Publié le 7 janvier 2024 à 12h39. L’administration Trump a conclu un accord pour importer du pétrole vénézuélien, une décision surprenante compte tenu des sanctions américaines contre Caracas et des caractéristiques coûteuses de ce pétrole lourd.
- Les États-Unis vont importer entre 30 et 50 millions de barils de pétrole vénézuélien, pour une valeur potentielle de deux milliards de dollars.
- Cette initiative vise à éviter une réduction de la production pétrolière vénézuélienne, conséquence du blocus américain qui empêche l’exportation du brut.
- Le pétrole vénézuélien, de type lourd, nécessite un traitement coûteux et n’est pas forcément attractif pour les raffineries américaines.
Dans un geste inattendu, le président Donald Trump a annoncé un accord avec le Venezuela pour l’importation de pétrole. Cette décision intervient alors que les sanctions américaines ont paralysé les exportations pétrolières vénézuéliennes, menaçant de remplir les capacités de stockage du pays. L’administration américaine souhaite ainsi éviter une interruption de la production, mais cette opération soulève des questions quant à son intérêt économique réel.
Le Venezuela possède principalement du pétrole lourd, plus difficile et plus coûteux à raffiner que le pétrole léger. Selon les estimations de l’agence Reuters, le prix du baril devrait atteindre au moins 80 dollars (environ 74 euros) pour que ce pétrole soit rentable. Or, le marché actuel est caractérisé par une offre abondante et une demande en baisse, ce qui maintient les prix à un niveau inférieur. À titre de comparaison, le pétrole lourd canadien est rentable à partir d’environ 55 dollars le baril, tandis que le pétrole léger peut être produit pour 30 à 35 dollars.
Cette initiative américaine est également critiquée. Le professeur Jeffrey Sonnenfeld de Harvard a déclaré au Financial Times que cette action s’apparentait à une « saisie impérialiste » injustifiable, d’autant plus que les États-Unis ne manquent pas de pétrole.
« Ils le pourraient [lever le blocus]. Mais Donald Trump ne veut pas que les Chinois, par exemple, achètent ce pétrole. Il n’a jamais caché qu’il le souhaite pour les États-Unis. »
Charlotte Jacquemart, Rédactrice d’affaires
Certaines raffineries situées sur la côte du golfe du Mexique, spécialisées dans le traitement du pétrole lourd, pourraient être intéressées par cette offre. Si l’administration Trump propose un prix suffisamment bas, ces raffineries pourraient réaliser des bénéfices. Cependant, la plupart des compagnies pétrolières américaines hésitent à investir dans l’industrie vénézuélienne, du moins à court et moyen terme, en raison de l’état délabré des infrastructures du pays. Des investissements massifs, estimés à 200 milliards de dollars, seraient nécessaires pour moderniser le secteur pétrolier vénézuélien.
À ne pas manquer
