Donald Trump a de nouveau mis le monde sur les nerfs en menaçant une intervention militaire, cette fois au Nigeria, sous prétexte de protéger les chrétiens persécutés. Cette escalade verbale intervient alors que la question d’une action militaire américaine au Venezuela semblait se préciser, illustrant une tendance troublante : la volonté de l’ancien président de recourir à la force pour servir ses objectifs politiques.
Le président Trump a promis d’envoyer des troupes « armées jusqu’aux dents » au Nigeria si le gouvernement local ne parvenait pas à enrayer les violences à l’encontre des chrétiens. Il a même ordonné à son ministère de la Défense de se préparer à une éventuelle action, promettant une intervention « rapide, vicieuse et douce » contre les groupes terroristes islamiques.
La situation au Nigeria est complexe. Depuis 2009, le groupe terroriste Boko Haram et ses ramifications sèment la terreur dans le nord du pays, multipliant les massacres et les enlèvements, dont celui de centaines d’écolières à Chibok en 2014. Par ailleurs, des affrontements récurrents opposent des éleveurs musulmans à des communautés agricoles majoritairement chrétiennes dans le nord-ouest et le centre-nord du pays. L’armée nigériane lutte contre ces insurgés depuis des années, mais le président Bola Ahmed Tinubu est accusé de ne pas accorder suffisamment d’attention au sort des chrétiens, et la campagne militaire est entravée par la corruption et des allégations de violations des droits de l’homme.
Plusieurs États nigérians appliquent des lois sur le blasphème particulièrement sévères, souvent utilisées de manière disproportionnée contre les chrétiens, mais aussi contre les athées et les minorités musulmanes.
L’intérêt soudain de Trump pour le Nigeria semble davantage motivé par la situation politique intérieure américaine que par un événement spécifique survenu sur le terrain. La protection des chrétiens au Nigeria est une cause qui galvanise les évangéliques américains, un électorat clé pour l’ancien président. Lors d’une manifestation en 2022 à Washington, l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari avait été interrompu à plusieurs reprises par des protestataires. Trump a d’ailleurs cité des chiffres de l’ONG Open Doors, affirmant que sur 4 476 chrétiens tués pour leur foi dans le monde en 2024, 3 100 l’étaient au Nigeria.
Ce n’est pas la première fois que Trump s’intéresse à cette question. En 2020, lors d’une visite à la Maison Blanche, il avait demandé avec insistance à Buhari : « Pourquoi tuez-vous des chrétiens au Nigeria ? » Durant son premier mandat, l’administration Trump avait placé le Nigeria sur une liste de pays particulièrement préoccupants en matière de violations de la liberté religieuse. L’administration Biden a retiré le Nigeria de cette liste en 2021, avant une visite du secrétaire d’État Antony Blinken.
La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a salué l’annonce de Trump, tout en soulignant qu’il est important de reconnaître que des musulmans et des adeptes de religions traditionnelles africaines sont également victimes de persécutions. Le sénateur républicain Ted Cruz a également soutenu cette initiative.
Il est peu probable que Trump passe à l’acte. Il privilégie généralement des interventions rapides et décisives, avec un risque limité de s’enliser ou de subir des pertes. Le Nigeria ne correspond pas à ce profil. De plus, le gouvernement nigérian n’est pas particulièrement bien vu par l’administration Trump, notamment en raison de son refus d’accepter les migrants expulsés des États-Unis et de ses critiques à l’égard d’Israël concernant la guerre à Gaza.
Par ailleurs, l’efficacité d’une intervention militaire américaine est discutable. Les États-Unis fournissent déjà une assistance et une formation aux forces armées nigérianes depuis deux décennies. L’avenir de ces missions est incertain, car de plus en plus de pays de la région se tournent vers la Russie et l’aide américaine diminue. Il est également paradoxal que l’administration américaine ait approuvé, en août dernier, la vente d’armes au Nigeria pour un montant de 346 millions de dollars (USD), alors qu’elle accuse ce pays de permettre le massacre de chrétiens et de violer les droits de l’homme.
Les déclarations de Trump révèlent une vision du rôle des États-Unis sur la scène mondiale qui dépasse le simple principe « America First ». Il semble croire que les États-Unis doivent jouer un rôle actif dans la résolution des crises internationales, même si elles n’ont pas d’impact direct sur leurs intérêts de sécurité nationale. Cependant, contrairement aux internationalistes traditionnels, ses interventions sont étroitement liées à ses priorités politiques intérieures, qu’il s’agisse de soutenir des alliés favorables au MAGA en Argentine ou au Brésil, de favoriser les Sud-Africains blancs dans la politique d’immigration, ou de préparer un changement de régime au Venezuela.
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