Home MondePourquoi Trump est-il soudainement si obsédé par le Honduras ?

Pourquoi Trump est-il soudainement si obsédé par le Honduras ?

by Clara Dubois

L’élection présidentielle hondurienne, marquée par une lutte acharnée entre deux candidats, est devenue un nouveau terrain d’intervention de l’ancien président américain Donald Trump. Alors que le dépouillement se poursuit et que les résultats restent serrés, Trump a pris position de manière inattendue, suscitant des interrogations sur l’influence américaine dans la région.

Nasry « Tito » Asfura, du Parti national conservateur, devance actuellement Salvador Nasralla, du Parti libéral centriste, d’une poignée de centaines de voix. La semaine dernière, Trump a publiquement affiché son soutien à Asfura sur son réseau social Truth Social, déclarant : « Tito et moi pouvons travailler ensemble pour combattre les narcocommunistes et apporter l’aide nécessaire au peuple du Honduras. » Il a qualifié Nasralla de « communiste limite ».

Vendredi, l’ancien président américain a franchi une nouvelle étape en accordant un pardon complet à l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, reconnu coupable de trafic de drogue à New York et condamné à 45 ans de prison aux États-Unis. Hernández, membre du parti d’Asfura, avait été accusé d’avoir accepté des pots-de-vin de cartels mexicains et d’avoir transformé le Honduras en un narco-État.

Cette décision intervient alors que Trump envisage une action militaire contre un président vénézuélien également accusé de trafic de drogue, soulevant des questions sur la cohérence de la politique américaine. Depuis son entrée en fonction, Hernández avait activement fait pression pour sa libération, se présentant comme une victime de persécution politique – à l’instar de Trump – et s’appuyant sur des personnalités proches de l’ancien président, comme l’opérateur politique Roger Stone. Trump a affirmé que Hernández avait été « piégé » par l’administration Biden, bien qu’une grande partie des preuves contre lui ait été constituée pendant son propre mandat et que le procureur initial de l’affaire, Emil Bove, soit devenu un juge fédéral avec l’aval de Trump.

Alors que les votes sont comptés et que l’écart se réduit en faveur de Nasralla, Trump est revenu à la charge, accusant les autorités électorales honduriennes de fraude sans fournir de preuves.

L’intervention américaine dans la politique hondurienne a une longue histoire, remontant à l’ère de la « République bananière » au début du XXe siècle, en passant par la guerre froide et jusqu’au XXIe siècle. Cependant, elle n’a rarement été aussi directe.

Ricardo Zúñiga, né au Honduras et ancien secrétaire adjoint adjoint pour l’hémisphère occidental au Département d’État américain sous l’administration Biden, explique que le principal enjeu de cette élection était la perception que le gouvernement actuel, dirigé par la présidente Xiomara Castro du Parti Libre (de gauche), n’avait pas tenu ses promesses de campagne. Il soulignait également les inquiétudes quant à la possibilité que le gouvernement Libre entrave le déroulement des élections.

Concernant Tito Asfura, Zúñiga le décrit comme un ancien maire de centre-droit, favorable aux entreprises, et un politicien de longue date. « Il a essayé de se distancer de l’ombre de Juan Orlando Hernández et de projeter une image positive », a-t-il déclaré. Sa devise, « Papi a la orden » (un peu comme « Papa à votre service »), témoigne de son approche populiste.

Zúñiga souligne que le Honduras est un pays stratégique pour la coopération américaine en matière de migration et de lutte contre le trafic de drogue. De plus, la Chine a considérablement renforcé sa présence économique et politique au Honduras depuis 2023, rompant des décennies de relations avec Taïwan. Pour l’administration américaine actuelle, réduire l’influence chinoise en Amérique latine est une priorité, et le Honduras est un enjeu central dans cette lutte.

Concernant le pardon accordé à Hernández, Zúñiga estime qu’il s’agit d’une décision influencée par Roger Stone, qui a réussi à convaincre Trump que l’ancien président était victime de persécution politique. « La rapidité avec laquelle la décision a été prise suggère qu’il n’y a pas eu d’enquête approfondie sur les allégations », a-t-il ajouté.

Zúñiga pense que les déclarations de Trump ont eu plus d’impact que le pardon lui-même. Il estime que les deux candidats, quel que soit le vainqueur, chercheront à entretenir de bonnes relations avec les États-Unis. Cependant, il reconnaît que le Parti national a réussi à convaincre Trump que Nasralla était anti-américain, ce qui pourrait inquiéter la classe politique hondurienne, sensible aux positions des États-Unis. Il met en garde sur le fait que le système électoral hondurien est chaotique et sujet à contestations.

Selon Zúñiga, l’intérêt de Trump pour le Honduras révèle une tendance à contourner les institutions américaines traditionnelles, comme le Département d’État, et à rechercher des contacts directs avec les dirigeants étrangers. « La leçon à retenir pour les autres acteurs politiques d’Amérique latine est d’ignorer les vieilles institutions américaines et de trouver quelqu’un qui puisse contacter personnellement le président Trump », a-t-il conclu.

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