Publié le 29 septembre 2025 09h30. L’Ukraine se prépare à un hiver potentiellement difficile sur le plan énergétique, après des destructions massives de ses infrastructures l’an dernier. Les autorités mettent en garde contre d’éventuelles restrictions de consommation, tout en soulignant qu’il s’agit d’une mesure de préparation et non d’une certitude.
- Le système énergétique ukrainien affiche un déficit de puissance pouvant atteindre 35 % aux heures de pointe.
- Jusqu’à 10 GW (gigawatts) de capacités de production ont été détruits ou endommagés, soit plus de 45 % du total.
- Les autorités insistent sur l’importance de la préparation et de la consommation responsable pour faire face aux défis à venir.
Après une année 2023-2024 marquée par des destructions sans précédent de ses infrastructures énergétiques, l’Ukraine entame la nouvelle saison de chauffage avec une inquiétude palpable. Malgré les efforts considérables déployés par les équipes de réparation et le soutien de donateurs internationaux, la restauration des capacités de production s’avère lente et complexe. Selon Ukrenergo, le gestionnaire du réseau électrique ukrainien, le déficit de puissance pourrait atteindre plus de 35 % des besoins du pays lors des périodes de forte demande en 2025.
La situation est aggravée par la nécessité de moderniser ou de remplacer des équipements spécifiques, dont les délais de livraison sont longs. Ces pertes ne peuvent être compensées uniquement par des réparations d’urgence, le système fonctionnant en permanence à la limite de ses capacités. Les attaques russes ont particulièrement visé les centrales thermiques et hydroélectriques, avec environ 90 % de la génération thermique de DTEK désactivée. Les infrastructures critiques, telles que les sous-stations, les transformateurs et les lignes à haute tension, sont également régulièrement la cible d’attaques, comme en témoignent les frappes répétées contre la centrale thermique de Tripoli.
Face à cette situation, les ingénieurs électriques multiplient les avertissements, utilisant des termes tels que « possible » et « si nécessaire ». Ces mises en garde ne doivent pas être interprétées comme un signe de panique, mais plutôt comme un outil de préparation. La prévision de la consommation et de l’état du réseau électrique est un processus dynamique, influencé par des facteurs tels que la température, l’intensité des bombardements, les pannes techniques et la disponibilité des carburants.
Le 15 septembre, Ukrenergo a indiqué que la restauration des équipements endommagés et le réapprovisionnement des réserves de pièces détachées étaient en cours. En l’absence de nouvelles attaques massives contre les installations énergétiques, l’Ukraine pourrait potentiellement traverser l’hiver sans restrictions de consommation. Cependant, la discussion sur les scénarios possibles, les zones à risque et le déploiement de l’aide d’urgence est essentielle pour anticiper les difficultés et assurer une réponse efficace.
Le début de la saison froide coïncide traditionnellement avec une augmentation de la demande d’électricité, notamment en raison de l’utilisation de radiateurs et d’autres appareils de chauffage. En temps normal, les mois de novembre à février constituent la période la plus intense pour le système énergétique. Dans le contexte actuel, marqué par la guerre et des infrastructures endommagées, les risques sont considérablement amplifiés. L’été a permis de bénéficier de la production solaire, qui couvrait jusqu’à 15 % des besoins aux heures de pointe, mais cette source d’énergie sera moins disponible avec la diminution des heures d’ensoleillement et les conditions météorologiques plus défavorables.
Les principaux risques pour l’automne-hiver sont un déficit de production aux heures de pointe (matin et soir), un manque de capacités de réserve pour équilibrer le réseau, des restrictions sur les importations d’électricité dues à des contraintes techniques, des attaques contre les infrastructures et un accès inégal à l’électricité dans différentes régions. Les entreprises énergétiques appellent déjà les consommateurs à économiser l’électricité et à se préparer à d’éventuelles restrictions.
Au-delà des aspects techniques, la crise énergétique ukrainienne soulève des questions institutionnelles. L’Ukraine n’a toujours pas adopté de stratégie énergétique à long terme, malgré l’efficacité de la gestion de crise actuelle. Une vision stratégique claire est nécessaire pour restaurer l’équilibre de la production, réduire la vulnérabilité du système et garantir des tarifs stables.
Cependant, des initiatives positives émergent. Les entreprises et les collectivités locales prennent de plus en plus leurs responsabilités en matière de dépendance énergétique. Au cours de la dernière année, le nombre de projets de production distribuée a fortement augmenté, avec l’installation de petites centrales solaires et éoliennes sur les toits d’usines et de centres logistiques. Des systèmes de stockage d’énergie sont également déployés, et les réseaux sont modernisés. Cette tendance témoigne d’une nouvelle phase où le marché réagit plus rapidement que les régulateurs, mais elle nécessite un soutien de l’État et une politique claire pour compléter les efforts à l’échelle nationale.
En 2025, plusieurs initiatives sont en cours pour stabiliser le système énergétique. Le développement de la production distribuée, avec de petites installations de cogénération et des centrales à gaz, permet de décharger le réseau et de créer des réserves. Des investissements sont également réalisés dans les énergies renouvelables, notamment dans les régions occidentales, malgré les difficultés liées au financement. Les communautés locales lancent des projets de production d’énergie renouvelable pour assurer l’alimentation des infrastructures sociales. L’énergie éolienne, bien que vulnérable aux bombardements, reste un axe de développement important, avec 1 947 MW d’installés et des projets de développement de 200 MW en 2025 et 4 GW supplémentaires d’ici 2030. Le potentiel éolien de l’Ukraine est estimé à 100-150 GW de capacité installée. L’utilisation de systèmes de stockage d’énergie, bien que encore limitée (17,4 MW pour un potentiel de 3 GW), offre des perspectives prometteuses pour lisser les pics de demande. Enfin, des communautés énergétiques locales se développent, créant des microsystèmes pour assurer l’alimentation des écoles, des hôpitaux et des services d’eau en cas de coupure d’électricité.
Les entreprises ont également un rôle crucial à jouer dans la stabilisation du système énergétique. Elles peuvent évaluer leurs risques, réaliser des audits énergétiques, investir dans la production locale d’énergie, installer des systèmes de stockage, rejoindre des microsystèmes et élaborer des plans de continuité d’activité en cas de coupure.
Parler de la possibilité de restrictions n’est pas une tentative d’intimidation, mais une communication responsable. Les ingénieurs électriques travaillent à la restauration et à la modernisation du réseau, mais la stabilité du système dépend également de la flexibilité des consommateurs. L’expérience montre qu’une combinaison de proactivité commerciale, de consommation consciente et de capacité d’adaptation permet de faire face aux défis. Il est impossible de garantir un hiver sans coupure, mais en agissant de manière responsable, il est possible de minimiser les risques et de maintenir un niveau de service acceptable. Un avertissement concernant les restrictions ne concerne donc pas seulement un manque de capacité, mais une nouvelle réalité dans laquelle la sécurité énergétique fait partie intégrante de la sécurité nationale.
Il est temps d’agir, car les conséquences de l’inaction pourraient être graves.
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