Home NouvellesQuelles implications cela aura-t-il pour la Colombie de rompre ses relations en matière de renseignement avec les États-Unis ?

Quelles implications cela aura-t-il pour la Colombie de rompre ses relations en matière de renseignement avec les États-Unis ?

by Nicolas Lefèvre

Publié le 12 novembre 2023 03:17:00. La suspension par la Colombie du partage de renseignements avec les États-Unis sur la lutte contre le trafic de drogue, consécutive à une décision similaire du Royaume-Uni, suscite des inquiétudes quant à l’isolement du pays et à l’efficacité de ses efforts de sécurité.

  • La Colombie a suspendu le partage d’informations avec les États-Unis concernant les navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes.
  • Des experts estiment que cette décision, bien qu’affirmant une position souveraine, affaiblit la capacité de la Colombie à lutter contre le trafic de drogue et à coopérer en matière de renseignement.
  • La mesure pourrait isoler la Colombie des réseaux de coopération internationale, notamment le groupe Egmont et les programmes de l’OTAN.

La tension entre Washington et Bogotá s’est exacerbée suite à un message publié par le président colombien Gustavo Petro sur son compte X (anciennement Twitter). Cette escalade intervient après une décision du Royaume-Uni de suspendre également le partage de renseignements avec les États-Unis, craignant d’être complice d’opérations militaires américaines jugées illégales. Selon la journaliste Natasha Bertrand de CNN, Londres ne souhaite pas cautionner les actions américaines dans la région.

Depuis septembre, l’offensive militaire américaine contre le trafic de drogue en eaux internationales a abouti à l’interception de 20 navires – dont 19 bateaux et un semi-submersible – et fait 76 morts. La Colombie, en suspendant sa coopération, risque de se retrouver désavantagée, car elle reçoit beaucoup plus d’informations des États-Unis qu’elle n’en fournit, selon des analystes.

Jorge Mantilla, docteur en criminologie et expert en renseignement et conflits, estime que cette mesure, bien que pouvant être perçue comme un acte de souveraineté, est en réalité

« extrêmement naïve sur le plan pratique et inefficace »

Jorge Mantilla, expert en criminologie et sécurité

. Il souligne que la Colombie est fortement intégrée dans les structures de coopération en matière de renseignement qui s’articulent autour des services américains, comme le groupe Egmont, une organisation internationale de renseignement financier, ou le cadre de coopération de l’OTAN.

En se retirant de cette coopération, la Colombie s’isole d’un écosystème de communication hémisphérique où les États-Unis disposent de capacités techniques, technologiques et humaines supérieures. Cette décision pourrait également nuire à la confiance internationale, alors que d’autres pays d’Amérique latine, comme l’Équateur et le Mexique, cherchent à renforcer leur coopération en matière de sécurité.

La suspension du partage de renseignements aura également des conséquences sur la lutte contre le trafic de drogue, notamment sur la “stratégie Orion”, une initiative continentale visant à démanteler non seulement les réseaux de trafiquants, mais aussi les groupes insurgés impliqués dans des activités illégales. La Colombie apporte à cette stratégie une base d’analyse d’informations à Cartagena, où les données sont collectées et transmises aux marines des pays participants pour l’interception des navires.

Cette base est également cruciale pour détecter les navires en provenance du Mexique ou du golfe du Mexique, susceptibles de transporter de l’argent liquide ou des armes. Erich Saumeth, analyste et chercheur en questions de Défense, Sécurité et Coexistence, explique que

« Une décision de cette nature fait obstacle à la lutte contre le trafic de drogue, qui a été efficace grâce aux étroites relations de sécurité et de défense entre la Colombie et les États-Unis ; c’est une lutte basée sur la réciprocité et il serait utile de revoir combien de navires transportant des marchandises illégales ont été identifiés dans le cadre de cette collaboration »

Erich Saumeth, analyste et chercheur en questions de Défense, Sécurité et Coexistence

. Il reconnaît que la décision américaine de mettre fin aux bombardements dans les Caraïbes et le Pacifique, justifiée par des considérations de droits de l’homme et de procédure régulière, a néanmoins une conséquence inévitable : l’arrêt de la lutte contre le trafic de drogue.

Saumeth s’étonne que cette décision ait été annoncée via X, la qualifiant de temporaire, non planifiée et non mûrement réfléchie. Il suggère que la Colombie n’aurait pas pris cette initiative sans la décision du Royaume-Uni, ce qui témoigne, selon lui, d’un manque de politique claire en matière de lutte contre la drogue. Il conclut que la Colombie ne peut actuellement prendre aucune mesure susceptible de nuire réellement au gouvernement américain, les relations étant fondées sur la réciprocité.

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