Publié le 26 décembre 2025 à 18h07. La campagne présidentielle péruvienne de 2026 s’annonce tumultueuse, marquée par une vague de changements de candidats et de profondes divisions internes au sein des principaux partis politiques, révélant une instabilité qui pourrait redéfinir le paysage politique du pays.
- Le parti Avanza País a désigné José Williams comme nouveau candidat à la présidence après la démission de Phillip Butters.
- Plusieurs autres partis, dont Perú Moderno, Ensemble pour le Pérou et Voix du Peuple, ont également été contraints de revoir leurs candidatures en raison de désaccords internes ou de problèmes juridiques.
- La situation de Perú Primero, avec l’emprisonnement de Martín Vizcarra, illustre les conflits de leadership et les enjeux de succession au sein des formations politiques.
La course à la présidence péruvienne prend une tournure inattendue alors que les partis politiques se démènent pour trouver des candidats capables de rallier l’électorat. Avanza País a été le premier à réagir, officialisant la candidature de José Williams après le retrait de Phillip Butters, suite à des désaccords avec la direction du parti. Des sondages internes avaient placé le député Williams en tête, avec 27 % d’intention de vote, contre 15,8 % pour Butters.
Mais Avanza País n’est pas un cas isolé. Perú Moderno avait initialement misé sur Carlos Añaños, accompagnant cette annonce d’un changement de logo, mais des divergences internes ont finalement mis fin à ses ambitions. Le parti a depuis désigné Carlos Jaico comme son nouveau porte-étendard.
« La capacité d’adhésion dépendait, dans une large mesure, de la participation de Martín Vizcarra à la campagne. Le fait qu’il ait été condamné et qu’il soit en prison affaiblit cette capacité. Les cadres et l’appareil de mobilisation ont quitté Martín Vizcarra, mais maintenant tout le monde ne voit que son frère, et l’organisation de celle-ci sera le test pour voir si Mario Vizcarra peut exercer un certain leadership. »
Paulo Vilca, chercheur à l’Institut d’études péruviennes (IEP)
Ensemble pour le Pérou a également connu des remous, Roberto Sánchez étant finalement choisi comme candidat après l’échec des négociations avec Antauro Humala. Voix du Peuple a, quant à elle, nommé Ronald Atencio après la condamnation de Guillermo Bermejo. Perú Primero a désigné Mario Vizcarra pour remplacer son frère, l’ancien président Martín Vizcarra, actuellement en prison et frappé d’une interdiction d’exercer une fonction publique. Enfin, Ciudadanos por el Perú, lié à Nicanor Boluarte – frère de l’ancienne présidente Dina Boluarte – s’est retrouvé sans candidat après le rejet de la candidature de Morgan Quero.
Le cas de Perú Primero est particulièrement révélateur. L’emprisonnement de Martín Vizcarra a engendré une lutte de pouvoir interne, avec la formation de cinq factions rivales composées de proches de l’ancien président : son frère, son épouse, son allié César Figueredo et deux autres groupes de dirigeants. Ces conflits ont notamment affecté la constitution des listes de candidats au Congrès.
Selon l’analyste politique Enrique Castillo, malgré les accusations portées contre Martín Vizcarra, son frère, Mario Vizcarra, conserve un certain niveau de soutien électoral. L’impact de la condamnation de Martín Vizcarra sur la campagne de son frère reste à évaluer.
Ensemble pour le Pérou a également tenté de capitaliser sur la figure controversée d’Antauro Humala, mais sans succès. L’ethnocacerista n’a récolté qu’environ 1 % d’intention de vote dans les sondages. Roberto Sánchez a finalement accueilli Antauro Humala dans son parti, une stratégie qui suscite des interrogations.
Paulo Vilca souligne que l’ethnocacérisme est divisé, tout comme le mouvement pro-Castillo, avec des partisans répartis entre Ensemble pour le Pérou, le Parti Démocratique Fédéral et d’autres formations. Il conclut que, dans le contexte actuel, la candidature de Pedro Castillo était essentielle, mais son inéligibilité compromet cette stratégie.
« Les candidats à la présidentielle bénéficiant d’un faible niveau de soutien, les candidats à la vice-présidence et les listes parlementaires pourraient avoir un poids différentiel important dans la campagne électorale de 2026. »
Paulo Vilca, chercheur à l’Institut d’études péruviennes (IEP)
