Publié le 16 novembre 2023. Une étude scientifique révèle un lien inquiétant entre l’exposition aux bisphénols, présents dans de nombreux emballages plastiques, et une augmentation significative des cas d’obésité, de diabète de type 2 et de syndrome métabolique à l’échelle mondiale.
- L’étude estime que plus de 127 millions de cas de maladies métaboliques pourraient être liés à l’exposition aux bisphénols en 2024.
- Les chercheurs soulignent que le remplacement du bisphénol A (BPA) par des substituts comme le BPS et le BPF n’a pas résolu le problème et pourrait même l’aggraver.
- Le coût économique global de ces troubles métaboliques liés aux bisphénols est estimé à 1 100 milliards de dollars en 2024.
Des chercheurs ont mis en évidence une corrélation entre la présence de bisphénols dans l’organisme et une augmentation des risques de développer des maladies métaboliques telles que l’obésité et le diabète de type 2. L’étude, publiée dans la revue Science of the Total Environment, alerte sur la propagation de ces composés chimiques et leurs conséquences sur la santé publique.
Le bisphénol A (BPA) et ses substituts, le BPS et le BPF, sont de plus en plus présents dans l’environnement et chez les populations du monde entier. Ces composés sont utilisés dans la fabrication de plastiques durs et de revêtements pour les canettes alimentaires et les bouteilles. Face aux préoccupations concernant les effets potentiels du BPA sur la santé, plusieurs pays ont limité son utilisation, ce qui a conduit à l’essor des substituts BPS et BPF.
L’étude a analysé des données provenant de vingt pays d’Amérique latine, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Europe, sur la période allant de 2000 à 2024. Les chercheurs ont évalué les variations des niveaux de BPA, BPS et BPF dans l’urine des participants et les ont corrélées aux données de santé, en tenant compte de facteurs tels que le revenu et l’alimentation.
Les résultats indiquent que l’exposition accrue aux bisphénols coïncide avec un risque plus élevé d’obésité, de diabète de type 2 et de syndrome métabolique. En Europe et en Amérique du Nord, où des réglementations ont été mises en place pour limiter l’utilisation du BPA, les niveaux de BPA ont diminué, mais ceux de BPS et de BPF ont augmenté de 47 % et 22 % respectivement.
Les chercheurs estiment que réduire de moitié l’exposition mondiale aux bisphénols permettrait d’éviter 49 millions de cas de maladies métaboliques et d’économiser 420 milliards de dollars par an. Ils soulignent toutefois que des réglementations axées uniquement sur le BPA pourraient être contre-productives si elles conduisent à l’utilisation de substituts présentant des risques similaires, voire supérieurs.
Selon le Dr Osvaldo Ponzo, professeur de physiologie et biophysique et directeur du Laboratoire d’endocrinologie de l’Université de Buenos Aires,
« Cette nouvelle étude apporte la preuve que différents bisphénols pourraient augmenter le risque de développer une résistance à l’insuline, un syndrome métabolique et, plus tard, un diabète. Par conséquent, il est difficile de penser qu’en modifiant partiellement une molécule, comme en passant du BPA au BPF ou au BPS, les effets puissent être considérablement évités ou disparaître. »
Dr. Osvaldo Ponzo, professeur de physiologie et biophysique
Le Dr Enrique Luque, chercheur à l’Institut de la santé et de l’environnement (ISAL), nuance ces résultats :
« Il n’est pas encore totalement prouvé que les substituts du bisphénol A sont aussi des perturbateurs endocriniens. Il me semble qu’il manque des recherches plus originales avec comité de lecture car les travaux publiés dans Science of the Total Environment suggèrent seulement une association et non une relation de causalité. Ils ne mentionnent pas non plus les études originales qui confirment que les substituts sont perturbateurs. »
Enrique Luque, chercheur à l’Institut de la santé et de l’environnement (ISAL)
Il souligne la nécessité d’investir dans davantage d’études pour mieux évaluer les effets des substituts sur la santé et d’envisager que même de faibles niveaux de bisphénols puissent avoir un impact biologique.
Les chercheurs recommandent une réglementation globale de tous les bisphénols et une surveillance accrue de leur utilisation dans les produits de consommation courante. Ils appellent également à des campagnes d’éducation pour sensibiliser le public aux risques potentiels et encourager l’utilisation de produits sans bisphénols.
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