrait inquiétant de certaines dérives au sein de communautés hassidiques. Il décrit comment certains dirigeants transforment leurs communautés en sectes totalitaires, où l’obéissance inconditionnelle au « Rabbi saint » prime sur tout, y compris sur l’étude de la Torah, qui n’est plus considérée comme une priorité.

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