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Recul de la liberté d’expression et de la sécurité des journalistes : IPS News Agency

by Amélie Bernard

Publié le 15 décembre 2025 à 23h39. La liberté de la presse est en recul historique à l’échelle mondiale, marquée par une autocensure croissante des journalistes et une augmentation alarmante des violences, physiques et numériques, dont ils sont victimes.

  • La liberté d’expression a diminué de 10 % dans le monde depuis 2012, un niveau inédit depuis des décennies.
  • L’autocensure chez les journalistes a bondi de 63 % sur la même période, soit environ 5 % par an.
  • Entre 2022 et 2025, 186 journalistes ont été tués en couvrant des conflits, une augmentation de 67 % par rapport aux quatre années précédentes.

Un rapport alarmant publié ce lundi 15 décembre par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) dresse un tableau sombre de la situation de la liberté d’expression dans le monde. L’étude révèle un recul significatif de ce droit fondamental, exacerbé par la peur et les pressions subies par les professionnels de l’information.

Selon le rapport intitulé Tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias 2022-2025, l’autocensure est devenue un phénomène majeur, touchant un nombre croissant de journalistes. Cette tendance, qui s’accélère à un rythme d’environ 5 % par an, témoigne d’un climat de plus en plus hostile au travail des médias.

Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO, a insisté sur l’importance cruciale de la liberté d’expression pour la paix et la stabilité.

« La liberté d’expression et d’information n’est pas une option : elle est la condition essentielle d’une paix durable. Face à un déclin historique, nous devons agir ensemble pour protéger et défendre le droit de chacun de penser, d’écrire et d’informer. »

Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO

Les conséquences de cette érosion de la liberté de la presse sont dramatiques. Entre 2022 et 2025, 186 journalistes ont perdu la vie en couvrant des guerres et des zones de conflit, soit une augmentation de 67 % par rapport à la période 2018-2021. Seul en 2025, 93 journalistes ont été assassinés, dont 60 dans des zones de conflit.

Malgré les engagements internationaux visant à mettre fin à l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, la justice reste trop souvent absente. Si le taux d’impunité a légèrement diminué, passant de 95 % en 2012 à 85 % en 2024, la majorité des auteurs de ces actes odieux continuent de bénéficier d’une impunité quasi totale.

Le rapport souligne également la multiplication des formes d’attaques contre les journalistes : agressions physiques, harcèlement numérique, pressions juridiques. De nombreux journalistes sont contraints de fuir leur pays pour échapper aux menaces qui pèsent sur eux. Depuis 2018, plus de 900 journalistes d’Amérique latine et des Caraïbes ont été contraints à l’exil.

Les journalistes spécialisés dans les questions environnementales sont particulièrement vulnérables. L’UNESCO a recensé 749 attaques contre ces professionnels entre 2009 et 2023, avec une augmentation notable ces dernières années. Le harcèlement en ligne, ciblant en particulier les femmes journalistes, est également en forte hausse. Une étude récente du Centre international des journalistes (ICFJ), menée en collaboration avec l’UNESCO, prévoit que 75 % des journalistes et professionnels des médias seront victimes de violences en ligne d’ici 2025, contre 73 % en 2020.

Toutefois, le rapport ne se limite pas à dresser un constat alarmant. Il met également en lumière des évolutions positives, telles que l’accès accru aux réseaux sociaux et aux plateformes de messagerie pour 1,5 milliard de personnes supplémentaires entre 2020 et 2025, ce qui favorise l’engagement civique. Le journalisme d’investigation collaboratif s’est également développé, conduisant à une augmentation des enquêtes transfrontalières. Enfin, le renforcement des équipes de vérification des données et la multiplication des lois reconnaissant les médias communautaires sont autant de signes encourageants.

L’UNESCO propose des solutions concrètes aux 194 États membres pour inverser cette tendance inquiétante. Parmi ces recommandations figurent la protection et l’investissement dans le journalisme, le renforcement de la transparence dans la sphère numérique et la promotion de l’éducation aux médias et à l’information. L’organisation affirme avoir formé plus de 10 500 créateurs de contenu dans plus de 150 pays afin de renforcer la confiance du public et de promouvoir un contenu éthique et pertinent.

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