Publié le 15 décembre 2025 à 20h48. Le musée du Louvre, déjà fragilisé par un spectaculaire vol de bijoux, est secoué par des grèves, des problèmes d’infrastructure et une polémique sur une hausse des tarifs d’entrée réservée aux visiteurs non européens.
- Un vol de bijoux de 80 millions d’euros a mis en lumière des failles de sécurité au Louvre.
- Les employés du musée ont entamé une grève illimitée pour réclamer davantage de moyens.
- Le Louvre a annoncé une augmentation des tarifs d’entrée pour les non-Européens, jugée discriminatoire.
Alors que les enquêteurs n’ont toujours pas retrouvé les joyaux impériaux dérobés le 19 octobre dernier dans la galerie Apollon, le Louvre est confronté à une crise multidimensionnelle. L’incident, perpétré par un quatuor de cambrioleurs ayant accédé aux lieux via une plateforme élévatrice, a révélé des lacunes importantes en matière de sécurité, mais aussi un manque d’entretien généralisé du bâtiment.
Ce mois de décembre pluvieux, des ouvriers s’affairaient sous le balcon donnant sur la Seine, installant des barrières métalliques pour empêcher l’accès aux trottoirs. Une mesure, selon l’historien de l’art Didier Rykner, « inutile et bien sûr trop tardive – le patchwork habituel du Louvre ». Rykner, rédacteur en chef de la revue spécialisée « Tribune de l’Art », critique ouvertement la gestion du musée.
Selon Rykner, la direction du Louvre a tardé à réagir aux problèmes de sécurité. Il cite un rapport confidentiel de la maison Van Cleef & Arpels datant de 2018, qui évoquait déjà l’utilisation d’une plateforme élévatrice pour accéder au balcon. « Rien n’a changé », déplore-t-il. Une récente audition au Sénat a confirmé que la police n’avait manqué les cambrioleurs que de 30 secondes, soulignant l’importance d’une meilleure protection des fenêtres.
L’historien de l’art n’hésite pas à remettre en question les choix de la directrice du Louvre, Laurence des Cars, et réclame sa démission. Il dénonce notamment l’aménagement d’une salle à manger pour 500 000 euros et l’acquisition de mobilier design pour son bureau, au détriment de la sécurité et de l’entretien du bâtiment.
« Il n’y a ni argent ni artisans disponibles pour les réparations. »
Didier Rykner
Rykner a mené notre reporter à travers le musée, pointant du doigt les problèmes d’infrastructure : plafonds qui fuient, couloirs vides, toilettes bouchées. Il a également dénoncé la fermeture de certains départements, officiellement pour travaux, mais en réalité, selon lui, faute d’agents de sécurité suffisants. Des antiquités grecques ont dû être fermées en raison du risque d’effondrement des poutres de support, et une conduite d’eau a éclaté dans l’ancienne bibliothèque égyptienne en novembre, endommageant plus de 300 documents anciens.
Lundi, les 2 200 salariés du Louvre se sont mis en grève illimitée, exigeant davantage de ressources. Rykner souligne que le Louvre reçoit neuf millions de visiteurs par an, ce qui en fait le musée le plus fréquenté au monde. Il critique également le projet « Grande Colonnade », qui prévoit la construction d’une nouvelle entrée et d’une salle d’exposition pour la Joconde, pour un coût de 666 millions d’euros, qu’il juge « complètement disproportionné » par rapport aux besoins urgents de rénovation du reste du musée.
Pour financer ces projets, le Louvre a annoncé une augmentation des tarifs d’entrée à partir de mi-janvier, mais uniquement pour les citoyens non-européens, qui devront désormais payer 32 euros au lieu de 22. Rykner dénonce une mesure discriminatoire, qui pénalise notamment les Américains, les Chinois et les Suisses.
« Le Louvre a-t-il déjà été cohérent ? »
Didier Rykner
En conclusion, l’expert en art se questionne sur la cohérence globale de la gestion du Louvre, un établissement confronté à des défis majeurs en matière de sécurité, d’entretien et de politique tarifaire.
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